« Faut avouer qu’on est con » … voilà un extrait de ce que Damso a publié sur son compte Twitter, en réponse à la décision de l’Union Belge de Football qui a (enfin) annoncé hier l’arrêt de sa collaboration avec le rappeur. Nous avons écouté ce qui est présenté comme le projet d’hymne qui aurait dû « unir » les belges derrière leur équipe nationale pendant la Coupe du Monde en Russie, l’été prochain… rien qui parle de Belgique ni de sport ! Les instances du foot tricolore ont fichu une sacrée pagaille et entraîné notre équipe et notre pays dans une tempête médiatique dont ils n’avaient pas besoin. Même le très sérieux Washington Post titrait mercredi à propos du « scandale » … Nous n’irons pas jusqu’à utiliser ce terme, mais on peut à coup sûr parler de choix non seulement hasardeux, mais encore ridicule. Précisons que nous ne portons pas ici de jugement sur l’artiste… Mais, résultat des courses : pas de chanson officielle pour encourager les Diables Rouges en juin. Bravo !

Moins intello… mais que c’était chouette avec le Grand Jojo !

Si nous avons hésité depuis l’annonce en novembre dernier, à parler du choix de Damso par l’Union Belge, c’était simplement parce que nous refusions d’alimenter une polémique qui nous semblait stupide et stérile. Mais, maintenant que le projet est abandonné, nous pouvons nous permettre de donner notre avis. Avant tout nous pensons qu’un « hymne », créé à l’occasion d’une compétition mondiale et destiné à soutenir notre équipe nationale, doit réunir l’ensemble des belges dans un esprit positif et surtout festif… Qui a oublié le fameux E Viva Mexico, du Grand Jojo (Lange Jojo en bruxellois) ? Personne ! Créé en 1986 pour supporter nos Diables Rouges à l’occasion du Mondial au Mexique, il nous a quand même poussé (hasard sûrement, mais qui nous arrange aujourd’hui) à atteindre la seule demi-finale de notre histoire, après avoir battu la redoutable URSS et l’Espagne et avant de tomber avec les honneurs face à l’Argentine d’un certain Diego Maradona. Ce qu’on a surtout gardé en mémoire (pour ceux qui ont vécu cette incroyable épopée), c’est… la chanson du Grand Jojo et la superbe Grand-Place de Bruxelles entièrement noire-jaune-rouge de monde, au retour triomphal des Diables. Une folie ! Et la joie collective pour l’équipe nationale a duré tout le temps du Mondial, ponctué sur toutes les radios, dans la rue, les soirées et même les discothèques, par les paroles simples et la musique super entraînante de E Viva Mexico. Bien sûr, ce n’était pas la chanson intellectuelle du siècle et les paroles étaient plutôt basiques, mais drôles et enthousiastes. La musique n’était pas du Mozart, mais c’était dansant et facile à retenir… en bref : exactement ce qu’on demande à un hymne, censé unir un peuple soutenant ses représentants dans une grande compétition internationale ! Si vous êtes belge, cliquez sur la vidéo ci-dessus (même si vous n’étiez pas né en 1986). Il est certain que vous connaîtrez la chanson et une partie de son histoire, au moins. Mais, si vous n’êtes pas natif du plat-pays, faites-le quand même et vous entendrez ce qu’est une chanson vraiment marrante, dansante et qui « parle simple » au cœur…

L’énorme fiasco Damso, en pleine explosion de #balancetonporc…


Une fois encore, nous ne jugeons pas ici l’artiste… un rappeur fait du rap et en adopte les codes, personne ne peut lui reprocher ça. La seule responsabilité de Damso est finalement d’avoir accepté de se jeter dans la gueule du loup. C’était, dès le départ une énorme erreur… Bien sûr, vous direz qu’une offre comme celle-là ne se refuse pas. Ben, si… Il suffisait de réfléchir un peu. Le rap est un style musical à part et il n’est pas franchement connu pour unir l’ensemble de la population derrière la délicatesse des textes que chantent en général ses stars les plus connues. Les mots y sont souvent très violents, la femme n’y a pas franchement une place enviable et les appels à la violence ne sont pas rares… Qu’on ne s’y méprenne pas, nous ne voulons pas dire ici que tous les rappeurs sont violents ou sexistes. Simplement, c’est un art relativement alternatif et souvent à l’esprit, disons… révolutionnaire, antisystème. Il ne fallait donc pas s’attendre à ce que Damso fasse une exception juste pour le Mondial et se mette à « faire » du Grand Jojo ! Qui pourrait d’ailleurs le lui reprocher ? Si une partie de la jeunesse a sans doute été très heureuse du choix des autorités du foot belge, dès l’annonce du nom du rappeur bruxellois, une large majorité s’est levée contre ce très étonnant choix. Il suffit finalement d’être logique et de regarder ce que représente le rap au niveau des ventes globales de musique… et tout était dit, en ce qui concerne le potentiel d’un « hymne » rappé… Et puis, imaginez-vous vraiment du rap version Ola dans les stades russes ? Soyons sérieux ! Enfin, comment l’Union Belge n’a-t-elle pas immédiatement senti qu’elle était sur la mauvaise voie ? Une erreur, ça se rattrape, tout simplement. C’est sa responsabilité qui est en fin de compte la plus grande dans ce fiasco. En pleine expansion du phénomène de libération de la parole des femmes et au milieu de la tempête de l’hashtag #balancetonporc, au nom de quelle logique choisir un artiste connu pour les paroles (très) crues de ses textes et le peu de cas qu’il fait de la femme dans ses chansons ? Le moins qu’on puisse dire est tout de même qu’elles n’y sont pas traitées avec le minimum du minimum de respect qui leur est dû, c’est un fait. Et le fait est aussi qu’on va beaucoup au foot en famille…

Fin de polémique sous la pression des sponsors et… place au déferlement de haine !

Ce qui ne sera pas à mettre au crédit des responsables du football est leur réaction face à l’étonnement, qui s’est vite transformé en révolte contre le choix de Damso. Pas une fois, l’Union Belge n’a envisagé de se remettre en question ou de répondre aux inquiétudes par une invitation à en parler autour d’une table, par exemple. Cela aurait sans doute rehaussé un peu son image, qui sort très écornée de cette aventure pré-Mondial. On sait que le football s’est collé une étiquette de « sport d’argent » et que la population est souvent choquée par les montants des salaires, de certaines primes et des fortunes que les joueurs touchent pour le droit à l’image… Évidemment, la presse fait ses gorges chaudes depuis hier, sur le fait que l’Union Belge ait renoncé quelques heures à peine après que Dominique Leroy, CEO de Proximus ait pris position ! L’Union avait accueilli très fraîchement un courrier du Conseil des Femmes, se plaignant du choix de Damso. Elle avait proposé de les réunir, avec le rappeur et les Diables Rouges, pour la projection d’un documentaire sur les droits féminins (SIC)… assurant qu’elle aurait le dernier mot concernant le texte définitif de l’hymne. Mais, dès qu’un des principaux sponsors des Diables a fait part de son désaccord… d’autres ont rapidement suivi et la décision d’annuler la collaboration avec le rappeur était prise. CQFD : l’argent est le vrai roi du foot… était-ce vraiment un secret ? Mais sans doute que le pire est la vague de haine contre les femmes qui déferle sur les réseaux sociaux depuis hier et le rétropédalage de l’Union Belge de Football… En effet, les fans les plus durs de Damso sont montés au créneau et inondent les réseaux de messages haineux : « Et bien les féministes allez bien vous faire engrosser bande de putes, je vous souhaite que le sexisme continue dans vos vies, faut arrêter vos conneries un peu vous êtes vraiment folles, vous êtes ridicules y a même plus de mots contre vous » « Tout sa a cause de mongole de fille qui se sente choqué quand tu va le dire bonjour dans la rue des putain de féministe de merde qui casse les couilles pour rien »« D’accord. On va bientôt nous obliger à pisser assis »(Nous avons laissé les fautes d’orthographe – NDLR) et vous passons quelques insultes intolérables et pires que : « Féminazis », « chiennes de guerre » et « chiennes », simplement ! Toute cette haine réveillée ne redore pas le blason de Damso, ni de l’Union Belge et malheureusement pas non plus celui de nos Diables Rouges, finalement otages d’une décision non réfléchie des responsables de leur sport, qui demeure néanmoins le plus populaire dans notre pays. En résumé, on aurait mieux fait de faire appel au Grand Jojo encore… une fois !

Le plus triste dans cette lamentable histoire est que l’image de l’équipe nationale et la sérénité de sa préparation pour une compétition où elle figure parmi les favoris, pourrait bien s’en trouver entamées. Espérons que la sérénité sera revenue parmi les fans de ballon rond et de rap, pour les matches de préparation en vue de la campagne mondiale russe, qui arrivent dans quelques semaines à peine. En tout cas, il n’y aura pas d’hymne belge au Mondial 2018… Mais ce n’est que le résultat final d’un ratage annoncé… Carton Rouge !

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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