Saint-Nicolas Hulot claque la porte, le bal des hypocrites commence

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Certains diront qu’il s’est immolé sur l’autel de l’écologie et les autres crieront à la trahison, en rappelant qu’un gouvernement c’est avant tout un collectif… Ce matin, je regardais comme tous les jours les chaînes d’info, je suivais tout à la fois les grands médias nationaux et internationaux et j’ai assisté en direct au séisme du jour : Nicolas Hulot quitte le gouvernement d’Édouard Philippe – « j’ai un peu d’influence, je n’ai pas de pouvoir ». Patatra, le bal des hypocrites a commencé en quelques minutes, puisque les ténors de tous bords sont entrés dans la danse de la récup, démarche plus démago qu’écolo en l’occurrence ! Le désormais ex-ministre vient de claquer la porte sans prévenir le Président de la République ni même le Premier Ministre, ce qui ne s’est jamais vu… et il faut avouer que ce n’est pas là l’acte le plus courageux de l’ancien présentateur d’Ushuaia. D’ailleurs, certains disent que N. Hulot a le beau rôle et s’en va avec panache… tandis que d’autres ne retiendront qu’une fuite peu courageuse et en l’absence du chef de l’état, à qui il semble vouloir laisser le mauvais rôle. Comme très souvent, Clic Infos va tenter de faire la part des choses entre le verre à moitié plein ou vide… Pas simple, surtout que le départ du numéro trois du gouvernement est un véritable cas d’école en la matière.

Sans prévenir personne, les larmes aux yeux et sur une antenne radio… drôle de départ.

Nicolas Hulot était l’atout  » popularité  » d’Emmanuel Macron. (Photo : Marianne)

Ce serait donc une simple réunion avec des représentants des chasseurs hier soir à l’Élysée, qui aurait été la goutte d’eau de trop… Étonnant tout de même, quand on sait que Nicolas Hulot n’était même pas en charge du dossier. Sa décision de claquer la porte, il ne l’aurait prise que pendant l’émission de ce matin sur France Inter, ce qui paraît d’un côté totalement irresponsable et de l’autre très peu probable ! Sa démission, que certains prennent pour un aveu d’échec et d’autres pour une patate chaude renvoyée dans les mains d’Emmanuel Macron a sans doute été très réfléchie. En même temps, une phrase a retenu notre attention : « j’ose espérer que ma décision de ce matin ne sera pas inutile »… Ces mots font vraiment penser à une lettre laissée par une personne suicidée. Alors, est-ce une décision suicidaire ou fort réfléchie et porteuse d’un projet futur ? Et, comme pour aller encore plus dans le sens du verre plein-vide, Hulot déclare qu’il a une « grande affection » pour ce gouvernement, qu’il a « de l’influence, mais pas de pouvoir » et enfin qu’il ne peut se contenter de la politique des « petits pas », ce qui signifie tout de même que l’équipe au sein de laquelle il a travaillé n’est pas tout-à-fait nulle, question écologie. Allez comprendre… C’est aussi un sale coup pour le Premier Ministre, qui avait un déplacement noté demain dans les Hautes Alpes pour les Assises de l’Eau, en compagnie de son ministre de la transition écologique. Il va donc falloir que Matignon réagisse vite et fort, surtout que le Président de la République est en tournée européenne pour défendre son projet pour l’Union. Chimiquement, on parlerait ici d’un « précipité » et c’en est un sur le plan politique aussi. Le défi pour Macron, le gouvernement et La République En Marche, afin que Saint-Hulot ne devienne pas un martyr puisque, depuis la France Insoumise jusqu’à l’extrême-droite, tout le monde souligne aujourd’hui son courage après l’avoir vilipendé tant que faire se pouvait, lors de son entrée au gouvernement Philippe. Là, absolument tous les leaders politiques hurlaient au loup et criaient à la haute-trahison des idéaux verts ! « Il ne faut pas de récupération politique, il faut en revenir aux questions écologiques réelles »… Voilà ce que disait Nicolas Hulot, quelques instants après sa déclaration qui a surpris nos confrères de France Inter, qui n’en demandaient sûrement pas tant en se levant. Ils tiennent pourtant le méga scoop du jour et c’est maintenant à celui qui sera le plus virulent envers Emmanuel Macron, pour tenter de faire du départ de celui à qui il avait déroulé le tapis rouge, le « gros dossier politique » de la rentrée… On retiendra aussi qu’outre l’image sanctifiée de l’ex animateur télé, beaucoup diront que Nicolas Hulot a présenté à la France entière une profonde fragilité en déclarant qu’il partait, les larmes aux yeux et des sanglots dans la voix. S’il était le ministre préféré des français, il réussit aujourd’hui à être surtout celui de l’ensemble des opposants au chef de l’état : Républicains, France Insoumise, Verts, Socialistes, Rassemblement National, Patriotes, tous tournent autour de la dépouille du désormais ex-ministre et rêvent que ce départ soit le début de la fin de La République en Marche. Sans doute en seront-ils pour leur frais car le Président est tout sauf un imbécile et il profitera sans doute de la chose pour concocter un solide remaniement ministériel. Si « la planète devient une étuve » comme le déclarait Nicolas Hulot ce matin, le petit monde politique français l’est tout autant, depuis quelques heures… et ça chauffe !

Tous les opposants jouent les vautours et veulent une petite flamme du burn out manifeste de Nicolas Hulot.

Nicolas Hulot n’aura pas résisté au monde de la politique…

Pour avoir rencontré et interviewé Nicolas Hulot lors de la semaine de pré départ d’une Transat Jacques Vabre au Havre, nous savons qu’il est homme de sincérité, mais aussi d’une grande sensibilité. Peut-être donc n’était-il tout simplement pas fait pour être ministre… S’il avait déclaré lors de sa nomination qu’il se donnait un an pour évaluer sa fonction, il y a quelques mois il a estimé que les conditions étaient réunies pour qu’il poursuive son travail. Ses proches déclarent d’ailleurs qu’il était activement sur les dossiers ces derniers temps… ce qui nous fait dire qu’un simple burn out est réellement possible. Des rumeurs accusaient aussi le ministre d’agression sexuelle, ce qu’il avait vécu avec beaucoup de difficultés, tout en découvrant la terrible violence du monde politique. D’aucuns accusaient Macron d’opportunisme politique quand il convaincu Hulot d’entrer dans son équipe, ce qu’avaient déjà tenté trois présidents avant lui… Il a essayé de mettre en place un homme de convictions et largement populaire. Il n’avait sans doute pas compté avec la fragilité de l’homme et la patience que demande la mise en œuvre d’une réelle évolution de la politique écologique de la France, issue de décennies de mauvaises décisions. Du coup et profitant de cette démission pour le moins fracassante, les oppositions ont trouvé ce matin un terrain d’entente (sûrement pas politique, mais bien opportuniste) qui leur permet de taper sur les têtes du président et du premier ministre, et de « dresser le constat du décès de la Macronie »… Cela semble un peu léger et sans doute assez inutile. L’écologie n’est en effet pas un « sujet Macron », puisque le Président ne sera plus là dans quatre ou neuf ans, alors de l’évolution écologique ne peut être appréhendé qu’à l’échelle du siècle. Il faut que le bal des hypocrites s’ouvre dès maintenant si les danseurs veulent remplir leur carnet de valse et en tirer tout l’intérêt possible, au détriment du Roi du bal, le Chef de l’état ! Nicolas Hulot dénonçait ce matin après son annonce, l’impossibilité de réformer la France… Beaucoup se demandent déjà pourquoi il n’est pas resté en fonction, pour tenter d’apporter sa pierre à l’édifice en utilisant l’influence qu’il se reconnaissait lui-même. Cette démission, tout le monde en parlait depuis l’entrée en fonction du Ministre et elle aura mis un an et demi à venir… En sortant du studio, il a reconnu auprès de la personne qui le raccompagnait qu’il ne savait pas en y entrant, s’il allait annoncer là son départ. C’est en écoutant les questions que lui posaient les journalistes, qu’il aurait pris sa décision et l’aurait annoncée dans l’instant… larmes aux yeux et sanglots dans la voix. Du vrai petit lait pour ceux qui veulent le détester et un prétexte à traiter Macron de salaud et de traître à sa parole, pour les autres. Monsieur Hulot espérait ce matin que sa décision ne « servirait personne ». Il risque bien en fin de compte d’avoir raison car il est probable que dans quelques jours on ne parlera plus de cette péripétie, si les communicants de l’Élysée déploient le talent qu’on leur connait et que le Président lui-même rebondit en organisant par exemple un large remaniement ministériel, faisant croire aux français que leur insatisfaction est entendue et provoque de grands changements d’orientation. Finalement c’est encore lui qui, au grand dam des oppositions, pourrait dans quelques semaines se trouver à la tête de quelques points de popularité en plus… Qui ignore encore qu’il est fin stratège ? Nicolas Hulot n’est plus au gouvernement et peut-être d’autres suivront-ils la même voie dans les prochains jours, victimes collatérales d’une situation qu’ils n’auront pas provoquée. Quant au désormais ex-ministre, qui sait si on ne le retrouvera pas bientôt aux affaires d’un parti écologiste bien mal en point, qui aurait bien besoin de sa grande popularité, à neuf mois des élections des élections européennes… s’il a séché ses larmes, bien sûr !

Pris de court, l’Élysée vient de publier un communiqué, dans lequel Emmanuel Macron déclare : « Nicolas Hulot peut être fier de son bilan. Grâce à lui, nous avons le meilleur bilan écologique sous la Cinquième République ». On sent dans ces quelques mots, tout le poids du regret… sans doute de la grande popularité de l’ex numéro trois du gouvernement. Pourtant, cela reste un mauvais coup pour celui qui dans le monde et face à Trump, veut représenter l’idéal de son slogan « Make our planet great again »… Pour le coup et comme on dit : ça la fout mal…

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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