L’e-sport (le sport électronique) est présent en marge des Jeux Olympiques d’hiver qui se déroulent actuellement à PyeongChang en Corée du sud. De nombreux observateurs et certains membres du CIO (Comité International Olympique) semblent prêts à parier sur une reconnaissance très prochaine de l’e-sport comme discipline olympique… on parle même de Paris 2024. Alors, ces sports devant écrans ont-ils une chance d’être un jour vraiment considérés comme de réels sports, sous prétexte que ceux qui le pratiquent s’entraînent comme des sportifs ? Cela risque d’être un sacré débat entre les « pro » et les « anti » car il s’agit vraiment d’une éventuelle refonte complète de la notion même de sport.

L’e-sport est très populaire en Corée du sud… un grand à PyeongChang en marge des JO d’hiver.

Intel a organisé à PyeongChang un tournoi de Starcraft II, en marge des Jeux d’hiver. Cette compétition a le soutien du Comité Olympique, qui réfléchit à une intégration officielle de l’e-sport. Une étape de plus vers sa reconnaissance comme discipline olympique ? Nommé Intel Extreme Masters PyeongChang, ce tournoi réunissait des joueurs sélectionnés dans le monde entier, qui se sont affrontés sur le jeu de stratégie Starcraft II (Activision-Blizzard), très populaire en Corée du Sud. Les phases de qualifications s’étaient déroulées sur Internet en novembre. Le tournoi était sans mais présentait le titre d’Ubisoft Steep : En route pour les Jeux Olympiques, jeu vidéo officiel des Olympiades 2018. Le tournoi était retransmis en life sur la plateforme officielle des jeux de 2018 et par certaines télévisions. Le fabricant informatique a installé dans le village et sur les sites olympiques des bornes, pour que les sportifs et le public puissent essayer le jeu. La Corée du Sud était le terreau idéal pour expérimenter l’entrée de l’e-sport aux JO. Les compétitions de jeux vidéo y sont un phénomène depuis une décennie, retransmises à la télévision et les événements majeurs remplissent des stades entiers. Plusieurs joueurs professionnels coréens sont considérés comme de véritables stars dans le pays. Les champions de Starcraft II étant très souvent des Coréens, Intel et le CIO étaient donc assurés d’attirer le public local et de réaliser de fortes audiences, sur Internet comme à la télévision. Le CIO n’a pas choisi Intel par hasard, le fabricant de processeurs sponsorisant des compétitions d’e-sport depuis 2006 : les Intel Extreme Masters. Ces dernières se déroulent sur plusieurs jeux (Starcraft, League of Legends, Counter-Strike…) un peu partout dans le monde et elles permettent de faire la promotion des composants de la société américaine. L’événement à PyeongChang est ainsi entièrement équipé avec le processeur Intel Core i7 et les solutions cloud de l’entreprise.

Le CIO a donc décidé explorer plus profondément et très sérieusement les liens entre l’e-sport et le mouvement olympique. « Nous sommes curieux de voir comment cette expérience va se dérouler », a déclaré Timo Lumme, responsable du marketing au CIO. Fin octobre dernier, le Comité avait laissé entendre qu’il ne fermait pas la porte à l’entrée des jeux vidéo au sein des disciplines olympiques. La popularité de l’e-sport chez les jeunes serait en effet un bon prétexte pour les amener à s’intéresser aux Jeux et doper ainsi leurs audiences. Mais le CIO pose ses conditions. L’e-sport « ne devra pas enfreindre les valeurs olympiques », ce qui exclut les titres guerriers, représentant pourtant une importante part du marché des jeux. Autre condition sine qua non : « l’existence d’une organisation garantissant la conformité aux réglementations du Mouvement olympique (antidopage, paris…) ». Le monde de l’e-sport, très éclaté, est encore loin d’avoir créé son instance représentative internationale, pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons plus loin et… question paris, il y a fort à parier justement, que ce n’est pas gagné d’avance !

Une évolution comme d’autres ou une révolution ?

Les choses évoluent, c’est certain… Après le croquet, la pelote basque et le tir à la corde au fil du temps, certains disent donc : « pourquoi pas les jeux vidéo au programme olympique » ? Cela relève de l’hypothèse pour l’instant, mais la question est bien posée. En octobre dernier lors d’un sommet à Lausanne, le Comité olympique a fait un grand pas en direction des fous du clavier et de la manette. Désignés sous mot d’e-sport, les sports électroniques de compétition « pourraient être considérés comme une activité sportive », avait déclaré l’institution. « Les joueurs qui les pratiquent se préparent et s’entraînent avec une intensité comparable à celle des athlètes d’autres sports plus traditionnels ». Cette prise de position faisait suite à une déclaration de Tony Estanguet, en août déjà : « on doit se pencher dessus, parce qu’on ne peut pas l’ignorer ». Ce soudain intérêt pour la chose vidéoludique peut se comprendre facilement, puisqu’il traduit le besoin du CIO de parler à la jeunesse, public sur lequel les Jeux semblent exercer de moins en moins d’attrait. De surcroît, le contenu des Jeux olympiques a évolué certes, mais vraiment « très lentement » depuis la fin du XIXe siècle. Dans l’immédiat, la tendance affecte déjà les chaînes de télévision et donc potentiellement les futures recettes financières du CIO. Aux États-Unis, le Wall Street Journal citait un pourcentage alarmiste à l’issue des JO de Rio : tout en faisant valoir les résultats de ses retransmissions sur Internet, la chaîne NBC a enregistré une baisse de 30 % de téléspectateurs en soirée chez les 18-34 ans, par rapport aux Jeux 2012 de Londres.

Un changement est en tout cas en marche… et des combats entre éditeurs aussi.

En avril 2017, était annoncée l’intégration des sports électroniques comme discipline « médaillable » aux Jeux asiatiques de 2022, en Chine. Pareil scénario est-il envisageable pour les Jeux olympiques 2024 à Paris ? En France, on est prudent. « Rien n’est à exclure, tout est à discuter » estime Denis Masseglia, président du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), qui admet la possibilité de reconnaître un jour une fédération française d’e-sport, si elle obtient l’agrément du ministère de tutelle. À propos des Jeux olympiques d’été, le dirigeant rappelle un élément important : l’événement a atteint le plafond de 28 disciplines et d’autres ont déjà manifesté leur volonté d’entrer au programme comme sports additionnel : squash, ski nautique, billard ou sports de boules… Pour le monde du jeu vidéo, l’entrée de l’e-sport dans le cercle olympique serait un signe fort et la reconnaissance sociale, ainsi qu’une légitimité institutionnelle supplémentaire les e-sportifs. Cela ferait surtout les affaires des éditeurs de jeux vidéo et la manne financière ne serait pas négligeable pour l’industrie, surtout que le CIO reverse une partie de ses bénéfices aux fédérations qui on prit part aux Jeux. À coup sûr, cela boosterait aussi les ventes de manière remarquable ! Quand on sait que l’essentiel de la carrière commerciale d’un jeu tient à ses trois premières semaines en boutique… on imagine les ventes poussées par une période de quatre ans entre les olympiades. Dans l’industrie du jeu, la prudence prédomine toutefois car l’impératif olympique de constituer une fédération internationale place l’e-sport face à ses responsabilités… et ses contradictions. « Il aura beau y avoir des rassemblements et des tentatives pour fédérer les acteurs, le cœur du problème réside dans les intérêts commerciaux, l’hyper concurrence du secteur et la fameuse propriété intellectuelle », rappelle Jean-Baptiste Saelens, rédacteur en chef adjoint du Canal eSport Club, sur Canal +. « Quelle discipline ? Quel jeu ? Quel support ? Quel matériel ? Sous quels critères ? L’équation est tellement complexe et les intérêts tellement divergents, qu’elle devient politique » … le mot est lâché !

Mais il y en a qu’on oublie dans toute cette réflexion : les sportifs ! Sont-ils prêts à accueillir les joueurs en leur sein ? Sont-ils prêts à les reconnaître comme des sportifs de haut niveau ? La question est réelle, quand on sait à quel point ces sportifs subissent des entraînements intensifs et hautement physique. L’e-sport peut-il vraiment être mis sur le même pied ? Voilà aussi une question importante et il faut espérer que les sportifs olympiques auront aussi voix au chapitre !

Share.

About Author

Nous sommes heureux que vous visitiez notre média. Nos articles sont protégés par les droits intellectuels. Nous n’avons rien contre leur reproduction ou partage, pour peu que vous respectiez simplement la mention : © www.clicinfos.com comme source. Merci. La Rédaction en ligne.

Comments are closed.