Bon… Le tabac tue, personne ne l’ignore plus et cette réalité s’affiche en grand sur les paquets de cigarettes désormais. Il en est de même pour les cigarillos, cigares et tabacs à rouler. Les prix flambent et malgré les énormes recettes supplémentaires pour les gouvernements pratiquant cette politique, la balance reste très déséquilibrée entre rentrées financières et dépenses en soins de santé… De plus, il est établi qu’un prix de 10 € le paquet ne fait pas peur aux fumeurs, qui le resteront. Les jeunes eux, qui sont la cible de toutes les campagnes de prévention, fument nettement moins… la cigarette ! Par contre, le cannabis rencontre un succès grandissant et bénéficie même auprès d’eux d’une image positive et ludique. Ils privilégient l’herbe plutôt que les barrettes, qu’ils trouvent « dégueulasse » et ont baptisée : pneu. L’expérience est presque une initiation au monde des grands, avec tous les fantasmes qui vont avec…

Une génération qui a vécu le début de la chute du tabac. 

C’est une étude récemment menée par l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies, qui fait cette révélation finalement pas si surprenante que ça… Le cannabis aurait meilleur goût et serait plus sain aux yeux des jeunes que le tabac. Il aurait plus de saveur et serait moins dangereux ou nocif que la cigarette. C’est sous forme d’herbe qu’ils la préfèrent et son image est désormais totalement dédramatisée et même positive aux yeux des adolescents. L’OFDT a établi, grâce à cette étude détaillée, que l’initiation au cannabis est vécue désormais comme une expérience positive… au contraire de la première cigarette, vue comme un acte négatif et dangereux. L’étude a été menée entre 2014 à 2017, auprès d’un échantillon représentatif de jeunes gens et jeunes filles, âgés de 13 à 18 ans. C’est donc une génération qui a grandi en assistant à l’interdiction progressive de la vente de cigarettes aux mineurs, de la consommation dans les lieux publics et qui a vu l’apparition des paquets « dits neutres ». En effet, ceux-ci sont tout sauf neutres, puisqu’ils montrent des photos les plus horribles possibles des méfaits directs du tabac sur notre santé. Même s’il est maintenant prouvé qu’en Belgique et en France (contrairement à l’Australie, par exemple) ces images n’ont eu aucun effet de dégoût sur les fumeurs ni sur leur consommation, elles ont le mérite d’avoir été tentées. Comme quoi, les fumeurs de tous les pays ne réagissent pas de la même façon. Cette génération associe donc au tabac une image très négative, directement liée à la souffrance et à la mort, ce qui semble assez logique vu de tout le marketing antitabac dont on les a toujours abreuvés… et c’est tant mieux.

Une véritable guerre d’image…

Depuis quelques années, on assiste en effet à une véritable démystification et, mieux encore, à une dé-normalisation organisée du tabac. Pendant plusieurs générations, la « première clope » était vue plutôt comme une initiation que le début d’un emprisonnement volontaire et mortel. C’était presque un acte de courage, un passage obligé de la cour de récréation (en cachette quand même, car ça entretenait l’interdit), une sorte de première marche sur l’escalier de la progression vers l’âge adulte. Les collégiens et lycéens fumaient en grande majorité pour faire comme papa, maman, ou le grand frère… bref, comme tout le monde. Fumer était bien vu… Mais tout a changé au début des années 2000, avec la mise en avant des dangers pour la santé, le lancement de campagnes de prévention et surtout l’augmentation régulière des prix… Petit à petit l’image de la cigarette s’est détériorée aux yeux du jeune public et n’a plus eu aucune valeur de sociabilité, au contraire. On a commencé à entendre les premiers : « t’as vu ce con… il fume » ! Pendant ce temps, un autre produit à fumer faisait son petit bonhomme de chemin et progressait dans l’imaginaire collectif des juniors : le cannabis. Il n’est pas nouveau et déjà dans les années hippies il a eu son succès. Mais cette image yéyé le reliait plutôt aux échappés de ’68, artistes et intellos bobos… Peu à peu, son succès a grandi auprès des étudiants, a doucement envahi les cours de collèges et lycées et son image s’est améliorée. Il faut dire que parallèlement, le monde de la consommation a mis de plus en plus en avant le bio, le côté sain et naturel de nombreux produits. Paradoxalement et oubliant totalement qu’il restait malgré tout une drogue et un psychotrope, le cannabis a bénéficié très progressivement de cette notion globalement « bio ». Il est maintenant perçu par les jeunes comme un produit naturel, moins chimique, particulièrement sous forme d’herbe, qu’ils voient généralement comme plus rassurante. Ils disent que sa composition est plus sûre que celle de la résine de cannabis, considérée comme dégueulasse et plus nocive. Les trafiquants restent des trafiquants, mais ils ont parfaitement compris tout ce qu’ils pouvaient tirer de cette image plus positive du produit qu’ils distribuent. C’est donc une véritable guerre d’image que le cannabis a gagné haut la main contre le tabac, auprès d’un public très jeune.

Les jeunes sont demandeurs de règles…

Il est devenu quasi plus facile dans certains quartiers ou villages, de trouver de l’herbe que du tabac… c’est une réalité. L’étude de l’OFDT a aussi noté que, si le tabac recule, l’alcool prend aussi de plus en plus de place dans la vie quotidienne des jeunes, entourés d’incitations à consommer des produits qui peuvent avoir un effet sur leur perception de la réalité, donc psychoactifs. Cela pose un problème par rapport à certaines pratiques religieuses et les jeunes musulmans sont dans une situation inconfortable à ce propos. Ils trouvent alors des stratégies de vrai dédoublement (vie moderne à l’école et traditionnelle à la maison) ou de minimalisation de la gravité de consommer du cannabis. Ils tentent de conserver une image respectable tout en demeurant consommateurs de la drogue douce qui a pris une place importante dans leur vie. C’est pour eux un véritable conflit intérieur… Finalement, l’étude démontre que les adolescents et jeunes adultes sont en réelle demande de repères et techniques qui leur permettraient d’autoréguler leur consommation et son organisation. Ils seraient preneurs d’une politique de prévention, leur fournissant des outils pratiques, fixant par exemple des seuils leur permettant de savoir en quelque sorte si leur consommation est « normale » ou excessive. La chute de l’image du tabac en quelques années, a démontré clairement qu’une action publique ciblée peut fonctionner et gagner la fameuse guerre de l’image. Il suffit peut-être donc de mettre en œuvre une version intelligente en matière de consommation du cannabis… On sait qu’il est nocif et qu’il faut sortir de cette image récréative et positive dont il bénéficie maintenant, car de nombreux jeunes pensent encore que sa consommation est sans conséquence. Nous ne jugeons pas ici de la dangerosité du Cannabis face au tabac ou à d’autres drogues, bien plus dures… mais, cette étude prouve que même les jeunes consommateurs sont conscients qu’ils ont besoin d’être informés et rassurés, tant sur l’utilisation du produit que sur ses qualités ou les conséquences qu’il peut engendrer. C’est plutôt encourageant…

Si nous avons décidé d’évoquer le cannabis, c’est parce qu’en France un projet de loi doit être présenté aujourd’hui en Commission des Lois du Parlement. Elle propose de sanctionner les fumeurs de cannabis d’une simple amende et ce n’est donc pas une pleine dépénalisation, même si ça y ressemble beaucoup. Sur le plan politique, de nombreux pays ont de sérieux problèmes et hésitations à propos de la dépénalisation… ou pas. Finalement, si on regarde toutes les saletés qu’on nous fait consommer au quotidien dans d’autres domaines, pourquoi ne pas considérer le cannabis comme un marché « normal », qui demande d’établir des règles, de fixer des critères de qualités clairs… en bref, de dédramatiser et encadrer. N’oublions pas que les mineurs ne seront pas concernés et que c’est un autre problème qui devra trouver solution, puisqu’ils sont 48% des jeunes de 17 ans, à déclarer avoir déjà consommé du cannabis et 9% se considèrent même comme des consommateurs très réguliers ! Alors, il vaudrait mieux s’occuper du problème des majeurs… pour ensuite s’attaquer à celui des mineurs.

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