Étonnant les observateurs ce mercredi, le Président de la République Française a décidé de présenter ses premiers vœux officiels (en dehors de ceux du 31 décembre aux français) à… la presse. Cela a surpris, pour la simple raison que ses rapports avec les journalistes ne sont pas de la plus grande cordialité depuis son accession au pouvoir. Et pour cause, puisqu’il avait débuté son quinquennat en imposant la « parole rare » durant quelques mois, avant d’être accusé de donner par-ci et par-là, l’une ou l’autre interview « complaisante ». On se souvient de Laurent Delahousse, récemment conspué pour la « déférence » dont il aurait fait preuve lors de son retentissant entretien avec le Président, au cœur même de l’Élysée. Mais au lendemain de ces vœux, c’est bien le jeune Chef de l’État qui est vilipendé pour « s’être permis de donner aux journalistes une leçon sur la manière de pratiquer leur métier ». Et s’il n’avait pas joué au professeur, mais au contraire simplement tiré un bilan objectif de situation actuelle de la presse française ?

Les journalistes n’ont généralement plus très bonne… presse.

Si vous interrogez vos amis sur la confiance qu’ils ont en ce qu’ils lisent dans les médias, y voient ou y entendent, vous vous rendrez vite compte que c’est bien pire qu’un sondage politique… on rase carrément les pâquerettes ! Et il faut dire que, grâce (ou à cause) de leur diffusion en primeur sur les réseaux sociaux, les fake news ont envahi les médias… désormais condamnés à aller toujours plus vite dans le relais de « l’information ». Voilà pourquoi Clic Infos n’a jamais prétendu devenir un quotidien, car cela nous condamnerait à une course effrénée, qui entraîne de nombreux dérapages. Nous avons préféré demeurer un médium périodique, qui puisse tranquillement se permettre de choisir les sujets qu’il traite, afin de vous informer certes, mais aussi de vous divertir sur des thèmes que nous choisissons au fil de l’année. Quand survient une actualité brûlante, dramatique ou qui touche un très grand nombre de personnes, nous la traitons évidemment avec toute la rigueur qu’impose la déontologie de notre métier. Tous nos rédacteurs sont titulaires d’une carte de presse et c’est une démarche volontaire. Lorsque quelqu’un nous rejoint et n’en possède pas, nous nous assurons qu’au bout d’une période de formation, il la décroche et prouve ainsi qu’il a rejoint la communauté de journalistes. Mais tous les professionnels de l’information ou ceux qui se présentent comme tels, sont-ils aussi attentifs au respect des règles qui ont fait la noblesse de notre métier ? Fut un temps (pas si lointain) le journaliste était respecté pour son courage, son entêtement, sa volonté de transmettre la vérité même mâtinée d’opinion, toujours dans le respect des faits. Les faits, encore et toujours les faits, c’était presqu’une devise pour tout journaliste. Mais aujourd’hui, il a une toute autre réputation : fourbe, fouineur, menteur, manipulateur et relayeur de ces fameuses fake news ! Il suffit de lire les commentaires sur les réseaux sociaux ou les sites de grands médias quotidiens, pour découvrir à quel point il est désormais méprisé. « Et tu crois tout ce que disent les médias, toi »« il ne faut pas croire ce que tu lis dans les journaux »« ah, ces journalistes, tous des pourris » … et cela a de quoi peiner nos très nombreux confrères qui bien heureusement, veulent encore pratiquer leur métier dans les règles de l’art et le respect le plus profond d’eux-mêmes.

Macron déclare la guerre aux fake news et fait la leçon…

À l’occasion de ses vœux à la presse, le Président a donc décidé de frapper fort. Personne n’ignore qu’il est expert en communication et a une maîtrise totale de son image. Il ne dit jamais un mot sans l’avoir examiné sous toutes les coutures, pesant certainement ses conséquences. Et voilà qu’en présentant ses vœux aux quelques quatre cents journalistes réunis à l’Élysée, il s’est lancé dans une leçon… C’est en tout cas comme cela qu’ils semblent tous avoir pris l’état des lieux que le Président a dressé sans complaisance. En été, il déclarait : « les journalistes ne m’intéressent pas, ce sont les français qui m’intéressent ». De ce jour date sans doute la crispation entre lui et la presse. Il a réédité mercredi, en rappelant tout le barnum fait autour de ses vœux de nouvel-an aux français : les présenterait-il aux côtés de Brigittele ferait-il depuis L’Élyséeen direct ou plutôt enregistrésen costume ou bien en pyjama ? Il en a souri, la salle aussi… mais côté salle, ça riait plutôt jaune quand il a relevé s’être plutôt attendu à ce que toutes ces spéculations concernerent plutôt le contenu. S’en est suivi un réel plaidoyer pour un journalisme plus centré sur les faits que sur les personnes, davantage consacré au fond qu’aux formes et il en est arrivé à évoquer les fameuses fake news. Il faut dire qu’il en a été victime durant la campagne présidentielle, au même titre qu’Hillary Clinton l’aurait été avant lui. Il n’a pas caché, comme depuis le début, que la Russie était à chaque fois derrière ces vraies campagnes de masse, organisées pour déstabiliser le processus électoral dans certains pays. La politique n’est pas la seule touchée par ce fléau, qui se généralise à tous les domaines. Il faut aussi reconnaître que depuis l’avènement des réseaux sociaux et applications de communication, le phénomène s’est accentué à toute vitesse. Désormais, une nouvelle (qu’elle soit fausse ou réelle) fait le tour du monde en quelques secondes, ou au maximum en cinq minutes ! L’information est donc devenue une course folle, où chacun veut prendre l’autre de vitesse et être le premier à diffuser plus largement ladite nouvelle, souvent sans le moindre recoupement concret ou quelque vérification sérieuse, comme il se devrait.

La presse hexagonale n’apprécie manifestement pas la leçon du professeur Macron.

À lire les journaux français du lendemain de cette cérémonie de vœux, Emmanuel Macron n’est pas remercié de son exposé, même s’il a ensuite passé une heure et demie en compagnie de ses invités, montrant qu’il est aussi capable de proximité. Il venait d’expliquer que, s’il ne pratiquait pas la confidence ou la séduction comme certains de ses prédécesseurs, il désirait toutefois une relation sereine avec eux. D’après les images de ce moment partagé avec ses hôtes, ils étaient nombreux à vouloir se trouver quelques instants en compagnie du Chef de l’État. Je t’aime… moi non plus, en quelque sorte ! Bien sûr, sa plus proche conseillère en communication ne quittait pas le Président d’une semelle, smartphone greffé à la main et manifestement en fonction enregistrement. Il y a donc fort à parier que si l’un des invités s’avisait de traficoter le moindre propos d’Emmanuel Macron échangé à cette occasion très privilégiée, il serait vite remis en place ou plus exactement face à la réalité. On l’accuse donc, une fois de plus, d’avoir joué la carte de l’image, mais pas de la sincérité. En fait, la presse ne semble pas avoir apprécié qu’un tout récent quarantenaire, encore inconnu il y a trois ans, se permettre de la rappeler à l’ordre et de lui remettre en mémoire certaines règles. Car, si on écoute attentivement l’allocution du Président Macron, on ne peut finalement pas l’accuser d’avoir exagéré, ni envenimé les choses. Il faut parfois être beau joueur et reconnaître qu’on s’est fait prendre les doigts dans le pot de confiture. Pour la presse française, c’eut été l’occasion d’apaiser un peu sa relation avec l’Élysée et d’estomper l’image de prétention qui lui colle à la peau, pour beaucoup. Une des phrases qui prouvent que le Président pèse parfaitement chaque mot qu’il prononce est celle où il a assuré aux journalistes qu’il veillerait à protéger évidemment leur droit à déconstruire l’information, à interroger et à contredire… Un fin stratège que cet homme-là, mais qui demain ne sera pas davantage proche de la presse de son pays qu’il ne l’était en 2017 !

Même si dans son discours Emmanuel Macron n’a pas établi de stratégie claire pour légiférer contre les fake news, il semble en tout cas bien décidé à faire quelque chose. Une loi de 1881 punit déjà sévèrement la diffusion volontaire de fausses nouvelles, mais les évolutions technologiques et surtout la rapidité avec laquelle elles galopent à travers le monde… demandent sans doute quelques adaptations. Quoi qu’il en soit, le Président a affirmé qu’un projet de loi serait présenté cette année. À suivre donc… au même titre que son étrange relation avec la presse française, puisqu’il semble davantage admiré à l’étranger. Nul n’est prophète en son pays, c’est bien ce qu’on dit ?

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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