C’est une habitude bien française et étonnante pour les observateurs étrangers… une fois de plus, au lendemain de l’élection d’un nouveau Chef de l’État au suffrage universel, le pays est divisé et beaucoup tentent déjà de saper la légitimité du nouvel élu. Ce n’est pas une critique, juste une constatation et il est vrai qu’il n’y a que dans l’Hexagone qu’on observe à ce point le phénomène. Des voix s’élèvent évidemment du côté des perdants de l’élection (et ils sont nombreux, puisque pas moins de 11 candidats se présentaient), même si paradoxalement une partie de ceux-ci font déjà des offres de services et ne critiquent donc pas trop violemment le Président élu. Le résultat définitif est donc de 66,1% pour Emmanuel Macron et 33,9% pour Marine Le Pen… Je rappelle ce que je disais récemment : pour Marine Le Pen, moins de 35% serait un échec… et ça l’est dans une certaine mesure, malgré son sourire le soir de l’élection et sa danse effrénée sur la musique de Jean-Jacques Goldman, au milieu des quelques militants restés courageusement à la « fête » électorale.

Je ne serai pas plus hypocrite aujourd’hui que vendredi dernier… après avoir appelé à voter pour Emmanuel Macron, je ne peux qu’être heureux du résultat. Ce n’est pas ici une question d’opinion politique personnelle, mais bien la satisfaction de voir que la France n’a pas basculé du côté de l’extrême droite. Seules l’Aisne et le Pas de Calais ont voté pour la candidate du FN… tous les autres départements sans exception, ont majoritairement apporté leurs voix au Président élu. Personnellement, je trouve cela assez rassurant et on s’étonne même que Marine Le Pen ait perdu ses fiefs du sud et du sud-est. Je connais des gens à Avignon qui doivent, à ce niveau au moins, se sentir soulagés. Le Vaucluse perd donc sa couleur marron, dont beaucoup d’habitants avaient de la peine à accepter qu’on les drape. Je disais plus haut que si elle ne faisait pas un score de 35%, ce serait une forme d’échec pour la fille du fondateur (toujours Président d’Honneur) du Front National. Je m’en explique… Avant l’élection, Marine Le Pen jurait à ses militants qu’elle virerait en tête au premier tour et ce ne fut pas le cas. Ensuite elle a martelé, bien plus violemment que durant les semaines et mois précédents, qu’elle allait présider la France, la sortir de ses ornières et lui rendre sa « fierté », ses frontières, son « identité » et là encore, ce fut un échec. Mais, jusqu’à mercredi dernier on pouvait à juste titre craindre qu’elle sorte finalement gagnante de cette élection. Puis, est arrivé le plus incroyable et mauvais débat d’entre deux tours auquel on n’ait jamais assisté ! Incompétence, hargne, agressivité, persifflages, accusations non voilées, grosses imprécisions, confusions, impréparation, attaque sous la ceinture… jamais Emmanuel Macron n’a pu tirer le débat du caniveau, pour le ramener en terrasse. Cette confrontation a tout de même permis de voir émerger les vraies personnalités des candidats et il n’y a pas eu photo… Macron en est sorti large vainqueur, avis partagé par les observateurs autant que les téléspectateurs et propres équipes des protagonistes. Ce soir-là quelque a chose a basculé en ce qui concerne Marine Le Pen et on l’a critiquée tous azimuts, jusqu’au sein de son propre parti et dans une large mesure. C’est là que je vois l’échec car, peut-être avant mais plus probablement au lendemain des législatives, nous allons à coup sûr assister à une séquence « règlements de comptes à Neuilly Coral ». Si, par malheur pour elle les résultats sont mauvais en terme de sièges, il y a fort à parier que Madame Le Pen verra son autorité clairement remise en cause et les luttes intestines se déclencher, sans doute sans aucune pitié. Sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen se tient prête à lui sauter à la gorge telle une vipère et d’autres, dépités que trois ans d’efforts de dédiabolisation aient été laminés en deux heures trente de « débat ». Pour cela, ils en veulent terriblement à leur toujours leader et la lutte ne sera pas douce… A suivre en juin, mais nous ne couvrirons pas cette campagne ni ses résultats. Nous nous sommes sentis obligés de prendre position pour cette élection présidentielle, mais nous revenons désormais au silence politique… en tout cas au terme de ce quatrième édito, dicté par les circonstances.

Comme je l’écrivais en introduction, la France a pour habitude de dynamiter au lendemain de l’élection le Président qu’elle vient de se choisir. C’est assez normal en fin de compte, si on regarde les résultats qui sont généralement quasi à 50-50… mais il n’y a qu’en France que cette division s’expose plus ouvertement et s’exprime plus fort qu’ailleurs. C’est sans doute la nature gauloise qui veut ça… Pourtant cette fois, les choses sont plus violentes que d’habitude et on assiste à des agacements de tous côtés : la droite classique se divise entre ceux qui veulent affronter le Président Macron et ceux qui sont prêt à lui offrir leurs services, le PS a quasiment disparu du l’échiquier politique et espère faire son retour à l’occasion des législatives, même si nombreux sont ceux qui vont sans doute rejoindre les rangs d’En Marche, espérant sauver leurs sièges… Dupont-Aignan ne sait manifestement plus comment danser entre les positions variées de ses partisans qui ne comprennent pas son alliance avec le FN… et Jean-Luc Mélanchon sait que le destin de sa France Insoumise n’est pas joué. Pour lui c’est fort simple : soit en juin il aura fait une réelle percée à l’Assemblée, soit il n’y sera presque pas représenté, mettant en cause à l’avance le système électoral Français. Le Front National de son côté, subitement agité d’envies de refondre le mouvement et de changer son nom, devra tenter de jouer l’unité s’il veut conquérir quelques sièges, ce qui n’est pas fait… toujours le système de votes. Le paysage politique est en tout cas complètement bouleversé et c’est quelque part, en partie ce que voulaient les français : du changement et du renouveau… jusque là, ils sont gâtés !

Clic Infos - Emmanuel Macron

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Mais, jouons un instant le jeu d’un lendemain d’élection enthousiaste, en rappelant tout de même les qualités du nouveau Président élu… La presse hexagonale est assez positive en ce moment, comme si elle voulait laisser à Emmanuel Macron une porte entrouverte vers un éventuel succès futur. Quant à la presse internationale, elle est carrément enthousiaste ! On a un peu l’impression qu’elle voit en Macron une sorte de Kennedy, glamour entouré de sa famille et aux côtés d’une future Première Dame qui intrigue et qu’on verra sans doute souvent durant les cinq prochaines années. Leur grande différence d’âge fait l’objet d’admiration et d’interrogations… nous verrons la place qui sera la sienne auprès de son époux. En tout cas, nul ne peut nier le charisme du nouveau Chef de l’Etat, sa personnalité à l’écoute et ouverte au dialogue constant (cela marchera peut-être avec les partenaires sociaux, qui sait). Il est parfaitement anglophone (une grande première) et donne une image largement positive de la France dans le monde. Son expérience professionnelle dans le domaine de la finance lui sera sûrement utile et personne ne peut lui enlever d’avoir eu le cran de quitter un gouvernement dans lequel il ne se sentait pas à l’aise pour appliquer ses idées. Tout cela, au-delà des terribles critiques et attaques qu’il subit depuis quelques semaines, ne fait pas de lui le personnage soumis et antipathique que beaucoup tentent de dépeindre… au contraire. Je pense que ce sont toutes ces particularités qui lui donnent peut-être une chance de réussite. Il est cependant certain que s’il échoue, il sera balayé en 2022. Beaucoup espèrent cependant que son quinquennat sera une réussite, surtout pour la France.

Pour conclure n’oublions pas, malgré toutes les violences du débat post électoral, que le Président Macron a été élu avec plus de voix populaires que ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy et François Hollande… il ne faudrait pas l’oublier, même si on ne peut passer sous silence le taux élevé de votes blancs ou nuls et d’abstentions. En tout cas, personne ne peut enlever au nouveau Président sa légitimité… nous verrons dans cinq ans quel sera son bilan. Je ne vous retrouverai pas avant pour un édito politique, car nous allons retourner avec enthousiasme aux voyages, restaurants, créateurs, expositions… dont nous aimons nourrir Clic Infos. Mes éditos ne surviennent qu’en cas d’événements majeurs et j’espère ne pas en signer à nouveau avant longtemps. Merci encore pour le succès grandissant que vous offrez à notre Webzine qui, nous l’espérons, continuera à vous distraire et vous informer positivement et joyeusement.

Marc Weidemann

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