L’auteur de Gai-Luron est décédé ce dimanche 4 décembre 2016. Il avait 82 ans et son personnage de chien débonnaire a marqué mon enfance comme celle de nombreux autres… C’est sa famille qui a annoncé sa disparition brutale. La Rubrique à brac, les Dingodossiers ou Gai-Luron, ne nous donneront plus le sourire et c’est un artiste réputé pour sa gouaille et sa gentillesse qui s’en va rejoindre de nombreux autres grands noms, au paradis des artistes. Son éditeur Dargaud a déclaré : « des millions de lecteurs perdent un humoriste fascinant, un dessinateur virtuose, un touche-à-tout iconoclaste et un ami cher, qui parvenait à provoquer le rire à la moindre de ses pages ».

30 ans de dessin, dix heures par jour… pour nous faire rire.

On le disait gouailleur, pudique et chaleureux, mais depuis longtemps (au milieu des années 1980) il ne dessinait plus et on le disait fatigué d’avoir trop travaillé. Il faut dire que durant plus de trente ans, et au moins dix heures par jour, il a proliféré : Gai-Luron le chien un peu tristoune, Hamster Jovial, le scout Rock’n’roll, Pervers Pépère, le Vieux dégueulasse ou encore Superdupont, son super héros franchouillard au béret basque, co-créé avec Lob… Il laisse derrière lui une sacrée œuvre et des millions de fans tristes. Il avait appris le rire en regardant et en adulant les films des Marx Brothers et une statuette de Woody Allen veillait sur lui dans son bureau.

Marcel Gottlieb, dont le nom sera francisé ensuite, est né le 14 juillet 1934 au sein d’une famille juive hongroise et son anniversaire était donc une fête nationale. Il avait déjà le sens de l’humour… Son père mort en déportation, il passe la période d’occupation caché dans une ferme normande, espérant échapper aux rafles. Après la guerre, il veut réaliser des dessins animés et se sent très inspiré par les dessinateurs américains (principalement Harvey Kurtzman) et l’équipe du magazine satyrique Mad (déjà). En 1962 il crée le personnage de Gai-Luron dans l’hebdo Vaillant, pour rejoindre ensuite Pilote de René Goscinny, où il lance sa fameuse rubrique à brac, qu’on dévorait dans toutes les cours de récré. On dit qu’en seulement quatre ans, il dessina plus de 500 planches couvertes d’animaux étranges et de personnages à mourir de rire…

Clic Infos - Marcel Gotlib - Gai Luron

Clic Infos – Marcel Gotlib – Gai Luron

Mais le héros… c’est lui !

En fin de compte son héros c’est lui et Gotlib sera le tout premier auteur de bande dessinée à être reconnu par le public dans les rues, puisqu’il se mettait personnellement en scène dans ses albums. Souvent on l’a vu sur un trône, portant une couronne de lauriers. Ses proches disaient que c’était pour lui une manière de lutter contre sa timidité, car il était très complexé et avait l’impression de se venger « en faisant le con » et en se montrant impérial sur un trône. C’est l’époque où il dessine aussi un de ses personnages fétiches : la coccinelle, qu’il croque tout le temps et n’importe où. Parfois, il réalise quelques planches plus sérieuses, comme ces deux pages consacrées à la famine du Biafra, dont le monde entier parle alors avec horreur. Goscinny s’était dit fier que son magazine ait accueilli ces pages-là.

Après l’Écho des Savanes… il crée Fluide Glacial.

Après son passage à Pilote, il ressent des envies de liberté et crée l’Echo des Savanes avec Claire Bretécher et Nikita Mandryka, que l’on considère encore comme le premier magazine en France, de BD réellement mûre. Trois ans plus tard, il lance Fluide Glacial, le mensuel libertaire qui deviendra un symbole du genre. Avec son équipe il explose tous les codes et crée un style provocant qu’il qualifie lui-même de « scato-rigolo ». Son humour va droit au but, dans le délire total et surtout la provocation. Et il y en eut des gens choqués par Fluide Glacial ! Petit à petit il s’éloigna de ses crayons, parce que la gestion du magazine lui prenait tout son temps. Même après sa retraite dans les Yvelines, il ne perdit pas de vue Fluide… et de temps à autres, il réalisait un dessin pour la Une, ce qui boostait immédiatement les ventes de manière spectaculaire.

En 2014, le Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme de Paris a organisé une grande rétrospective Gotlib, à l’occasion de son 80ème anniversaire. L’exposition saluait « l’artiste juif, athée et anticonformiste ». Un astronome amateur a aussi donné son nom à un astéroïde (le n° 184878), nommé désormais Marcel Gotlib, l’astéroïde tragi-comique de la BD. Et dès hier, de nombreux fans du dessinateur lui ont rendu hommage sur la Twittosphère, en partageant certains de ses dessins les plus emblématiques. L’artiste s’en est allé… bon voyage, tu nous laisses moins gais lurons que la semaine dernière.

Share.

About Author

Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

Laisser un commentaire