Il n’est pas rare qu’au théâtre, au cinéma, à l’église (ou synagogue, mosquée, temple…) on nous rappelle gentiment de « mettre hors d’état de nuire » nos petits compagnons quasi intelligents mais souvent dérangeants : les portables. Depuis quelques jours, on ne parle presque plus que de ça… Le projet de loi qui interdirait leur usage dans les établissements scolaires, rendrait sans doute plus simple la tâche des profs et leur éviterait des baffes de parents en colère, couverts par un vide juridique abyssal concernant la confiscation du précieux smartphone de leur petit ! Certains exigent que lesdits enseignants soient aussi concernés par l’interdiction, ce qui ouvre un débat houleux et un peu bête, il faut bien le dire. On parle aussi d’un éventuel retour de l’uniforme dans les écoles, soutenu par 67% des français. Oui, mais… cela veut dire qu’il y a 33% d’anti, qui aiguisent déjà leurs arguments. On n’est donc sans doute pas sortis de l’auberge, enfin de l’école… et cela pose une question sous-jacente : est-ce que l’école, c’était mieux avant ?  

L’école d’hier était bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui…

Pendant longtemps, je me suis dit que je serais devenu « vieux » le jour où je dirais un truc du genre : « qu’est-ce que le monde a changé » ! Eh bien, je me sens tout bête, puisque c’est arrivé et que je ne peux que persister et signer en ce qui concerne les profonds changements de l’École. En effet, lorsque j’étais un p’tit bout, l’instituteur et davantage encore le professeur, étaient reconnus pour des notables qu’on respectait profondément et qu’on était content de saluer en rue. Ils étaient considérés avec beaucoup d’admiration, gagnaient très bien leur vie (à juste titre) et avec le curé et le maire, ils étaient un trio de premier plan dans toute ville ou village. On n’aurait jamais osé faire à l’encontre d’un prof plus que les innocentes blagues du style « la guerre des boutons ». À savoir, au pire une boule puante (à laquelle il demeurait la plupart du temps insensible, tandis que nous mourrions à la fois de rire et de dégoût) ou bien une ampoule de fluide glacial (qui le faisait sourire, même si ça lui piquait un peu les fesses malgré tout). Nous les admirions aussi pour ce courage (ou cette fierté) dont nous ne revenions pas… Et jamais, mais au grand jamais, nous n’aurions eu la moindre idée plus brusque ou irrespectueuse que ça. Pour bien connaître l’un ou l’autre enseignant d’aujourd’hui et s’occupant de jeunes de plusieurs tranches d’âges, je sais qu’ils vont désormais au boulot la peur au ventre : insultes, sexisme, racisme et propos agressifs sont leur lot quotidien, quand ce ne sont pas des bousculades ou des menaces, concrétisées parfois par des coups à main nue ou même armée, souvent dispensés par des parents en colère pour des raisons plus ou moins tolérables, souvent moins. Nous on faisait silence, eux n’ont plus rien à faire d’un prof qui entre en classe… Nous, on ne répondait jamais à une remarque de l’instituteur tandis qu’eux l’insultent sans complexe… Nous, quand on avait une enseignante on tombait amoureux d’elle, aujourd’hui ils la harcèlent. Il y a donc vraiment un truc qui ne tourne plus rond au royaume de Charlemagne et je ne crois plus en fin de compte, que je sois bêtement devenu vieux ou que ces changements ne soient que des visions de mon esprit presque sénile : l’école a changé et ce n’est franchement pas dans le bon sens…

Les téléphones seraient interdits aux élèves… du coup, les profs devraient donner l’exemple.

Ça, c’est vraiment ce qu’on appelle une réponse version bac à sable, na na nère, na na na ! « On me pique mon portable, ben t’as qu’à te priver du tien et montrer l’exemple ». Oui, mais… Primo le prof est supérieur (hiérarchiquement parlant, bien sûr) à l’élève et que je sache, la discipline c’est parfois bêtement accepter un ordre sans discuter ni réfléchir. Mais ça, manifestement on ne l’apprend plus aux enfants à la maison et on compte sur l’école pour leur inculquer un minimum de respect… Je sais, certains diront que c’est bégueule de dire ça, mais cela me semble être la réalité de 2018 et ça ne date pas tout-à-fait d’hier. Secundo, dans les médias, mais surtout sur les réseaux sociaux, on en est arrivés à une certaine pseudo « logique » : si les enfants doivent se priver de leurs portables, les profs doivent faire de même sous le prétexte fallacieux de l’exemplarité ! Non mais, est-il vraiment possible d’avoir une réaction aussi bête ? On dirait bien, car c’est une « contre-proposition » qu’on oppose de plus en plus à ceux qui défendent le projet de loi… Comme je le rappelais plus-haut, le prof est bien un supérieur de l’élève et surtout, il doit assurer la sécurité des enfants ! Certes, les seniors diront que de leur temps l’instit n’avait pas besoin de portable pour appeler le directeur en cas de pépin… Mais nous sommes au vingt-et-unième siècle et les choses ont changé. Nous avons désormais un vrai problème et il s’appelle « terrorisme » ! Jamais, quand j’étais enfant, on n’aurait pensé qu’un jour des fusillades ou des attentats frapperaient les écoles… Et voilà que c’est devenu quasi courant. Il est donc ridicule d’exiger que les enseignants laissent leur portable éteint, juste par une sorte de souci d’égalité qui n’a rien de logique. Le smartphone est un réel outil qui peut de sauver des vies et si seul le responsable de la classe en a un en état de marche sous la main, c’est non seulement suffisant mais aussi totalement indispensable… Il n’y a même pas matière à débat, il me semble.

L’uniforme pourrait faire son grand retour… ringard ou égalitaire ?

Et puis, une autre idée fait aussi son chemin et on l’entend de plus en plus dans la bouche des élus, suivis par 67% de la population française : l’uniforme ! Et lui aussi, il provoque des débats… Il y a ceux qui disent, avec une certaine logique, qu’il effacerait les différences sociales visibles et les autres, très attachés à leur look et aux grandes marques, persuadés que c’est ce qui fait leur identité aux yeux de leurs condisciples. Le problème, c’est que ce ne sont pas Nike, Adidas ou Lacoste qui font un enfant ni le reflet de la réalité sociale ou financière de ses parents… (presque) tous les jeunes vendraient père et mère pour en porter sur le dos ou aux pieds, même s’ils sont au Smig ! C’est la thèse que défendent les opposants à l’uniforme, assurant qu’il ne changera rien et que les enfants auront toujours le moyen de se différencier par la qualité des vêtements qu’ils portent. Quand on y réfléchit, si par exemple une école exige de ses élèves qu’ils mettent un pantalon bleu marine, une chemise bleu clair, un gilet éventuel bleu foncé et des chaussures noires « classiques » … il y a en effet de fortes chances pour qu’on retrouve les mêmes codes du luxe ou du bon marché. Certains s’offriront de la grande qualité griffée (ce qui est assez visible) et d’autres ne pourront s’habiller ou se chausser que chez Kiabi (ce qui se voit autant). Où serait-alors l’égalité ? C’est une thèse tout-à-fait défendable, il faut le reconnaître. Mais, si on pense plutôt au verre à moitié plein qu’à celui à moitié vide… on pourrait aussi se dire qu’un uniforme pourrait redonner aux jeunes une identité de groupe, un esprit d’équipe et une certaine fierté d’appartenir à leur école, reconnaissable grâce à sa tenue, différente de celle de l’établissement voisin. C’est aussi défendable et pas moins malin, puisqu’on ne cesse de déplorer que l’appartenance à un groupe se reflète maintenant uniquement par des comportements négatifs, voire même agressifs : les groupes de jeunes sur les places publiques, les rodéos urbains, la violence de certains supporters appartenant à une équipe précise… Alors que là, ce serait une image positive, ainsi qu’un sentiment d’appartenance scolaire, lui aussi positif. Étant donné que la question du retour de l’uniforme à l’école ou de sa relégation définitive aux oubliettes de l’histoire ont l’air de se poser, peut-être serait-il judicieux de laisser la décision aux élus locaux et surtout aux directeurs d’écoles. Ils pourraient organiser des rencontres parents-enseignants, afin de prendre la décision qui conviendrait le mieux à leur établissement, en fonction des résultats de la concertation… Mais, est-ce à la fois politiquement correct et réaliste ? La question est posée en France, et en Belgique elle fait également de régulières et fréquentes apparitions au cœur des   programmes électoraux…

En fin de compte et si on réfléchit avec un minimum de logique, de bon sens et de bonne foi, ces deux questions de l’interdiction des portables et d’un éventuel retour de l’uniforme à l’école, ne devraient pas faire l’objet de tant de prises de bec… Ne pas utiliser son téléphone en classe semble plus que normal et n’être qu’une question d’éducation et de respect de l’école en tant qu’institution, autant que du professeur. Concernant le retour de l’uniforme, un peu de bonne volonté dans chaque établissement scolaire pourrait suffire. Il y aurait tout de même un réel avantage à ce que la loi sur les portables soit votée : elle comblerait le vide juridique qui offrait aux parents hystériques et violents, l’occasion de frapper des professeurs sous le prétexte d’avoir piqué le portable du rejeton ! La loi, c’est la loi… et il sera donc possible aux enseignants d’agir en étant protégés.

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Notre co-fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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