(France) Soyons fous : et si on croyait au Grand Débat ?

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Emmanuel Macron a lancé hier en Normandie le Grand Débat qu’il avait promis suite au mouvement des Gilets Jaunes. Devant quelques centaines de maires, auxquels les français accordent encore largement leur confiance, le Président et les élus ont réalisé une vraie performance de sept heures. Mais, depuis la nuit dernière on lit tout et n’importe quoi. Le constat est sans appel : entre ceux qui croient au débat, qui soutiennent le chef de l’État, qui croient à un échange respectueux aux conséquences positives et ceux qui n’y croient pas du tout, exigent la démission d’Emmanuel Macron, qui simplement refusent de participer et disent que tout est joué d’avance… la France est littéralement coupée en deux. Clic Infos tente de mettre les deux faces de la pièce côte à côte et non plus dos à dos. Parce que croire en l’intelligence ultime de l’Homme est tout de même plus cool que de constater piteusement qu’il est définitivement paumé dans l’aveuglement, la surdité, la violence et la destruction. Haut les cœurs : le temps d’un article, tentons d’y croire !

Un président méprisant ou un caractère moderne et bien trempé ?

© images : TF1

Il faut admettre que le 8ème président de la cinquième république n’a vraiment pas de bol… Il balaie tout sur son passage pour être élu alors que personne n’aurait misé un kopek sur sa tête de trentenaire… et le voici victime à son tour d’un coup de grisou (qu’il n’a pas vu venir, mais qui ne l’a pas encore détruit) : les Gilets Jaunes ! En fait, il paie cash des décennies de colère accumulée par de mauvaises politiques et des décisions qui ont éloigné le citoyen du pouvoir, mais aussi un caractère qu’on a toujours décrit comme jupitérien ou « royal ». Alors que les français voulaient plus d’horizontalité, la Macronie s’est transformée en pouvoir trop vertical. Il faut dire qu’au vu de l’insuccès de François Hollande le Président « normal », le jeune locataire de l’Élysée a voulu redonner un peu de panache à la fonction de Président de la République mais, et c’est un secret de Polichinelle, le français n’est jamais vraiment satisfait : un gaulois réfractaire a déclaré le jeune chef de l’État et ce n’est là qu’une de ses maladresses. Beaucoup disent que c’est son « mépris pour un peuple qu’il n’aime pas » qui lui fait dire régulièrement tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Dernier exemple en date : « parmi les personnes touchées par la pauvreté, certaines font bien, mais d’autres déconnent » … c’était hier, juste avant sa rencontre avec les maires, lors d’un Conseil Municipal auquel il a fait une visite surprise. Personne ne peut nier son intelligence et sa parfaite maîtrise des dossiers sans note, on l’a encore vu lors de cette rencontre avec les élus locaux qu’il a enfin décidé d’écouter. Il leur demande à présent de l’aider et ces derniers ont pu se rendre compte que le président connaissait bien mieux la ruralité qu’ils ne le pensaient. Il a répondu avec précision aux 80 questions qui lui ont été posées… ce qui a dû en étonner plus d’un et leur clouer le bec au passage. Parce qu’il faut reconnaître que Macron affronte une haine sans limite des politiciens de tous bords qui ne lui pardonnent pas d’avoir dynamité les partis traditionnels, à l’exception notable du Rassemblement National de Marine Le Pen. Elle ne peut plus se passer de lui comme meilleur ennemi et tête de turc… qui lui permet de s’affirmer comme sa première opposante. Lorsque survint la crise des Gilets Jaunes, le président a mis du temps (trop) à descendre de son piédestal, mais c’est chose faite. Rappelons qu’il n’a jamais eu aucun mandat et ceci explique sans doute en partie cela… À présent qu’il est revenu dans l’arène, il montre en tout cas une belle énergie et son charisme semble revenu. Pour preuve, les maires qui l’avaient accueilli hier avec des applaudissements juste polis, lui ont réservé une standing ovation de 40 secondes à son départ… beaucoup (même ses opposants politiques de toutes couleurs) ont été conquis, ou en tout cas convaincus qu’il veut faire de son Grand Débat une chance de lancer l’acte 2 du quinquennat. S’il tient vraiment compte des conclusions qui en seront tirées dans deux mois, il pourrait encore devenir le président le plus populaire depuis De Gaulle… Par contre, s’il rate son coup et fait la sourde oreille, il ne pourra sans doute plus développer la moindre réforme d’importance et la seconde moitié de son quinquennat ressemblera sans doute à une traversée de l’enfer. En clair, c’est « quitte ou double » !

Les Gilets Jaunes accepteront ils le dialogue ? Rien n’est moins sûr…

Du côté de ceux qui continuent à bloquer des ronds-points et veulent encore manifester tous les samedis, cela faisait plus de deux mois qu’on avait l’initiative en toute chose, dans le bras de fer qui les opposent au chef de l’État. Cette fois, Caramba ! C’est Macron qui reprend la main grâce au succès incontestable du lancement de son Grand Débat et ça fait grincer des dents. N’oublions pas que depuis le début de ce qu’on dit être la révolte de la plus grande ampleur depuis mai 68, on refuse de dialoguer… on exige. Les revendications sont aussi variées que les régions de France et certaines sont clairement vouées à l’échec car elles rendraient sans doute le pays ingérable. Pour le reste, personne ne peut nier que le mouvement est légitime et qu’il met en avant des angoisses et revendications qui semblent justes : meilleure répartition des richesses, moins d’impôts et de taxes, plus de participation à la vie démocratique… Pour le reste, il faut bien reconnaître qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Mais, ce qui semblait bon enfant au départ et réunissait alors plus de 300.000 personnes s’est fort radicalisé et est devenu (pour partie) violent. Les destructions et affrontements de chaque samedi en sont la plus visible des démonstrations, mais d’autres « entraves » commencent à poser problème. Si le mouvement récoltait plus de 72 % de soutien (pas de participation) auprès de la population, celui-ci a chuté à un petit plus de 50 % depuis les violences qui ont frappé la France de stupeur. Beaucoup de commerçants et PME considèrent comme une violence le blocage de leurs activités, les plus de 50.000 personnes mises au chômage technique estiment (à juste titre) leurs droit bafoués… en clair, le mouvement des Gilets Jaunes n’a plus la cote d’amour de ses débuts. Le soutien populaire a commencé à chuter au lendemain des 10 milliards annoncés pour satisfaire une partie de leurs revendications et a plongé après les premiers affrontements durs avec les forces de l’ordre.

Depuis lors, le mouvement s’est radicalisé et la plupart des gilets refusent catégoriquement tout dialogue tant que le RIC ne leur sera pas accordé, c’est évident. Le Référendum d’initiative Citoyenne, qui irait jusqu’à la révocation des élus et du chef de l’État, est la seule revendication unanime des Gilets Jaunes à travers tout le pays. Si certains des « leaders » du mouvement qui ne voulait aucun représentant « légitime » affirment avoir envie de participer au Grand Débat, ils sont insultés voire menacés. Les plus extrêmes menacent des élus de la République en Marche, attaquent leurs permanences, boutent le feu à des stations de péages ou à des préfectures… et 11 morts sont déjà à déplorer (comprenant une victime du mouvement en Belgique). Tout cela n’est-il pas allé trop loin ? N’est-il pas temps d’entamer réellement le dialogue et de s’écouter ? Oserions-nous rappeler qu’un million de personnes assistaient aux obsèques de Johnny Hallyday à Paris ou encore que, même s’ils avaient été 100.000 samedi dernier, les Gilets Jaunes ne représenteraient même pas 0,2 % de la population française ? Cela devrait rétablir un peu d’équilibre dans la vision qu’on tente de nous donner du mouvement. En clair, les manifestants de tout le pays le week-end dernier auraient tenu… dans le Stade de France. Alors qu’on nous parle de vague populaire énorme et massive, on peut légitimement considérer que les choses sont très exagérées. Pourtant, cela n’empêche pas les Gilets Jaunes d’être vraiment représentatifs d’une majorité silencieuse qui rêve légitimement d’une vie plus juste. Pourtant, la violence n’arrangera pas vraiment les choses et risque fort de retourner l’opinion, à force de répétition… surtout si une majorité des manifestants continue à refuser toute forme de dialogue avec Emmanuel Macron.

Pourtant, si on tente de regarder les choses en considérant le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, la situation n’est sans doute pas si irréversible que ça. Si on accepte l’idée que les Gilets Jaunes ont tiré la sonnette d’alarme et mis en lumière des revendications légitimes et profondes, qui devaient être criées avant que le désespoir et le sentiment d’abandon de nombreux français n’atteignent leur paroxysme… Si on accepte l’idée qu’Emmanuel Macron est un très jeune président et qu’il lui manque l’expérience de terrain qu’aurait pu lui offrir un mandat local ou régional avant son arrivée à l’Élysée et que son caractère bien trempé n’est peut-être pas un handicap, mais une force et une similitude avec son peuple… Alors, tout n’est peut-être pas perdu. Parce que finalement, les Gilets Jaunes et le président semblent aussi jupitériens les uns que les autres ! Ils voulaient chacun imposer à l’autre leur conception de la France ? Eh bien les voilà obligés de la réinventer ensemble, avant que son image à travers le monde ne soit pour très longtemps entachée… Nous, on a en tout cas très envie d’accorder le bénéfice du doute à chacune des parties et de nous dire que ce Grand Débat est peut-être l’occasion (ou jamais) de relever un énorme défi et de redonner le sourire à tout un peuple, autrement qu’en gagnant une Coupe du Monde de foot… Et puis enfin, mettons les compteurs de « l’information » à zéro pour faire retomber la pression car réseaux sociaux et les médias sont également responsables d’une discorde exacerbée par une véritable profusion de fake news et des « montages » parfois biaisés, sans pour autant faire des journalistes une bande de « collabos » ni de tous les Gilets Jaunes des révolutionnaires sanguinaires. Alors, amis français, baissez donc les armes et 3,2, 1… Débattez ! (Débattre, verbe transitif direct : discuter une question, un problème, en examinant tous les aspects contradictoires – Larousse 2018).

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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