À l’occasion des 40 ans de la disparition de celle qu’on surnomme la « diva du siècle », une exposition hommage lui est consacrée jusqu’au 14 décembre dans la salle de l’île Séguin, à Boulogne-Billancourt. C’est une Maria Callas assez méconnue qui se dévoile à la Seine Musicale. Une chanteuse intime, à mille lieues des clichés dont tout le monde se gave et qu’on découvre grâce à Tom Volf, commissaire de l’exposition Maria By Callas. Si certains, au risque de s’attirer les foudres de ses admirateurs, affirment qu’elle chantait comme un moineau enrhumé, la Callas a réussi au-delà de la musique, à imposer une image de star mystérieuse.

Le Commissaire voulait réellement présenter au public une Maria Callas inédite. Il n’a pourtant pas connu la cantatrice. Il en est seulement admirateur et a eu le flair indispensable à la conception d’une exposition « différente ». Pour ce faire, il a réussi à retrouver quelques témoins privilégiés… qui ont livré leur vision de la Diva.

Tom Volf est subjugué par la Callas et porte sur elle un autre regard.

Clic Infos - Maria Callas

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Finissant ses études de médecine à New York, le jeune homme pense à l’époque qu’il n’en aura que pour quatre jours à rencontrer quelques témoins. Il se trompe et quatre ans plus tard, n’a toujours pas quitté la Grosse Pomme. Ceux qui ont bien connu La Callas et avaient été choqués par les nombreuses rumeurs lors de sa disparition, ont ouvert leurs boîtes à souvenirs. À l’époque et comme souvent lorsque disparaissent des légendes (Marylin, JKF, James Dean, Elvis…) on en avait dit tout et n’importe quoi : suicide par overdose médicamenteuse, assassinat crapuleux pour sa fortune, laisser-aller volontaire causé par le chagrin, à la mort de son grand amour le milliardaire Aristote Onassis… Le mystère a toujours entouré la Callas. Ce sont donc des monceaux d’objets, de lettres, partitions annotées, documents audiovisuels, films super 8, bandes magnétiques, disques « pirates » … qui ont émergé de ces rencontres privilégiées. Personne n’ignore que le dessinateur belge et père de Tintin Hergé, s’est inspiré d’elle pour créer le personnage de la Castafiore. On la disait très excentrique, compliquée dans ses rapports avec les hommes, ne pensant qu’à elle-même, ayant un caractère terrifiant tous ceux qui la côtoyaient… Pourtant, c’est une autre Callas que présente cette exposition et on la redécouvre finalement, par elle-même. On traverse à la fois sa vie de femme et celle de l’artiste, avec en fond sa voix parlée qui accompagne le visiteur. Il y a aussi de nombreux points d’écoute, où vous pourrez entendre la Voix, ce que permettent les incroyables installations de la toute jeune Seine Musicale. La scénographie rend le parcours simple et logique, donnant un peu la sensation de « se promener dans un film ». Si vous restez bel et bien le spectateur, que vous regardez et écoutez tout autour de vous, vous aurez peut-être à certains moments, l’impression étrange que c’est au contraire la Callas… qui vous regarde droit dans les yeux. 

La Diva malade… la thèse très sérieuse de deux scientifiques italiens.

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On sait que les mystères font émerger de nombreuses thèses et hypothèses, parfois sérieuses, souvent farfelues. Pourtant, deux chercheurs en orthophonie de l’université de Bologne, Franco Fussi et Nico Paolillo, n’ont jamais cru à sa mort volontaire, même si tout le monde sait que la Callas s’était retirée du monde et enfermée dans son appartement Parisien. Les deux médecins sont formels : « Maria Callas souffrait d’une grave maladie, la dermatomyosite, maladie du collagène qui se localise dans les muscles et sur la peau. C’est elle la cause de son décès. C’est une affection rare, souvent associée à un autre collagénose, à une vascularite ou un cancer, en particulier bronchique ou digestif (syndrome para-néoplasique), la maladie a progressivement provoqué une défaillance des muscles du larynx, d’où les problèmes de voix dont a souffert la soprano dès la fin des années 50 (ce qui justifiait les moqueries de certains sur sa voix – NDLR). Le traitement pour soigner cette maladie, qui s’est aggravée considérablement au fil des années en rendant la Voix du vingtième siècle quasi-aphone, à base de corticoïdes et d’immunosuppresseurs, a provoqué une insuffisance cardiaque ». Les chercheurs italiens ont confirmé leurs propos, à l’occasion d’une table ronde consacrée à « l’analyse scientifique du phénomène Callas ». Pour établir ce constat médical, ils ont soumis des enregistrements de la cantatrice à une analyse spectrographique qui a révélé qu’elle ne pouvait plus, à la fin de sa vie, chanter certaines notes sans douleurs insurmontables. Ils n’ont pas déterminé quand et comment la soprano a contracté la maladie. Pour les deux orthophonistes, le tournant de la carrière et de la vie de l’Américaine de naissance, se situerait au milieu des années 50, alors que la Callas suivait un régime draconien. En deux ans, elle perdit plus de trente kilos et devint une icône de la mode et de tous les photographes du monde. Selon la légende, elle aurait volontairement avalé un ver solitaire, pour accélérer son changement de silhouette. Faut-il voir dans cet acte ou dans ce régime fou le début de son déclin physique ? Les deux scientifiques en sont intimement persuadés, la forte perte de poids entraînant d’inéluctables conséquences. Leur théorie est sans doute la plus sérieuse de toutes celles qui ont été développées. En tout cas, elle entretient le mystère et la légende…

Elle a chanté partout et avec les plus grands… c’était « la » Diva.

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Surnommée « la Bible de l’opéra » par l’immense Léonard Bernstein, celle qui est née en 1923 à New-York a littéralement chamboulé l’art lyrique du 20ème siècle. On peut dire qu’elle a mis à l’avant-plan le jeu d’acteur dans l’opéra, l’interprétation étant jusqu’alors reléguée au rang de détail. Elle a chanté avec les plus grands artistes de son temps (Boris Christoff, Giulietta Simionato, Giuseppe Di Stefano, Mario del Monaco, Tito Gobbi). Elle s’est aussi produite sur les plus grandes scènes lyriques du monde (Venise, Rome, Paris, New York, Milan, Mexico, Londres, Buenos Aires) et reste l’une des cantatrices les plus célèbres de l’histoire. Elle avait à la fois un timbre très particulier et un incroyable registre vocal, qui s’étendait sur près de trois octaves ! Sa réelle virtuosité et son phrasé unique, mais aussi son talent de tragédienne, lui ont permis de jouer les plus grands rôles avec une intensité dramatique que personne n’a pu lui enlever (Lucia, Médée, Norma, Tosca, Violetta…). Partout où elle passait, elle suscitait de véritables passions et sa personnalité, fantasque et attachante à la fois, faisait qu’on n’allait pas par quatre chemins la concernant. Elle était tout autant adulée par certains que conspuée par d’autres. Mais la Callas reste, tant par sa carrière que par sa vie personnelle romanesque, la représentation absolue des rares cantatrices qu’on qualifie de Divas.

Avec Aristote Onassis… c’est la tempête, l’amour fou.

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Son amour pour le richissime armateur grec fait partie de sa légende. En 1958, la Callas au sommet de sa gloire chante pour la première fois à l’Opéra de Paris. Le tout-Paris est là : Cocteau, Jean Marais, Charlie Chaplin, Martine Carol, Brigitte Bardot et… Aristote Onassis. Trois mois plus tard, lors d’un bal à Venise, elle fait sa rencontre et passe toute la soirée avec lui. Sous le charme, il l’invite sur son yacht. Elle est mariée à Giovanni Battista Meneghini, son agent, mais l’armateur n’a qu’un but : conquérir la Callas ! Pendant sa tournée européenne il envahit ses loges de roses rouges. Après un concert à Londres, Aristote rencontre Battista lors d’un bal qu’il donne en l’honneur de Maria. Onassis refait sa proposition de croisière et elle finit par accepter devant l’insistance des deux hommes. En juillet, ils montent à bord du Christina et au cours du voyage le grec se rapproche de Maria, elle a 33 ans et lui 53. Ils sont tous deux mariés, grecs et ne doivent leur réussite qu’à leurs efforts. En arrivant à Istanbul, ils finissent par succomber et elle quitte sa cabine dans la nuit. C’est le début d’un grand amour. En octobre 1959, elle divorce. En mars 60, elle aurait accouché d’un garçon qui mourut le jour-même, de naissance prématurée. Les amants resteront neuf ans ensemble. En 1963 Jackie Kennedy, veuve du président des États-Unis, arrive à Athènes et sa sœur est la maîtresse de l’armateur. Elles embarquent sur le Christina sans Maria, qui découvre dans la presse des photos compromettantes. En octobre 1968, Onassis épouse Jackie Kennedy et la cantatrice, qui rêvait d’épouser l’armateur, se sent trahie. Mais ils continueront pourtant à s’aimer… Selon la secrétaire d’Onassis et le journaliste Nicholas Gage, ils se verront jusqu’à la fin. Pendant le séjour d’Onassis à l’Hôpital Américain de Neuilly pour la pneumonie qui lui sera fatale, la Callas vient régulièrement le voir, seule. Il meurt en 1975… elle en 1977.

Le légendes s’entretiennent sur les rumeurs, les amours et la Callas n’a manqué ni des unes ni des autres. Elle reste la Diva des Divas, 40 ans après sa disparition. L’exposition « Maria by Callas » est une opportunité de découvrir la cantatrice d’une manière différente de ce qu’on peut lire dans les livres et les magazines.

Exposition jusqu’au 14 décembre, à la Seine Musicale (Paris)
Toutes les infos pratiques sur : www.mariabycallas.com

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