Mercredi dernier dans le sud-est de la Floride, les amoureux dont l’école devait être pleine, se glissaient peut-être des petits mots doux « I love you », entre les classes et les couloirs, la cour et le terrain de foot. Nicolas Cruz (19 ans) arrivait à son ancien lycée dans un taxi Uber… Il a en avait été renvoyé pour raisons disciplinaires et (grand amateur d’armes) y revenait pour semer la mort ! Armé d’un fusil automatique, il tuera 17 personnes au cours de la 18ème fusillade dans une école aux États-Unis, depuis le début de l’année… laissant une ville en état de choc, une population en deuil et surtout très en colère.

Après le deuil, la colère envers Trump : « shame on you » !

C’était le jour de la fête des amoureux… et c’est la mort, impitoyable, qui s’est abattue. On connaissait les noms tristement célèbres de Columbine, Virginia Tech ou Sandy Cook… Désormais, s’y ajoutera celui du lycée Marjory Stoneman Douglas. En tout on dénombre dix-sept morts dont quelques adultes, mais principalement des ados d’une quinzaine d’années. Ce nouveau massacre prend place parmi les dix plus meurtriers de l’histoire du pays et de très nombreux américains reprochent au Président Donald Trump de ne pas avoir dit un seul mot à propos des ventes d’armes. Mais, devions-nous attendre autre chose de la part de celui qui a reçu un énorme soutien financier de la toute puissante association représentant le lobby des armes à feu, la NRA (National Rifle Association) ? Évidemment, non ! Le Président s’est fendu, le soir du massacre, d’une prise de position assez fraîche, soulignant les nombreux problèmes de santé mentale qui touchent les jeunes… mais sans un mot à propos des armes. Comment pourrait-il s’en prendre au second amendement de la constitution américaine garantissant à tout citoyen le droit de porter une (ou des) arme(s), alors que durant sa campagne il en a touché des millions de dollars de donation ? S’il l’osait, il encourrait les foudres du puissantissime lobby qui par ailleurs finance la campagne électorale de nombreux sénateurs et il perdrait clairement des plumes financières, mais également électorales. Ses électeurs de base, issus principalement de l’Amérique pauvre, provinciale et très à droite, ne sont pas du tout prêt à lâcher du lest sur le second amendement ! Après le temps du deuil est venu celui de la colère, exprimée par la jeune Emma Gonzales, survivante du massacre. Elle a fustigé Trump et l’ensemble des politiciens soutenus par le lobby des armes, lors d’un rassemblement samedi à Fort-Lauderdale : « honte à vous » a-t-elle crié devant la foule, qui a repris le cri en chœur ! « Si le président me dit en face que c’était une terrible tragédie et qu’on ne peut rien y faire, je lui demanderai combien il a touché de la National Rifle Association. Je le sais: 30 millions de dollars. C’est ce que valent ces gens pour vous, M. Trump » ? « Le fait d’être autorisé à acheter des armes automatiques n’est pas une question de politique… c’est une question de vie ou de mort » a conclu la jeune fille.

De nombreux jeunes prennent position contre les armes.

De nombreux lycéens abordent frontalement la question du contrôle des armes aux USA, à commencer par David Hogg, élève en terminale à Marjory Stoneman, apprenti journaliste qui collabore avec la télévision de l’école et un journal local. Confiné en classe pendant la fusillade, il a décidé d’interviewer ses camarades et s’en explique : « Pendant que j’étais là-dedans, je me suis demandé : ‘Quel impact j’aurai eu? Que retiendra-t-on de moi si je meurs ici’ ? Et la seule chose qui m’est venue à l’esprit, c’est de filmer et de raconter à d’autres ce qui se passait. En tant qu’aspirant journaliste, c’est la seule chose à laquelle je pensais : enregistrer les histoires des autres. Si nous mourons tous, la vidéo survivra et c’est comme ça que notre message sera transmis, sur le changement que nous voulons ». Dans le bruit des balles, le jeune homme interviewe une élève pro-armes qui voulait apprendre à tirer avant ses 18 ans… voici ce qu’elle lui répond : « je ne veux plus jamais être derrière une arme, je ne veux pas être la personne derrière une balle, je ne veux pas être celle qui pointe cette balle vers quelqu’un. D’avoir eu une balle pointée vers moi, mon école, mes camarades, mes profs, cela m’a vraiment ouvert les yeux sur le fait que nous avons besoin de mieux réguler les armes dans notre pays ». Mais Donal Trump ne peut entendre ce langage et en aucun cas y répondre favorablement, tenu qu’il est (comme de nombreux présidents avant lui, il faut le reconnaître) par la NRA et sa puissance autant politique que financière. Et puis, c’est délicat pour lui de se lancer sur le sujet, quand on voit la vidéo et les photos sur les réseaux sociaux, de Nicolas Cruz s’entraînant au tir dans son jardin, portant toujours fièrement sur la tête une casquette rouge de la campagne de Trump, sur laquelle on lit le fameux slogan : « Make America great again » ! Le jeune meurtrier est très représentatif de l’électeur trumpiste de base : suprématiste blanc, raciste, d’extrême droite et sans doute membre de « la République de Floride », un groupuscule violent reniant à peu près tout ce qui n’est pas lui-même. On a rarement vu l’auteur d’un massacre de masse si clairement attaché à un Président du pays et il ne doit pas être facile pour Trump d’éviter qu’on parle trop de cette fameuse casquette. Alors, les armes… vous imaginez !

Le Président préfère taper sur le FBI… avec sa mauvaise foi habituelle.

Mais Trump a aussi des soutiens indéfectibles dans les rangs de certains médias, nul ne l’ignore. Tomi Lahren, de la chaîne Fox News dont le président se repaît quotidiennement a tweeté après la fusillade : « Est-ce que la gauche peut laisser les familles faire leur deuil 24 heures, avant de ramener leurs arguments contre les armes et ceux qui les possèdent ? Les armes ne sont pas le sujet ici, le problème est un déséquilibré ». Ô objectivité journalistique, quand tu nous tiens ! Trump a réagi au massacre en ramenant le problème aux déséquilibres mentaux qui frappent de nombreux jeunes… sans dire un seul mot à propos du libre accès aux armes. Mieux, le FBI lui est très involontairement venu en aide. En effet rapidement, des témoignages fiables ont fait état de signalements de Nicolas Cruz auprès des autorités locales et fédérales, comme étant dangereux ou au moins suspect. Des voisins et connaissances avaient contacté le FBI et la Police, signalant que le jeune homme s’entraînait au maniement des armes dans son jardin et publiait des messages menaçants sur les réseaux sociaux. Dans l’un d’entre eux, il s’était dit prêt à commettre un massacre dans une école. Mais le Bureau Fédéral d’Investigation n’avait pas réagi. Il a reconnu que si quelques faits montraient bien « certaines implications pour la sécurité », ses services avaient conclu que le jeune homme était suivi correctement pas son école et un institut spécialisé dans la santé mentale. Le FBI a donc admis dès vendredi dernier une grave défaillance, ayant ignoré le 5 janvier l’appel d’un proche de Cruz, qui décrivait des intentions meurtrières. Il n’en fallait pas plus pour faire le bonheur de Trump, qui s’est joyeusement précipité sur ce mea-culpa pour accuser les fédéraux de perdre trop de temps à enquêter sur ses « soi-disant » rapports avec les russes durant la campagne présidentielle de 2016. Ce week-end, après avoir rendu visite aux victimes hospitalisées en compagnie de son épouse Mélania, le Président était très satisfait de tweeter : « C’est vraiment dommage que le FBI ait manqué tous les signaux envoyés par le tireur de l’école de Floride. Ce n’est pas acceptable. Ils passent trop de temps à essayer de prouver la collusion russe avec ma campagne. Revenez-en aux bases et rendez-nous tous fiers de vous » ! Ce que le Monsieur Trump semble avoir oublié (mais est-ce un énième oubli ou un manque de mémoire, voire d’intelligence), c’est que le FBI n’enquête plus sur l’affaire russe depuis presque… onze mois et qu’elle est entre les mains du Procureur Spécial Robert Mueller ! Mais on sait toute la haine du Président pour le Bureau Fédéral et ses dirigeants… alors, pour une fois qu’il peut leur taper dessus en ayant une raison de base valable, il ne va pas s’en priver. Ça lui permet de faire oublier (un peu et sans doute seulement très momentanément) la question de l’accès libre aux armes automatiques et… le second amendement.

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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