Scandale au cœur de la capitale de l’Europe qui, devenue plus pudibonde que le plus profond des états mormons, se révolte contre une campagne de pub pour un site de rencontres, certes un peu pointu. Mais très franchement, qu’est-ce que c’est cette nouvelle pudibonderie ? A moins que ce ne soit de l’hypocrisie portée à son paroxysme. Quelques citoyens, mais surtout les autorités communales, régionales, ainsi que quelques institutions, tout le monde se déclare outré parce que la publicité en question s’adresse aux étudiantes de l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Tiens, c’est mon ancienne unif et j’y ai quelques souvenirs coquins, dont certains bien organisés ! Alors, le principe fondateur de l’ULB étant la libre pensée, pensons un peu… mais avec franchise et sans langue de bois.

Le scandale secoue public, autorités locales et régionales, politiciens et médias…

Clic Infos - Sugar Daddy

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Bon… il est vrai que la campagne est dévolue à un site de rencontres qui propose clairement à des jeunes femmes de fréquenter des hommes plus âgés et aisés, afin « d’améliorer leur style de vie ». C’est un peu gênant aux entournures morales mais, étant donné ce qu’on trouve en allumant simplement un ordinateur, les multiples réactions indignées ne sont-elles pas disproportionnées voire opportunistes ou démagogiques ? D’ailleurs, le propriétaire norvégien du site, Monsieur Sigurd Vedal, ne comprend pas pourquoi la Belgique est le seul pays avec lequel il rencontre des problèmes. Et on peut dire qu’il en a déjà un sacré paquet, puisque les plaintes ne cessent de pleuvoir : l’UNECOF (Union des Étudiants de la Communauté Française), le Conseil National des Femmes de Belgique, le Jury d’éthique publicitaire, la Ville de Bruxelles, la Commune de Watermael-Boitsfort, le Ministre-Président de la Région Bruxelloise, l’Université Libre de Bruxelles (ULB), tous se sont armés juridiquement jusqu’aux dents, en vue de faire interdire ladite campagne et de se présenter en parangons de vertu. Et enfin, cerise sur le Daddy Cake… l’entrepreneur Norvégien est convoqué au Parquet de Bruxelles, pour audition. Précisément pour incitation à la débauche ! On comprend les réactions épidermiques et immédiates, bien sûr. Le message est clair en effet et quand on visite le site, on imagine bien que les relations proposées sont, sinon tarifées au moins liées à une « philosophie » basée sur les « cadeaux ». Ceux-ci sont y considérés comme une « contrepartie pour le temps passé ensemble ». On peut donc affirmer sans crainte que Richmeetbeautiful.be propose bien (et non organise, ce qui relève des seuls utilisateurs) des relations que d’aucuns considèreront comme à tout le moins peu morales. Mais… il y a la morale et aussi la loi. L’une et l’autre parties, s’appuient d’ailleurs sur elle pour étayer leurs théories, fatalement opposées.

Mais alors, combien de sites internet poussent à la débauche, sans craindre aucune poursuite ?

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Est-ce vraiment une découverte, pour tous ceux qu’RmB choque aujourd’hui, que l’existence de sites qui promeuvent les relations sexuelles, tarifées ou non ? Car ce qui dérange surtout ici à mon humble avis, est qu’on parle de « sugar babies » ou « sugar daddies » et donc, de (grande) différence d’âge. Et c’est un fait : tout ce qui touche au sexe entre personnes jeunes et nettement plus âgées est moralement attaqué et souvent jugé immoral. Les femmes « couguars » (qui aiment les hommes beaucoup plus jeunes) ou les « vieux pervers » et autres « vieux cochons » (hommes qui apprécient les femmes beaucoup plus jeunes) sont également très mal vus en général par la communauté. Cela va sans doute choquer quelques-uns de nos lecteurs, mais il n’y a vraiment pas uniquement sur internet que ce genre de relations existent. Et puis il faut aussi, pour faire juste mesure, accepter qu’elles n’aient rien de forcément immoral ! Il arrive d’ailleurs que des couples ayant une grande différence d’âge soient très heureux et profondément amoureux… nous ne reviendrons pas ici sur la situation d’un chef d’État récemment élu, mais qui en est un bel exemple. Des jeunes filles de vingt ans sont parfois sincèrement amoureuses d’hommes de soixante et plus, comme il arrive que des jeunes hommes de la vingtaine tombent sous le charme mûr ou l’expérience de femmes de la soixantaine. Il me semble que ce rappel était juste et important, face au jugement sans appel et global des pudibonds et autres ultraconservateurs. Il suffit pourtant de sortir dans certaines boîtes de nuit, pour se rendre compte que ce « segment » du marché du sexe est bien actif et n’attendait pas RmB pour avoir du succès. Quant à Internet n’en parlons pas, c’est une véritable jungle ! On ne pourrait compter le nombre de sites ou d’applications de rencontres, sur lesquelles sugar babies et daddies se rencontrent à qui mieux-mieux et certainement pas pour jouer à Colin-Maillard… Mais, si on en revient au cas de la publicité de Richmeetbeauty, il y a un élément de langage important qu’aucun média n’a relevé pour l’instant, mais qui nous a sauté aux yeux et a pourtant une grande importance légale. On sait à quel point les mots ont un sens au regard de la loi et ici, on dirait qu’ils ont été bien pesés et sous-pesés avant d’être imprimés sur des bâches publicitaires et accrochés à une voiture. A notre avis, le site aurait été attaquable (s’adressant aux étudiantes, majeures en général et donc âgées d’au moins 16 ans, limite légale pour avoir des relations sexuelles consenties en Belgique) s’il avait écrit ceci : « améliorez votre niveau de vie, sortez avec un sugar daddy » ! Vous me direz que c’est bien le cas, mais pas du tout… il est bien écrit « améliorez votre style de vie » … et entre niveau et style de vie, il y a un gouffre légal, sans doute parfaitement défendable devant un tribunal. Si une majorité des organismes et personnalités qui ont réagi violemment à cette campagne avaient de bonnes intentions, à savoir protéger les étudiantes visées… certains auront surtout réussi à offrir une énorme promotion gratuite au site RmB et provoqué une vague d’intérêt pour les autres du même style (et ils ne manquent pas). Si c’était le but de Monsieur Sigurd Vedal… on peut dire qu’il a parfaitement réussi son coup de com’ !

Les petites annonces : l’autre royaume du sexe, mais déguisé.

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Outre les sites et applications spécialisés, qu’on ne peut pas accuser d’hypocrisie puisqu’ils revendiquent leur nature sexuelle, basée ou non sur l’argent, les cadeaux et autres contreparties que nous n’imaginons même pas… il y a la jungle des sites de petites annonces. Et là aussi, il faut être attentif au sens des mots, car ils y ont toute leur importance. Avant de poursuivre je me dois de rappeler que dans les exemples suivants, il y a nombre de personnes sérieuses et réellement spécialisées dans les domaines d’activités annoncés, qui ne cherchent nullement de relations sexuelles. En dehors de celles-là, il ne faut pourtant pas chercher bien loin pour trouver une « femme de ménage » ou un « homme à tout faire » réellement prêt(e) à tout… un(e) infirmier(ère) pour changer les langes d’un « grand bébé » ou encore un(e) thérapeute spécialisé(e) en massages « intégraux » … et il y a d’autres catégories de « services à la personnes » que les plus prudes n’imagineraient qu’en enfer… et encore ! Si ces sites, quand ils ne sont pas spécialisés dans le sexe, font très attention à se protéger et à établir des règles strictes les mettant à l’abri de poursuites en cas de « confusion » … cela ne les empêche pas de ne pouvoir lire en détails l’intégralité des annonces qu’ils publient et donc, garantir que tous leurs membres soient des oies blanches. Tout cela pour rappeler qu’Internet accueille le meilleur comme le pire, que les adultes sont libres de mettre en place entre eux des relations sexuelles comme ils l’entendent, qu’aucune loi (morale ou écrite) n’interdit à un monsieur de soixante ans d’offrir un collier à une jeune femme ou un garçon de vingt, ni à une femme mûre de parer le poignet d’un jeune homme (ou d’une jeune fille d’ailleurs) d’une belle montre de luxe. Tant qu’elles sont acceptées de part et d’autre, des règles peuvent même être établies et ça vaut mieux parfois, comme pour les relations sadomasochistes par exemple, très codées et où un mot d’alerte est décidé, qui mettra immédiatement fin au « jeu ». Il ne nous appartient pas (ni à personne d’ailleurs) de juger moralement les « couguars », les « vieux cochons », les « gigolos », les « sugar babies » ni ceux et celles qui aiment le sexe et offrent des cadeaux en contrepartie… tout comme nous ne jugeons pas ceux qui les vouent aux enfers, un peu trop rapidement, mais dans le respect de leurs convictions. Nous rappelons, que dans la mesure où il n’y a pas de proxénète, la prostitution est parfaitement légale en Belgique. Enfin, qui ignore encore vraiment aujourd’hui, que de (trop) nombreux étudiants et étudiantes en viennent à réellement se prostituer, pour financer leurs études ? N’est-ce pas vraiment là le problème, qui mérite que les politiciens se penchent dessus et surtout trouvent des solutions ? Ici encore, nous ne jugeons… mais nous interpellons !

En conclusion, vous savez à quel point Clic Infos tente toujours d’équilibrer ce que nous appelons les « plateaux de la balance » et c’est ce que nous venons de faire ici, je l’espère. Nous pensons que cette contre-campagne à la campagne publicitaire d’un site qui effectivement propose aux étudiantes « d’améliorer leur style de vie » en fréquentant des hommes riches et plus âgés… est simplement exagérée et qu’elle « frôle les limites », elle aussi. Il y sans doute, si on veut lutter contre ce qu’on estime être de l’incitation à la débauche voire de la prostitution déguisée, d’autres choses à faire qu’un énorme barouf médiatique, qui n’aboutira en fin de compte qu’à un simple (et très hypothétique) procès au civil, une amende (peut-être, mais rien n’est moins sûr) et… une belle publicité gratuite pour le site en question, dont le pays tout entier parle depuis trois jours ! La discrétion eut sans doute été plus efficace, quoique ledit site n’ait peut-être rien fait d’illégal, rappelons-le encore. En tout cas cela n’aurait pas permis à des journalistes dans notre genre, qui relativisent les faits, de penser que nombre des personnalités ayant accordé des interviews outrées, avec une sacrée réactivité… ont fait montre d’opportunisme teinté de démagogie.

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