Après la rédaction de cet article, Donald Trump a annoncé qu’il pourrait renoncer à la séparation des enfants d’avec leurs parents, dans une manœuvre destinée à faire voter par le Congrès une loi allant dans le sens de sa politique anti immigration et finançant le  mur qu’il veut construire à la frontière mexicaine, ce qui n’est pas gagné. Il a déclaré vouloir enfermer désormais parents et enfants ensembles… Rien n’est encore concret pour le moment, à part la signature d’un décret. Nous attendrons d’en voir les effets et leur délai de mise en œuvre.

Depuis quelques jours, le monde entier s’émeut de la situation de centaines d’enfants, séparés de leurs parents suite à l’arrestation de ces derniers au moment de leur entrée illégale en territoire américain. S’il est de bonne guerre pour un chef d’état de vouloir appliquer la politique migratoire sur laquelle il s’est engagé en campagne, ça l’est beaucoup moins de prendre des enfants en otages et c’est ce dont il s’agit. De toute la planète s’élèvent des protestations outrées car les enfants ne peuvent en aucun cas être un moyen de pression ou de menace. Pourtant, c’est bien ce qui se passe à la frontière du Mexique. Les parents entrés illégalement aux États-Unis sont arrêtés et enfermés, séparés de leur progéniture, mise en cage, comme du bétail. Les gamins pleurent pour qu’on leur rendre leurs parents, ceux-ci ne comprennent pas la situation et les américains sont scandalisés, majorité républicaine comprise. Pourtant Trump maintient les choses en l’état. Est-ce uniquement dans le souci d’enfin réussir à endiguer le phénomène de migration sur le sol américain ou une nouvelle manière aussi de mettre sous pression le Congrès, qui jusqu’ici ne semble pas avoir peur de lui ?

Avant la morale, il y a le populisme… qui a payé par le passé, mais jamais bien longtemps.

Le Président des états-Unis, tenant un enfant bien blanc dans ses bras lors de la Convention Républicaine.

« Tolérance zéro », voilà comment le locataire de la Maison-Blanche a baptisé sa nouvelle action « spectaculaire ». Manifestement, pour lui la méthode forte sera toujours meilleure que la manière morale. Mais, sommes-nous encore vraiment étonnés ?  Pour limiter l’immigration illégale, il a donc décidé de vraiment corser sa politique et de séparer désormais (et sans délai) les familles de sans-papiers. Pendant que leurs parents comparaissent devant un juge, pour ce que la loi US considère comme un crime, les enfants (parfois très jeunes) sont littéralement mis en cage dans des centres de rétention. On peut tourner cela comme on veut, il s’agit ni plus ni moins que d’une véritable prise d’otages organisée, qui a sans doute pour unique but de pousser le Congrès à voter les mesures extrêmement sévères en matière d’immigration, imaginées par le Président. C’est également un message clair et fort à destination des futurs candidats à l’immigration, afin qu’ils ne tentent plus de passer la frontière. Ces personnes, souvent en famille, fuient la plupart du temps les pays d’Amérique centrale, qui sont actuellement secoués par des situations dangereuses et instables, parfois même proches de la guerre civile. Trump préfère donc oublier le chaos à ses portes plutôt que de faire preuve d’un peu d’humanité… Si on ne peut lui reprocher de vouloir mettre sa politique en application, il est sûr que la séparation des enfants (déjà terrorisés) d’avec leurs parents tout aussi perdus, n’était pas indispensable… C’est un acte populiste destiné à faire plaisir au socle électoral trumpiste, mais il a sans doute franchi une ligne rouge que le monde n’est pas prêt à accepter ni même le propre camp de celui qui a décidé de faire revivre un peu de l’esprit nazi, car il faut bien appeler un chat… un chat. D’ailleurs, même les plus religieux parmi ses soutiens ne marquent pas leur accord à cette méthode, ce n’est pas rien. Le vice-président Mike Pence, qui ne cesse de brandir sa foi telle un étendard de vertu humaniste, ne trouve rien à redire à l’encontre de cette horreur planifiée, mais est-ce si surprenant ? Dans l’ombre de sa Majesté Donald, personne n’ose bouger un oreille. De plus, une des pirouettes les plus vicieuses du big boss reste tout de même d’avoir osé tenter de mettre cette politique qui va à l’encontre des droits fondamentaux sur… les démocrates, avant de carrément accuser l’opposition de vouloir livrer le pays à la Mafia du crime organisé ! De la haute trahison, en clair… Même la Première Dame Mélania Trump est contre cette méthode.

Trump veut faire vite… les élections de mi-mandat approchent.

Des membres du Congrès ont hué la Président Trump, concernant la séparation enfants – parents immigrés.

Même des parlementaires républicains ont hué le président, mais en fait, si l’on y réfléchit davantage, cette histoire est du Donald Trump tout craché : hystériser un dossier, qui se réduit à une vraie caricature de lui-même, pour clairement profiter de l’incompréhension totale du monde, qui tétanise de fait tous ceux qui estiment que la politique doit en tout état de cause respecter certaines règles morales. Durant sa campagne, l’homme d’affaire et animateur de télé-réalité avait très clairement (et violemment) ciblé l’immigration illégale. Cependant, sa pensée politique semble s’être étendue depuis à l’immigration au sens large, désormais dans le viseur présidentiel. Les compteurs économiques font preuve d’une insolente santé, le taux de chômage est historiquement bas et Trump estime que c’est déjà le résultat de sa propre politique, ce qui est évidemment une vision de l’esprit. La diminution sévère du nombre de réfugiés que les États-Unis acceptent sur leur sol, la suppression du statut de protection temporaire dont bénéficiaient les ressortissants de certains pays : Nicaragua, Haïti, Honduras et Salvador… tout semble à présent justifier le fait d’éviter que les étrangers « infestent » le pays, selon le Président. Il espère maintenant que le Congrès va sévèrement réduire le regroupement familial et même supprimer les visas émis par le biais de la célèbre loterie qui a été conçue pour favoriser la diversité migratoire, tout en lui accordant les fonds pour la construction du mur qu’il s’obstine à vouloir dresser à la frontière avec le Mexique. En réalité, Trump semble prêt à plonger son pays un siècle en arrière. En effet dès 1921, l’adoption d’une politique migratoire restrictive, bouclée par des quotas favorisant les pays d’Europe du Nord aux dépens de tous les autres, a été mise en œuvre. Elle avait soutenu un repli américain sur soi, le pays étant épuisé par la seconde guerre mondiale, puis l’instauration sous l’égide de Washington, d’un « nouvel ordre » mondial. Donald Trump semble fermement décidé à agir au nom d’un égoïsme qu’il a baptisé « America first ». Mais, son discours particulièrement anxiogène concernant les immigrés a sans doute un second objectif : garder en otage, un peu comme les enfants illégaux, la coalition électorale qui lui a permis de devenir d’extrême justesse chef de l’état, et ceci en vue des élections de mi-mandat au mois de novembre, mais aussi, plus importante à ses yeux : la présidentielle de 2020 ! En stigmatisant de manière très violente les migrants « évidemment » dangereux, il ne pose qu’un léger pansement sur les blessures de son électorat blanc, très clairement condamné à terme, à se retrouver minoritaire. Évolution démographique oblige… Mais au bout du compte, les migrants d’aujourd’hui ne sont sans doute que les descendants de ceux d’il y a quelques siècles et qui ont fait les grands États-Unis que Saint Donald veut maintenant protéger… d’eux-mêmes ? Encore une fois, personne ne pourrait lui reprocher de vouloir mettre sa politique en œuvre, mais l’Histoire elle, pourra le juger quant à sa morale. Malheureusement, le sens de ce mot semble lui échapper depuis belle lurette…

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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