Depuis deux jours, je cherche la bonne manière de vous décrire Invictus et c’est d’autant plus compliqué que ce que je veux dire est vraiment positif. Alors… quartier fascinant le soir, entièrement dévolu à l’Europe, superbes bâtiments transparents et illuminés, place du Luxembourg chic et ancienne, confrontée au moderne des alentours et le corps central conservé de l’ancienne gare. Rien que le quartier vaut la peine, car on s’y sent bien. La rue de Trèves, classique et sobre, deux restaurants italiens et pile entre eux, une façade lumineuse, une large baie vitrée qui dévoile chaleureusement une belle grande salle, où trône un imposant lustre en cristal. Un élégant serveur en tablier de brasseur, silhouette impeccable, cheveu nickel et sourire plus qu’avenant, conseille des clients et leur raconte le grand tableau de suggestions… on n’a qu’une envie : entrer. Voilà, je crois que ce sont les mots justes !

Une déco moderne et classique en même temps, de l’espace, de la lumière.

Les tables sont élégantes, bien dressées et alignées impeccablement, mais ça reste vivant et chaleureux. C’est ce qui donne un côté brasserie moderne, avec le tableau des suggestions, quelques photos de rugby aux murs, des couleurs chaudes et un service détendu, vraiment impeccable. Nous avons été servis par Frédéric et il mérite une mention spéciale pour la qualité de son travail et sa gentillesse. Non seulement il vous met à l’aise, mais on sent qu’il aime être là et vous conseiller au travers de la carte. Il la connaît, la maîtrise et arrive à savoir ce qui vous ferait le plus plaisir. Il n’est pas sommelier mais connaît ses vins et c’est une grande qualité, quand il s’agit de vous guider vers un choix. Bref, un vrai bon point, car c’est grâce à cela qu’on sent tout de suite si on va passer une bonne soirée… et ce fut le cas.

Une carte variée, qui propose en effet du « ici » et de l’ « ailleurs ».

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Certes, il y a des choses d’ailleurs et fort attirantes : couscous, tagines… Mais ce soir, qui dit brasserie à Bruxelles, dit d’office un test incontournable : les croquettes ! Ici, un mix de croquettes de fromages de Chimay et Parmesan et aux crevettes grises (14,60€). Le dressage est simple, classique et les deux lingots parfaitement dorés sont accompagnés d’une salade mixte généreuse. Un bon point pour l’amusant « presse-citron », qui permet de ne pas se salir les doigts. Côté qualité, Manu qui m’accompagne ce soir-là accepte de me faire goûter… Je dois admettre qu’il y avait longtemps que je n’avais pas goûté une croquette au fromage d’aussi bon caractère. Sans doute le mariage du Chimay et du Parmesan, en tout cas c’est une réussite. C’est savoureux et crémeux, même si l’appareil tient parfaitement sous le couteau. La seconde est du même tonneau : corsée et généreuse en crevettes grises et là aussi l’appareil est de parfaite tenue et ne se répand pas dans l’assiette. On est bien dans une bonne maison bruxelloise ! De son côté, Manu a choisi une demi bouteille Saint-Nicolas de Bourgueil 2015, Jacques et Vincent Mabileau, domaine la Gardière (18€). À noter que le choix de demi bouteilles n’est pour une fois pas le parent (trop) pauvre, parfait pour les petits buveurs.

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Pour ma part, j’ai jeté mon dévolu sur une demi Sancerre 2014, un étonnant Domaine des Caves du Prieuré (21,50€). Il est « amusant », très frais et moins minéral que beaucoup de ses cousins Sancerre. Comme entrée, j’ai choisi un Tartare de thon rouge frais aux agrumes, parfumé aux fines herbes (16,90€). La coupe au couteau est nickel, ni trop grossière ni trop fine, ce n’est pas haché. Je craignais un peu que les agrumes frais ne l’emportent sur le poisson voire même entament une cuisson, rendant mon tartare moins pep’s. Que nenni ! C’est à ces détails qu’on voit si on dîne dans une maison où les assiettes sont préparées « minute » et c’est ici clairement le cas. Les morceaux d’orange et pamplemousse rose sont rafraîchissants et un peu de jus vient relever cette fraîcheur avec justesse et… sans cuisson, n’ayant pas eu le temps de mariner le thon. L’assaisonnement en fines herbes n’est pas envahissant, mais se dévoile avec subtilité, tandis que quelques jets de graines germées et un morceau de chicon cru apportent le croquant que demande une entrée de ce style. On flirte avec la bistronomie et le chef, jeune et souriant, me dira plus tard qu’il aime ça… quand il peut se le permettre, sans dénaturer un classique. Un bon point en particulier pour sa petite tuile à l’encre de seiche, craquante à souhait !

Viande classique pour l’un… poulet croustillant façon César pour l’autre.

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Manu a décidé de faire un petit tour du côté de l’outre-Atlantique en portant son choix sur la Salade de Poulet pané et graines de sésame blanc, sauce César (15,20€). J’avoue que je ne m’attendais pas à l’assiette qui nous a été présentée… Quatre superbes filets de poulets, généreusement panés et dorés à souhait, qui dominent une belle salade fraîche composée (concombre, carotte, tomate, chicon, radis, laitue…). Les copeaux de Parmesan ne jouent pas les arlésiennes et la sauce César est maison, évidemment. C’est un classique, qu’il est difficile de rendre gastronomique… mais il ne l’est sans doute pas moins de le réaliser parfaitement. C’est le cas, ça croustille et la chair du poulet est restée moelleuse et tendre. Un sans-faute pour très bons appétits !

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J’ai décidé de jouer la carte brasserie jusqu’au bout et sortant d’une solide grippe d’automne, j’ai fait une infidélité à mes sacro-saints poissons. Pour me redonner un coup de fouet, j’opte pour le Pavé de bœuf 280g accompagné de frites et salade (18,10€). Pas de risque donc, mais évidemment peu de chances d’être vraiment surpris… Eh bien, je vais l’être quand même. Primo, il me faut un instant pour me souvenir que le Maître des lieux est passionné de Rugby… sa cuisine est faite pour les sportifs à faim de loup ! Ensuite, c’est une présentation réussie. La planche est classique, mais l’ensemble est riche et coloré. Il ne faut qu’une seconde pour voir que les frites sont maison, la viande est colorée par le grill mais je ne crains pas qu’on ait oublié que je la voulais bleue… et la sauce aux champignons me tend des bras veloutés. Elle est onctueuse et grasse comme il faut, la légère petite pellicule qui se fige au fil des minutes me prouve sans même la goûter, qu’elle vient d’être réalisée en cuisine. On est loin des fonds de sauces industriels et j’en suis vraiment heureux, car je déteste ça ! La dégustation confirme : c’est onctueux, carrément crémeux et les frites y plongent avec délectation, moi aussi. Je savais que demander un pavé bleu chaud relevait un peu de l’impossible, mais le défi est franchement relevé. Pas pour une heure bien entendu, car je ne mange pas vite… mais je l’ai entamé chaud et c’est tellement agréable ! Les condiments sont amusants, la salade rafraîchissante et les frites parfaites. Même Manu est venu y faire un tour…

Des douceurs classiques, mais efficaces.

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Coté dessert, nous avons fait des choix classiques. Tiramisu pour Manu (7,40€) et Cappuccino gourmand pour moi (9€). Les desserts sont servis sur ardoise et, s’ils sont classiques on ressent la qualité du fait maison et cela vient conclure de la meilleure des manières un dîner déjà très agréable. Le Tiramisu était moelleux et léger, tandis que les mignardises qui accompagnaient mon Cappuccino (authentique et réalisé avec de la crème de lait, ce qui est assez rare pour le souligner) étaient de qualité et ne sortaient pas de boîtes. Un joli point final.

En conclusion, j’ai découvert un lieu nouveau pour moi et il m’a permis de refaire connaissance avec un quartier que beaucoup de bruxellois ont oublié. La place du Luxembourg est magnifiquement conservée, au cœur de ce quartier hyper moderne et lumineux. C’est une belle confrontation architecturale et une jolie manière de commencer une soirée, en regardant autour de soi pour redécouvrir les institutions européennes autrement. Le soir, les habits de lumières rendent le tout très attractif. Invictus évoque évidemment aux cinéphiles le magnifique film homonyme de Clint Eastwood, avec les inoubliables Morgan Freeman et Matt Damon, consacré à l’épopée de l’équipe de Rugby d’Afrique Sud, soutenue par Nelson Mandela. C’est normal, le père du maître des lieux entraîne depuis toujours et Mohammed est passionné aussi. Cela se retrouve donc un peu sur les murs de son établissement et les soirs de grands matches, vous pouvez y assister sur écran géant entre amateurs de ballon ovale et en dégustant un menu spécial. Vous retrouverez les dates sur leur site Internet. Invictus est en tout cas un lieu qu’il faut découvrir. Le service y est impeccable, la table de qualité et l’établissement pourrait bien devenir un rendez-vous du soir dans ce quartier où la vie se déroule surtout la journée. S’il relève de défi, ce sera uniquement grâce à la qualité de ses produits et de son service… il n’y a pas de secret.

Site officiel : www.invictusrestau.com

Notation Clic Infos : 3 Clics
(1 Clic = moyen – 2 Clics = correct – 3 Clics = Table de qualité – 4 Clics = table de grande qualité – 5 Clics = Table d’exception).

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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