Tout bruxellois(e) qui se respecte connaît le quartier du cimetière d’Ixelles. Pour moi il est plein de souvenirs, puisque j’y ai travaillé durant mes études. Alors en fac de droit à l’ULB (Université Libre de Bruxelles) toute proche, j’étais commis quatre soirs par semaine au restaurant le Campus, connu de tous pour son bolo et sa fondue bourguignonne… Mais hier soir, j’ai pris une grosse griffe dans l’écran de mes souvenirs estudiantins, puisque la légende n’existe plus et qu’elle a été remplacée par un bar appelé le Seven. Avec Marianne, une de mes rares amies d’enfance (dont j’étais fou amoureux à dix ans) et son ami Roland, nous avons ri de ces souvenirs un peu malmenés, tout en marchant vers la Bécasse. À l’époque déjà, la brasserie était blottie au coin de la petite place qui donne sur le cimetière. Le quartier est toujours aussi vivant, plein de jeunes qui parlent toutes les langues, de bars, de bistros, de restos… C’est l’apanage des quartiers universitaires et la Bécasse y est une tradition, tout comme sa terrasse chauffée.

Quand on dit « brasserie » à Bruxelles, on sait qu’on va trouver du bois, avec un peu de chance quelques éléments de déco des années trente si elle est ancienne, un personnel gouailleur et souriant, pressé mais attentif… On s’attend à une cuisine simple et roborative, à une ambiance chaleureuse et surtout à passer un bon moment. C’est exactement comme ça que s’est déroulée la soirée d’hier, en compagnie de Marianne et Roland. Aucune mauvaise surprise, un dîner agréable et copieux, servi avec beaucoup de gentillesse par notre serveur Saïd. Pas mal d’humour et un don de télépathie connectée au client… nous avons bien ri quand il a prononcé le mot « Sancerre » exactement à l’instant où je le pensais… C’est ce genre de petits détails qui font aussi une bonne soirée.

Des entrées classiques de brasserie… copieuses et savoureuses.

Les Scampis à la Diable se retrouvent à la carte de très nombreux restaurants et brasseries en Belgique. Marianne, qui apprécie les plats épicés, n’a pu résister et a donc jeté son dévolu sur cette entrée un peu piquante (14 €). Une quantité très raisonnable de crustacés, alors que c’est souvent plutôt chiche, une sauce bien crémée et lisse, montée maison et pas avec un fond de sauce industriel… voilà qui augure d’un dîner de brasserie de qualité. La recette est relevée, mais pas au point d’arracher la bouche et c’est tant mieux car ça peut gâcher tout un repas. Les scampis frais sont cuits exactement comme il le faut et légèrement fermes sous la dent. C’est exactement ce qu’on attendait de la Bécasse, pour bien entamer la soirée !

Ah oui, pour accompagner les entrées, nous avons porté notre choix sur un excellent Sancerre J.P Ricard (35 €), qui a passé tout le dîner dans un seau à glace sans qu’on ne doive le demander, un bon point de plus pour Saïd. De mon côté, ayant franchement envie de poisson, j’ai porté mon choix sur le Saumon Fumé extra doux (14 €). J’avoue que j’aime vraiment ça, mais il doit être de qualité. Comme avec les scampis, pas de déception. Le poisson est bien tranché (pas trop épais ni trop fin), maigre mais moelleux et au fumage prononcé sans être trop fort. Comme toujours j’ai renoncé aux toasts, qui avaient pourtant une mine bien sympathique. J’ai préféré un morceau de baguette fraîche, plus agréable à mon palais. La quantité était copieuse et j’ai été agréablement surpris par le mariage avec les oignons rouges hachés, qui apportaient une légère touche sucrée à l’ensemble, compensée par le jus du citron frais. Ça m’a parfaitement convenu…

Des côtes d’agneau plus que généreuses et une belle daurade entière.

Pour la suite, nous avons sélectionné un Pinot Noir Giertsberger (29,50 €), servi bien frais. Marianne a voulu déguster les Côtes d’Agneau façon vert pré… et elle n’a pas été déçue, c’est le moins qu’on puisse dire. Il faut bien reconnaître que nous n’avions jamais vu des côtes d’agneau de cette taille… au point que j’ai cru un instant qu’on avait servi à mon amie d’enfance du mouton. Mais que nenni ! Elles étaient charnues et parfumées, la viande délicate et tendre, tandis que la cuisson correspondait tout-à-fait à ce que nous avions demandé… rosée. Pour une veille de Pâques, c’était parfait. Notre seul petit regret fut sans doute de voir que la garniture de légumes était identique à celle qui accompagnerait aussi mon poisson, mais c’est un bien petit bémol au final. Quant au gratin dauphinois, il s’est avéré délicieux (et généreux) et Marianne l’a même trouvé meilleur que le sien… un joli compliment car elle cuisine très bien. C’était moelleux et velouté, aillé mais pas trop et ce plat était digne d’une maison ancienne et réputée.

Comme je le disais plus haut, j’avais vraiment envie de rester sur des saveurs de mer. J’ai donc choisi de poursuivre le dîner avec une belle Daurade Royale grillée au four, accompagnée d’une bouquetière de légumes (22,50 €). J’avoue que c’est une cuisson qui provoque toujours chez moi une certaine inquiétude. Mais, elle permet aussi de se rendre compte de la délicatesse du chef, car si elle reste au four quelques minutes de trop, c’est trop cuit et sec… et si le poisson manque de cuisson, la chair est crue et on n’a pas demandé des sushis. Mais en la voyant, mes inquiétudes se sont envolées. Bon… je vous l’accorde, un poisson entier n’est pas ce qui donne la plus jolie des photos, mais quand on aime le poisson on préfère cette version à des filets, dont on ne sait pas toujours exactement d’où ils viennent. C’était frais et cuit exactement comme je l’aime, préservant une chair tendre et légèrement nacrée, malgré la cuisson au four. Cela donne une petite saveur grillée fort agréable et j’ai découvert une manière intéressante de citronner la daurade. Des incisions étaient pratiquées dans les filets et de fines tranches de citron y étaient glissées, laissant celui-ci parfumer l’ensemble avec discrétion. Côté légumes : des courgettes, mange-tout, haricots verts, des champignons de Paris et une petite tomate grillée… le tout généreusement servi, cuit exactement comme je l’apprécie (pas trop) et servi avec des pommes de terre vapeur. À nouveau une bonne cuisine de brasserie, savoureuse, efficace et copieuse.

Malgré la générosité du dîner, on a craqué pour un dessert…

Marianne a porté son choix sur un Tiramisu (6,70 €). Si elle n’a pas été vraiment déçue, elle a trouvé l’ensemble de l’appareil un peu trop « mouillé » à son goût. Par contre, les saveurs étaient équilibrées et l’ensemble tenait tout de même fort bien la route. Contrairement au gratin dauphinois, elle juge pour le coup que son dessert est meilleur que celui de la Bécasse. Mais elle a apprécié cette petite douceur, pour clore son dîner.

En grand amateur de chocolat et alors que nous nous apprêtions à fêter Pâques, j’ai choisi la Mousse au chocolat (6,00 €). Si elle n’était pas trop corsée, ce qui plait à beaucoup, elle était particulièrement légère et c’est une qualité. Je m’en voudrais d’oublier de souligner que la crème Chantilly était parfaite, ferme et délicatement sucrée… un délice. Une fois de plus, la quantité était franchement généreuse et nous aurions pu déguster ce dessert à deux. Mais, il mettait pour moi aussi une touche finale de douceur à un repas généreux et de qualité.

Pour conclure, nous avons passé une très agréable soirée, dans une ambiance de brasserie que j’apprécie et qui est particulièrement propice aux longues soirées entre amis. On n’y attend pas de la haute gastronomie, mais bien une cuisine de qualité, basée sur des produits majoritairement frais et avec une « touche de cuisinier ». C’est exactement ce que nous avons trouvé à la Bécasse, en plus du plaisir de retrouver un quartier joyeux et vivant, surtout par un soir de printemps. Je souligne à nouveau le service très attentif et sympathique de notre serveur Saïd, secondé gentiment par son collègue Raffaele. Il m’a servi un Irish Coffee très bien réalisé et vous savez combien j’aime cette touche finale quand elle est bien faite. J’ai aussi pu m’entretenir un peu avec le directeur de salle, que le personnel appelle avec respect « Monsieur Laurent » et qu’on sent vraiment heureux de diriger cet établissement ancien, fidèle à l’image de chaleur et de convivialité des bonnes brasseries bruxelloises.

Site officiel : www.la-becasse.com

Notation Clic Infos : 3 Clics
(1 Clic = moyen – 2 Clics = correct – 3 Clics = Table de qualité – 4 Clics = table de grande qualité – 5 Clics = Table d’exception).

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About Author

Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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