C’est probablement ce qui titille, chatouille, gratouille et démange le plus la conscience et l’intellect à la fois, de tout chef d’État démocratique. Doivent-ils inviter, recevoir et dîner avec leurs confrères « moins » préoccupés par les Droits de l’Homme ? Pire… la morale les oblige-t-elle à leur faire la leçon, à les prier avec insistance de revenir dans le droit chemin ? Ou bien, faut-il avant tout protéger nos marchés d’armes, qui rapportent des dizaines de milliards et mettre en avant leur importance dans la lutte contre le terrorisme à nos côtés ? Ce sont de vraies interrogations et il semble très ardu voire impossible, dans le monde d’aujourd’hui, de se forger une opinion réelle et sincère.

Ce matin, j’entendais Philippe Poutou (ancien candidat à l’élection présidentielle française, porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste) et il m’a fallu constater qu’à l’extrême de la gauche on est très angélistes. Mais ce ne sont pas le seuls et bien d’autres tendances politiques ou associatives ont la fâcheuse tendance de ne pas réfléchir et de ne laisser parler que la passion ou le réflexe, même légitimes. Ils oublient que nous vivons dans un monde dont l’équilibre géopolitique est parfois plus que fragile. On peut taper sur la tête des chefs d’états à l’envi, il n’empêche que leur job est parfois bien compliqué, surtout en matière de Droits de l’Homme et face à toutes sortes d’intérêts, qu’ils soient militaires, financiers ou diplomatiques.

Ils nous aident dans la lutte contre le terrorisme islamique…

S’il est évident que personne ne ressent vraiment l’envie de serrer la main à un dictateur, il faut reconnaître que parfois des réalités plus concrètes forcent un peu cette dite main. La diplomatie, la géopolitique et le terrorisme islamiste obligent les chefs d’états démocratiques à fréquenter ceux que, sur le fond, tout le monde sait infréquentables. On se souvient de la visite de Kadhafi à Paris, reçu avec tous les honneurs par Nicolas Sarkozy, ce qui avait violemment agité la bonne conscience des français, outrés. Personne n’ignorait l’implication du dictateur libyen dans des attentats, meurtres d’état et autres exécutions arbitraires. Mais on nous disait qu’il était un rempart contre le terrorisme et qu’il fallait se forcer à le fréquenter, pour contrer les islamistes. On a vu ce que cela a donné et l’état actuel de son pays ! Kadhafi mort, la Libye n’a toujours pas trouvé de dirigeant démocratique et c’est, on peut le dire, devenu un véritable foutoir. Si on se tourne vers des voisins plus proches, on pense évidemment à la Turquie. Tout le monde soupçonnait déjà le Président Erdogan de n’être pas un ange, mais depuis quelques mois il a prouvé qu’il bien sa place parmi les dictateurs les plus violents. Toute opposition est tuée dans l’œuf et ceux qui en sont se retrouvent arrêtés et « jugés » en quelques minutes, envoyés au fond d’une prison, on ne sait où. Les journalistes connaissent le même sort, quand on ne les assassine pas purement et simplement et il en va de même pour de nombreux intellectuels qui s’opposent au pouvoir. Pour ce qui est des juges, enseignants, fonctionnaires et même militaires qui ne goûtent pas l’omnipotence du Président, les arrestations sont menées par milliers. Mais pourtant, tout le monde fréquente Erdogan, car en réalité il tient l’Europe par les c… sur deux points : l’immigration et le terrorisme islamiste. Du coup, personne n’a le courage d’annuler officiellement les pseudo négociations pour l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Il n’y a pas si longtemps, le monde entier avait soutenu les « printemps arabes ». Les peuples se sont soulevés contre des régimes durs et nous étions tous enthousiastes. Personne n’a oublié la Tunisie, où nous étions persuadés que la population opterait pour des progressistes, une fois la révolution gagnée. Ce ne fut pas le cas et les printemps arabes ont fini par déboucher sur l’élection de nouveaux gouvernement islamiques et légitimes cette fois. Même s’ils ne sont pas islamistes, ce n’est pas le résultat escompté. Beaucoup disent donc : mêlons-nous de nos affaires.

Nous leur vendons des armes… beaucoup d’armes, ça fait des sous !

Mais il n’y a pas que la diplomatie ou la géopolitique qui poussent nos plus hauts représentants à fréquenter les pires dirigeants de la planète. Il y a aussi, et probablement surtout, les intérêts financiers ! Le commerce des armes est quasi sans limite et représente des montants colossaux ! La Chine, les États-Unis, la France et même la petite Belgique, inondent le monde de leurs armes, sans tenir le moindre compte moral. On ne regarde que les résultats financiers et les estimations en emplois dans les usines d’armement. Il est vrai que cette industrie représente énormément de travail et que, si elle fermait les portes de toutes ses unités de fabrication, les chômeurs se compteraient en dizaines de milliers, voire plus. Mais cela nous dédouane-t-il pour autant ? C’est en effet le langage que tiennent de nombreux politiciens de pays démocratiques, transformant ce marché en pourvoyeur vital d’emplois. Ils agitent donc la menace du chômage de masse, s’ils renonçaient à inonder le monde de leurs instruments de mort. Je ne dis pas qu’il ne faut plus construite aucune arme ni char d’assaut ou encore avion de chasse. La défense est une réalité et nul ne peut dire qu’elle n’a pas d’importance. L’Homme restera l’Homme et il y aura donc toujours des guerres. Les armes de poing, armes longues et autres fusils d’assaut ou mines et grenades, font sans doute plus de victimes sur la planète que les bombardiers. Ceci étant dit, la compétition fait rage aussi sur le marché des avions de chasse, porte-avions, hélicoptères et véhicules blindés. Il suffit d’entendre le nombre de milliards que génère chaque contrat important signé dans le monde et annoncé fièrement par celui qui l’a remporté, comme par les médias de son pays. Certains disent facilement et dans beaucoup de domaines : « c’est seulement une question de pognon » … Ils n’ont pas toujours tort et ici, il serait difficile de le nier ! Loin de nous l’idée d’affirmer que la solution est facile à trouver, ce n’est sûrement pas le cas. Nous ne sommes pas non plus angélistes ou naïfs, mais on peut espérer qu’un jour le marché des armes devienne un peu plus sagement géré. Oui, d’accord… là, c’est un peu naïf !

On leur offre de gigantesques tribunes, au travers d’événements sportifs.

Depuis quelques années, il y a une nouveauté sur le marché des influences : le sport ! Longtemps, le Comité International Olympique (C.I.O.) s’est érigé en arbitre moral et refusait d’attribuer les Jeux à des pays coupables d’exactions ou soupçonné de dictature, déguisée ou non. Puis, le terrorisme hyperactif s’est éveillé partout dans le monde, soutenu par certaines nations qui y ont des intérêts, des engagements et investissements importants. Et l’argent lui, n’a cessé de devenir de plus en plus puissant dans le sport… Il suffit de voir dans combien d’infrastructures le Qatar investit depuis quelques années, par exemple. Grands Clubs, stades, organisation de compétitions internationales… jusqu’à obtenir l’organisation de la Coupe du Monde de Football, manifestement à coup de pots-de-vin. Les Émirats Arabes font aussi partie de ce petit club de pays nantis, qui font main basse sur le sport dans le monde entier, à coup de milliards d’euros ! Qui donc ignore que le Qatar ne cesse de jouer la surenchère, pour s’assurer qu’un jour personne ne pourra plus suivre financièrement ? 222 millions d’euros pour Neymar, des centaines d’autres afin de prendre le contrôle de médias, qui vendent leurs droits de diffusion pour des fortunes colossales… Tout cela aurait l’air innocent, s’il ne s’agissait pas de laisser des pays dont on sait qu’ils ont des liens obscurs avec des organisations pour le moins louches, jouer avec l’image du sport qui n’est rien d’autre que le meilleur moyen de toucher (et de passionner) les masses ! Quel que soit le pays qui joue à ce jeu-là je trouve vicieux ce système, qui veut qu’on tente d’exister au travers du sport de tous les pays, alors qu’on est une nation. C’est efficace mais en fin de compte, ça sent un peu la dictature aussi… financière, celle-là !

Finalement, le monde est truffé de gens infréquentables, mais il faut bien les fréquenter. Quand on y réfléchit, dans notre propre vie nous le faisons aussi… avec des amis d’amis, qu’on n’aime pas trop, avec un beau-parent qu’on déteste, mais qui aime notre mère (ou notre père) … ou encore avec un supérieur totalement imbuvable voire salaud, mais qui reste notre supérieur. Alors, avant de juger à l’emporte-pièce un chef d’état qui en reçoit un autre, qu’on méprise ou même qu’on sait totalement crapuleux, réfléchissons avant de crier au scandale. Car, au bout du bout… il n’a sans doute pas d’autre solution acceptable et, s’il en mettait une autre en œuvre, on le traiterait de con !

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