Dans le billet d’humeur de cette semaine, Marc Weidemann évoquait le « jeu de l’olive » … c’est le petit dernier des jeux stupides et dangereux qui pullulent dans les cours de récréation, relayés sur les réseaux sociaux, ce qui les rend bien plus dangereux encore ! Ici, il s’agit de mettre un doigt dans l’anus d’un camarade, mais le jeu du foulard pousse les ados à se pendre, pour trouver un peu plus de plaisir sexuel. Celui de la Baleine Bleue les force à relever 50 défis, qui les poussent en fin de compte au suicide… Ces « jeux » ne sont pas faciles à déceler et il est même très compliqué pour des parents, de savoir si leurs ados sont touchés, s’ils se mettent en danger, souvent sous la pression des « amis » et réseaux sociaux. Les victimes sont nombreuses et Internet n’a rien arrangé, au contraire. Il est souvent question de popularité et la diffusion des images de ces défis sur les réseaux, leur permet d’essaimer à une vitesse foudroyante… Le sujet est d’importance et il nous semblait donc logique de l’évoquer plus longuement au lendemain du billet d’humeur.

Depuis quinze ans le phénomène prend de l’ampleur.

En novembre dernier, nous vous mettions en garde contre le Bleach Challenge, qui pousse les jeunes à boire de l’eau de javel… Et un des « jeux » dont on a le plus parlé dans la presse est le Blue Whale Challengela Baleine Bleue. Ce sont des défis, qui poussent les adolescents à mener à bien des jeux sordides, les amenant parfois au suicide. Évidemment, la large diffusion des images sur les réseaux sociaux et messageries en décuplent les effets dévastateurs, car il est de bon ton de publier les vidéos de ses exploits. C’est sans doute le plus difficile des combats pour les parents, éducateurs et autorités d’encadrement : freiner la diffusion ! Mais la Baleine Bleue n’est pas seule à écumer les cours de récré… Le jeu du foulard, qui préconise la pendaison et l’asphyxie pour augmenter le plaisir sexuel ou de la masturbation, fait déjà office de vétéran et son succès ne se dément malheureusement pas. Il attire de nombreux ados et fait beaucoup de victimes, fascinées par le côté romantique et morbide de la chose. La morbidité se retrouve d’ailleurs dans beaucoup de « jeux ». Neknomination (de l’anglais neck your drink, boire cul-sec) demande de mettre en scène une saoulerie. La particularité est ici que le participant doit se filmer en train de boire, le plus souvent un mélange de boissons alcoolisées, pour ensuite publier la vidéo et nominer deux personnes, qui ont alors 24 heures pour faire de même… et ainsi de suite. Le Ice and salt Challenge propose aux jeunes de verser du sel sur leur corps, souvent une partie du bras pour que cela puisse rester caché, et d’ensuite y verser du sel. Il s’ensuit de graves brûlures, pouvant aller jusqu’au second voire troisième degré… Il est incroyable de constater à quel point ces jeux dangereux attirent les ados depuis quinze ans. Ils excitent leur imagination et provoquent l’envie d’impressionner les autres, sans limite dans les actes qu’ils sont prêts à poser ni conscience manifeste des dangers courus. Le besoin de popularité semble plus fort que tout… La Baleine Bleue est un exemple spectaculaire, toujours très en vogue. Il consiste à relever 50 défis… du plus anodin (dessine une baleine et écris Whale sur une feuille). Puis c’est : regarde une vidéo effrayante au milieu de la nuit… jusqu’au plus fou, puisque suivent les ordres de scarification (trois fois sur la longueur d’une main) et enfin, « saute du toit ou pend-toi » ! Nombreux sont ceux qui vont jusqu’au bout, aussi incroyable que cela puisse paraître. La baleine est connue pour s’échouer volontairement sur une plage afin d’y mourir, d’où le nom de ce jeu qui a déjà fait de nombreuses victimes, dont 130 en Russie. Comme les enfants aussi ont accès aux vidéos des exploits de leurs aînés, ils se retrouvent également contaminés et rêvent de diffuser leurs propres vidéos, car ils se sentent sous pression à l’école où on leur demande de prouver qu’ils sont courageux… Voilà comment le phénomène renouvelle constamment son public cible. 

Une seule obsession : devenir populaire !

En relevant les défis les plus stupides, qu’on évoque dans les médias comme de grands dangers, les jeunes veulent conquérir une seule chose : la popularité ! Cette gloire éphémère des cours de récré, qui leur donne l’impression d’être des héros d’aujourd’hui, surtout que les images de leurs exploits sont diffusées à très grande échelle. L’ado le plus insignifiant peut ainsi devenir une star ! Mais à quoi peut bien servir la popularité, si on meurt à 16 ans ? Nous l’évoquions plus haut, les enfants sont également touchés, même si en primaires ils n’ont pas encore tous un smartphone. Pourtant, il y a des jeux dangereux visant spécifiquement les 6-12 ans. Cercle Infernal, Cannette, Mikado, Bouc émissaire, Petit pont massacreur, Jugement, Tatane… des « jeux intentionnels » qui ont contaminé les enfants et au cours desquels ils participent tout à fait volontairement à des actes violents, parfois extrêmes. La règle de base est toujours à peu près la même : on lance un objet au milieu d’un cercle de gamins… celui qui ne le rattrape pas devient la victime et est roué de coups. Mais il y a pire : les « jeux contraints ». Contrairement à ceux évoqués ci-dessus, le jeune y subit une violence qu’il n’a pas choisie et à laquelle il n’a pas accepté de participer. Au Jeu de la couleur, l’enfant qui porte le plus de vêtements d’une couleur (prédéfinie par les maîtres du jeu) est frappé et humilié toute la journée. Pour le Jeu de Beyrouth, un gosse est interrogé sur la capitale du Liban… s’il ne peut répondre, il est violemment frappé au niveau des parties intimes ! Depuis la fin 2017, le Jeu de l’escalier a fait son apparition et connaît un gros succès en France comme en Belgique. À la fin de la récréation, quatre enfants ou ados vont bloquer le haut d’un escalier… et un autre groupe tente de forcer le passage. Quel que soit le groupe qui gagne, tout le monde finit d’office par chuter dans l’escalier, avec tous les risques et dangers que cela suppose. Chaque mois un nouveau jeu apparaît et on n’a donc pas fini de se battre contre ces courses débiles à la popularité.

Nous pourrions encore allonger la liste des dangers qui guettent enfants et ados, mais ça ne servirait pas à grand-chose. Si nous avons évoqué ici pas mal de ces « jeux » dangereux, c’est surtout pour attirer votre attention. Comme vous l’avez remarqué, le but est généralement de devenir populaire et pour cela beaucoup de jeunes sont prêts à n’importe quoi, même au plus fou. Soyez donc attentifs à vos enfants, veillez à ce qu’ils n’aient pas peur de communiquer et de parler avec vous. Restez aux aguets et, si vous remarquez un comportement d’isolement ou de mélancolie, instaurez un dialogue. Soyez dans le respect et jamais dans l’attaque ou l’accusation… acceptez que vous n’ayez pas un adulte en face de vous, mais bien un enfant ou un ado que vous aimez ! Ce sera toujours plus facile de lui faire comprendre qu’il y a des dangers en l’acceptant tel qu’il est et ses amis ou activités aussi, plutôt qu’en l’attaquant tous azimuts. Le dialogue est la meilleure arme anti-connerie ! Et si vous n’y arrivez plus, il y a des professionnels que vous pourrez toujours consulter pour trouver de l’aide dans la gestion de vos ados.

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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