FRANCE - Dans le sud-ouest (Millas), le bilan de la collision entre un train et un bus scolaire s'est alourdi ce vendredi matin. Il est passé à cinq morts, tous âgés de maximum 14 ans. Plusieurs blessés sont encore en état d'urgence absolue... ce bilan pourrait donc encore s'alourdir.

Comme lors du premier tour, nous avons décidé de sortir exceptionnellement de notre ligne rédactionnelle non politique. En effet, la France est à une croisée de chemins historique et les routes qu’ils peuvent choisir ce dimanche ne mènent vraiment pas à la même France pour les cinq prochaines années. Mercredi soir, le débat télévisé a été de très mauvaise qualité, il faut le reconnaître, mais il faut aussi noter que la responsabilité pèse en grande partie sur un des deux débatteurs et j’ajouterais « une ». Si Marine Le Pen avait réussi une bonne campagne de premier tour, au cours de laquelle elle avait un peu dédiabolisé son image, le naturel est revenu au grand galop et elle s’est révélée mercredi soir telle qu’elle est sans doute vraiment. Si le débat a été clairement tiré vers le bas, c’est en grande partie du fait qu’elle (me) semblait déjà voir entamé la campagne des législatives, un peu comme si elle tenait pour acquise une défaite dimanche et qu’elle voulait montrer à son électorat de base qu’elle est toujours bien une… Le Pen.

Si il est vrai qu’Emmanuel Macron a tenté à plusieurs reprises de relever le débat, il faut aussi reconnaître qu’il n’a pu se dégager du piège tendu par la candidate frontiste. Elle l’a attaqué dès la première seconde de ce qui restera sans doute dans l’Histoire comme le plus chaotique débat présidentiel de la cinquième république. Chirac avait refusé, à juste titre sans doute, d’affronter le père en 2002, mais on aurait accusé Macron de faiblesse s’il avait pris la même décision. Il est donc monté sur le plateau en sachant probablement que ce serait davantage un ring où, étant donné la nature de l’adversaire, tous les coups seraient permis. Personnellement je trouve que, quelle que soit l’opinion qu’on se fait du programme et des idées politiques de Macron, il n’y a pas photo quant à celui qui sort le plus « présidentiable » de la confrontation. La déception est vive au sein même de l’électorat de Marine Le Pen, dont une partie se dit clairement déçue, à l’instar de ce témoignage d’un militant frontiste convaincu : « Elle nous a même fait honte. Hier, nous avons eu droit à la totale. Les « euh, euh » coutumiers, ajoutés à ses ricanements de gamine débile (à se demander si elle n’était pas saoule). Le pire c’était encore quand elle s’est curé les dents en parlant à Macron (…) Hier soir, elle a mis en l’air toute la dynamique qui était en train de se mettre en place autour du FN ». D’après les sondages parus au lendemain du débat, Marine le Pen n’a convaincu que 34% des quelques 15 millions de téléspectateurs contre 63% pour Emmanuel Macron. Il y a fort à parier que la candidate elle-même doit être consciente de l’échec de sa prestation dans le cœur des électeurs. A moins que… comme je l’évoquais plus, ce ne fut qu’une stratégie visant déjà à entamer la campagne des législatives. Si elle était intimement convaincue de sa défaite dans les urnes ce dimanche, c’est alors très bien joué d’avoir profité de l’incroyable tribune du débat, pour se remontrer sous son vrai jour en vue de rassurer sa base et de lui prouver qu’elle n’a renoncé à rien de ses idéaux nationalistes et protectionnistes. Si je ne me trompe pas dans cette analyse, on peut dire que c’est sans doute là son plus joli coup de communication, bien au-delà de l’épisode ridicule de Whirlpool.

Si le monde entier semble avoir regardé la prestation de Marine Le Pen avec une certaine angoisse et beaucoup de dérision, notant qu’elle a sans doute tenté un coup « à la Trump »… je pense que cela ne passera pas dans le cœur des français (en majorité en tout cas). N’oublions pas qu’on ne cesse de dire que la cinquième république est une sorte de monarchie présidentielle… si c’est bien le cas (ce qui est culturellement probable), alors le peuple veut un roi ou une reine qui puisse la représenter dignement, au-delà de tout clivage. Et la Présidente (en congé) du FN n’a vraiment pas donné l’image d’une reine capable de dignement représenter la France, dont elle rêve qu’on entende à nouveau la voix « particulière » dans la diplomatie mondiale. J’imagine que, rien que pour cette raison, une partie des abstentionnistes d’hier deviendront des électeurs dimanche. Et de plus, il y a sans doute de nombreux français qui iront voter en dernière minute parce qu’ils se rendront compte qu’un choix est impératif cette fois. Mais c’est sans doute agréable de montrer aux sondeurs qu’on fait partie de ceux qui tiennent tête… ne nous mentons plus, l’heure du jeu de dupes est passée et c’est à présent celle des actes. Je demeure convaincu que nombreux seront ceux qui mettront finalement un bulletin au nom de l’ancien ministre de l’Économie dans l’urne, non par conviction certes, mais pour faire front au Front. Nous serons définitivement fixés par les chiffres…

Clic Infos - Marine Le Pen

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Sans cesse dans l’attaque, à la limite de l’insulte souvent, La fille de Jean-Marie Le Pen a même piqué Macron sur sa vie privée : « Ne jouez pas le professeur avec moi… les rapports prof – élève, ce n’est vraiment pas mon truc »… allusion claire à l’épouse d’Emmanuel Macron, qui était à l’époque de leur rencontre son professeur. Heureusement, il n’a pas relevé la chose et c’est tout à son honneur. Plusieurs fois il a dit que la France méritait mieux que « ce mauvais spectacle télévisé » et on ne peut vraiment lui donner tort, surtout au vu de l’accusation (reconnue fake news depuis, et qui était miraculeusement apparue sur le Net pile deux heures avant le débat) montrant à quel point la besace de la candidate était vide. On peut juste regretter que le leader de En Marche n’ait pas réussi à remettre le débat au niveau des projets. Pourtant, ce ne fut pas faute d’essayer… mais face à une adversaire qui se vautre dans le caniveau il semblait difficile de se remettre en terrasse. On a toutefois noté (et l’ensemble de la presse française et internationale le souligne) que Madame Le Pen n’a strictement répondu à aucune des questions qui lui étaient posées, se contentant de passer au bazooka le programme de son adversaire. Elle a confondu SFR et General Electrics, s’est empêtrée dans des chiffres farfelus et a même réussi à dire que l’écu avait été une monnaie utilisée par les grandes entreprises avant l’avènement de l’Euro, alors qu’il n’était qu’un étalon de valeur et que jamais une facture en Europe n’a été libellée en écus. Ses confusions ont été régulièrement pointées par Macron qui, sur le plan économique et budgétaire a tout de même montré une réelle maîtrise des chiffres et dossiers (sans fiche ni dossier devant lui). S’il a eu quelques approximations aussi, par exemple sur le chômage, il a quasi toujours étayé concrètement ses projets et leur financement. Sans lui donner de blanc seing, il faut reconnaître que d’un côté de la table il y avait un Président potentiel de la République et de l’autre une Présidente assumée d’un parti. Ne nous étalons même pas sur les sous-entendus nauséabonds qu’elle a fait sur les relations franco-allemandes, car ils ont d’horribles relents… et j’espère que chacun les aura entendu pour ce qu’ils valent.

Clic Infos - Marine Le Pen

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Dimanche il reste aux électeurs français à faire un choix… et si j’écris « choix », c’est parce qu’il m’apparaît important d’en faire un et de ne surtout pas se délester de son droit (ou devoir, c’est selon) de vote par ras le bol, révolte ou colère, sans doute légitime… Au moins le pourcentage de Marine Le Pen sera élevé dans les isoloirs dimanche, au plus la France restera libre… y compris de s’y battre démocratiquement contre les idées d’Emmanuel Macron, au cours d’une digne campagne pour les élections législatives qui arriveront très rapidement. Le mouvement En Marche, dont on pensait (avec force) qu’il n’aurait à coup sûr aucune majorité lors de ce scrutin apparaît désormais favori, et il faut reconnaître que les sondeurs ont été plutôt précis et exacts ces dernières semaines. En tout état de cause, une France dirigée par le Front National ne serait sans doute plus la démocratie qu’elle est aujourd’hui (contrairement à ce que crient ceux qui ne se rendent pas compte que dans sous dictature, ils seraient jetés en prison et sans procès, rien que pour avoir donné leur opinion sur les réseaux sociaux, ce qui se fait encore librement en France, je crois). Je n’ai aucune leçon à donner à personne (et je ne me le permettrais pas), mais si j’avais à voter dimanche, je mettrais un nom sur mon bulletin.

Après tout, chacun fera dimanche ce qu’il estime juste en son âme et conscience… nous serons donc devant notre téléviseur à 20 heures précises et nous saurons alors qui la France aura choisi pour la diriger.

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Notre co-fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. Le 20 mars 2017, il a été élu Administrateur de l'AJPBE (Association des Journalistes Périodiques Belges et Étrangers). C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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