Il y a quelques semaines, dans un article consacré à l’après scandale Harvey Weinstein, nous nous demandions s’il ne faudrait pas un jour prochain, demander ses papiers d’identité à tout(e) futur(e) ou éventuel(le) partenaire sexuel(le)… Nous pensions faire un peu d’humour et riions même sous cape à l’idée de faire signer un contrat avant toute relation sexuelle en compagnie d’une nouvelle personne. Eh bien, c’était oublier qu’au cinéma nous avions déjà vu un cas d’école, même si nous ne pensions pas que cela deviendrait si rapidement une réalité. Dans Cinquante Nuances de Grey, le beau et ténébreux Christian exige de la sulfureuse et pas si innocente Anastasia Steele, qu’elle signe un long et fastidieux contrat… avant de « passer à l’action ». Peut-être est-ce en visionnant cette scène que les concepteurs de l’application Legal Fling ont eu leur « eurêka » !

James Bond zéro, zéro, sexe : toujours plus de technologie dans notre vie privée.

Personne n’ignore plus que la technologie s’est déjà immiscée dans notre vie très privée : robots sexuels, sex toys connectés, applications de rencontres olé-olé, sites de masturbation cam to cam… bref, les exemples ne manquent pas. Mais c’était sans compter sur le tsunami des #balancetonporc, #metoo et autres #timeisup. Le scandale Harvey Weinstein et tous ceux qui ont suivi, doivent sans doute avoir agité à vitesse grand « V » les neurones des petits génies qui hantent toutes les Silicone Valleys du monde sur un seul thème : le consentement ! Ça a dû chauffer dans les start-up… pour concevoir la toute première application qui permettrait de s’assurer du consentement de deux partenaires sexuels (ou plus), afin de les protéger légalement en cas de rapport d’un soir, par exemple. C’est en tout cas ce que promet Legal Fling… Vous avez eu un premier rendez-vous qui s’est plutôt bien passé, vous avez rencontré une fille (ou un type) canon dans une boîte de nuit ou ailleurs et vous avez envie de franchir le pas, de vous assurer que vous avez des capotes en poche et de sauter dans un lit ? Eh bien, vous n’auriez plus qu’à attraper votre smartphone (dans la poche où sont cachés les préservatifs) et à signer le contrat (virtuel, certes), avant de passer à l’acte. Si cette idée n’a rien de romantique, peut-être qu’un jour il sera devenu vraiment indispensable de se protéger contre les procès autant que contre les maladies sexuellement transmissibles… En tout état de cause Legal Things, le concepteur néerlandais de l’application, affirme qu’elle n’empêche pas le romantisme ni ne « coupe les effets » des partenaires. Ils veulent juste éviter les problèmes que peut désormais entraîner le fait de passer dans une chambre (ou ailleurs) avec une personne que vous ne connaissez pas. Quoi qu’il en soit, l’intérêt pour ce genre d’application ne fera sans doute que grandir dans les prochains mois, dans le sillage des scandales retentissants de harcèlement sexuel et de viols, des tribunes dans les journaux pour défendre le « droit d’être importuné » ou encore de la sortie incendiaire de Brigitte Bardot contre les « nombreuses saintes-nitouches allumeuses » qui crieraient ensuite au loup ! Les entrepreneurs hollandais font appel au soutien financier des internautes intéressés.

Comment ça fonctionne ?

L’application Legal Fling se base sur la logique des monnaies virtuelles. Elle repose en effet sur un système informatique bien connu : la blockchain (méthode de codage crypté hautement sécurisée), déjà utilisée par les crypto-monnaies dont on parle tant. Il s’agit en fait d’un contrat « de confiance » informatisé et dématérialisé, que vous conservez sur votre smartphone et qui sera copié dans le profond système blackchain. Très concrètement, on en revient à l’exemple dont nous parlions en introduction… Souvenez-vous d’une des scènes clé de 50 Nuances de Grey, au cours de laquelle Christian et Anastasia négocient âprement chaque point du contrat qui devrait les lier sur le plan sexuel : ce qu’ils acceptent de faire ou non, l’utilisation de préservatifs et/ou d’accessoires de punition, l’utilisation de langage injurieux, vulgaire, la violence et ses limites, l’autorisation ou non de filmer leurs « séances »… tout est passé en revue, pour protéger le jeune milliardaire du moindre risque de fuite publique de sa relation. Même s’il est moins complet que la brique que signent les protagonistes du film, c’est bien un véritable contrat que propose Legal Fling. Une fois que vous aurez passé votre accord grâce à l’application, vous pourrez passer au lit ou ailleurs et commencer vos ébats sexuels « en toute sécurité ». On parle bien de celle qui concerne votre accord et pas de votre protection physique contre les IST/MST, pour laquelle seuls les préservatifs restent réellement efficaces. Tous les codes pénaux ont fixé les contours du « consentement sexuel », mais il reste parfois des zones d’ombres et selon ses concepteurs, l’application pourrait y remédier en fixant des limites claires à des actes tout aussi clairement préétablis. Ceci étant dit, l’un des partenaires et signataires de l’accord pourrait très bien changer d’avis en cours de route, sur l’un ou l’autre des points décidés. L’alcool ou les drogues peuvent aussi avoir pour effet que vous estimiez ensuite avoir « signé » sans être totalement en possession de tous vos moyens… Les dérives pourraient être nombreuses et il se pourrait même que des prédateurs sexuels mettent ce genre d’applications à profit pour commettre leurs forfaits, une fois qu’ils en auront trouvé la faille. Si une drogue du genre GHB était administrée après la signature de l’accord, l’autre partenaire pourrait malgré tout montrer une « preuve » (devenue tout à fait fausse) du consentement… On voit donc que, si à première vue l’idée semble intéressante, il y a encore des contre-arguments à lui opposer.

Consentir doit rester un vrai dialogue…

Depuis quelques mois, qui ne s’est pas demandé au moins une fois s’il (ou elle) ne sera pas un jour confronté au problème du consentement ? Il faut dire qu’en lisant tout ce qui paraît sur les accusations, mises en examen, procès pour harcèlement, agression sexuelle ou viol… ce n’est pas rassurant sur l’avenir de la drague tout simple, « à l’ancienne ». Legal FLing a même un ancêtre en quelque sorte : le Yes – No – Maybe de Scarleteen. Il s’agit d’un long questionnaire que chacun remplit de son côté et remet ensuite à son éventuel(le) partenaire. Ici il ne s’agit pas d’un contrat, mais plutôt d’un outil communication, destiné à faire connaître nos limites à l’autres. C’est un questionnaire long, fastidieux et qui établit vos goûts, dégoûts, limites, rejets, envies et préférences. Il y a une liste et vous répondez simplement : oui, non ou peut-être et ensuite remettez une copie à votre « autre ». Mais il est sans doute encore mieux d’en parler. Certes, ce n’est pas toujours facile avec un nouveau partenaire potentiel et en même temps, cela peut devenir une sorte de jeu érotique. Mais bon… la communication humaine et simple, beaucoup en ont de moins en moins l’habitude et voilà un chouette réapprentissage à mettre en œuvre ! Le sexe étant un plaisir avant tout, parler avec votre partenaire de vos envies et petits fantasmes n’a rien d’effrayant et peut donc devenir un préliminaire. Bien entendu, si vous envisagez une partie à trois, quatre ou plus… la conversation sera plus compliquée et le nombre de contrats augmentera d’autant. Mais encore une fois, chacun doit faire dans ce domaine ce dont il a envie et personne n’a à juger de votre sexualité, fut-elle débridée aux yeux de certains. Le sexe ne peut en aucun cas être forcé ! Mais le viol ne disparaîtra pas grâce aux applications et autres contrats. Pour montrer ou non notre accord, nous émettons des signaux, verbaux ou non, grâce à notre visage, notre corps, nos mots… et c’est là qu’il faut être attentifs autant que clairs. Souvent c’est le manque de clarté qui entraîne malentendus et situations tendues… mais vous ne serez jamais à l’abri d’un changement de dernière minute. Imaginez que vous soyez prêt(e) à faire une fellation, mais qu’une fois à quelques centimètres de la chose, vous ne vouliez plus parce que son odeur ou sa forme vous dissuadent… la situation ne sera pas moins compliquée si vous avez signé un contrat. Il faudra alors communiquer encore plus clairement, gentiment et dans le respect l’un de l’autre. Parfois vous en rirez après, parce que tout ce sera bien passé et que vous serez devenus un couple profondément amoureux… parfois pas. C’est là que le sexe doit rester un échange humain, un terrain de communication, tactile autant que verbale…

Les relations sexuelles ont toujours été un jeu… et les jeux sont toujours un peu dangereux, quels qu’ils soient. Il faut donc garder de la prudence en réserve, mais le sexe provoque parfois l’amour et toujours du plaisir… il faut lui conserver cette nature plaisante et ludique, car il fait partie de la richesse d’une vie d’humain ! En fin de compte, le sexe est avant tout basé sur le respect de l’autre, dans sa complexité et ses différences… c’est d’ailleurs ce qui le rend beau et passionnant. Alors, tentons de le garder dans la catégorie des activités purement humaines, loin des contrats (qui n’empêcheront jamais les criminels d’accomplir leurs crimes) et autres applications, car c’est ainsi qu’il restera magique. Si vous n’y arrivez pas… alors, peut-être qu’une appli comme Legal Fling vous rassurera un peu. Cependant, elle n’est pas sûre à 100%… elle non plus. L’application sera disponible dès qu’elle aura récolté assez de fonds. Vous pouvez, si l’idée vous semble bonne, soutenir financièrement le projet en allant sur le site Internet :

https://legalfling.io/  

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