Ce samedi soir, le premier ministre belge Charles Michel a acté la départ de la NVA du gouvernement. Le parti de Bart de Wever quitte donc la "suédoise" sur le Pacte de l'ONU pour une immigration responsable et fait chuter le gouvernement en place depuis quatre ans. Charles Michel ira à Marrakech signer le pacte au nom de la Belgique et d'une "alliance responsable orange-bleue" a déclaré le Premier dans une conférence de presse à l'issue du Conseil des Ministres restreint de samedi soir. Il mènera des consultations politiques à son retour du Maroc.

Je n’aime pas évoquer les films phénomènes pendant la période où tout le monde crie au génie, je me suis toujours méfié des phénomènes. Pourtant, j’ai pris une leçon avec E.T, que j’ai regardé des années seulement après sa sortie et qui m’a tiré toutes les larmes du corps. Idem avec Harry Potter, que je ne voulais pas voir parce que je raffolais des bouquins et que j’étais convaincu que le film ne leur arriverait pas à la cheville. Patatras ! Je suis devenu un fan de la saga. Alors, quand on a parlé de 120 Battements par minute partout, j’ai eu le même réflexe : attendre. Mais, il se fait que je parlais avant-hier chez des amis, de regarder des films sur Internet et nous avons évoqué les plateformes de streaming. Alors, oui, je sais… pour une fois, je ne suis pas très « moral ». Mais je voulais comprendre ce que tous mes confrères présentaient comme un ouragan. Du coup hier soir, je me suis vautré dans le canapé et j’ai regardé… ou plutôt, je me suis pris le film en plein cœur ! En ce week-end de Sidaction, il n’était pas inintéressant de vous en parler, vous trouverez même un lien direct vers le film en fin d’article.

Act Up… l’association qui faisait peur, mais qui avait ô combien raison.

Je profite du Sidaction, qui dure jusqu’à demain soir sur les chaînes françaises de télé, pour vous rappeler que le combat contre le VIH est toujours d’actualité. Et pour cela, je veux vous parler d’un des meilleurs films que j’aie vu depuis vraiment longtemps : 120 Battements par minute ! Nous sommes au début des années 90, c’est l’arrivée de l’épidémie de Sida en Europe, les craintes, le combat, la survie, les amis qui meurent… On plonge dès le début, dans ce qui fut pour ma génération sa jeunesse. Tout cela a pour moi un goût très particulier et je peux garantir que le film est incroyablement fidèle à l’état d’esprit de la période et des gens qu’il raconte. Comment le sais-je ? Simplement parce que j’ai été au cœur du combat pendant quelques-unes de ces années maudites et folles. Je dirigeais une association belge de lutte contre le Sida et nous avons eu l’occasion de participer à des réunions à Paris avec Act Up justement, mais aussi Aides ou encore le Kiosque. Je me souviens des luttes intestines entre associations, des tensions et des différences de vue (parfois importantes) concernant les méthodes de lutte : plutôt politiquement, ou encore médiatiquement voire par un lobbying appuyé, auprès des labos pharmaceutiques et des responsables politiques. Nous avons vécu la terrible période du véritable drame qu’a été le scandale du sang contaminé… C’était à la fois violent et passionnant de se battre, car cela avait un sens. Notre association n’était pas dans le militantisme dur, mais plutôt dans la prévention « douce », ce qui ne nous a pas empêché de prendre de plein fouet de attaques ou des insultes. De notre côté nous utilisions la mode et la beauté, pour nous battre contre la laideur absolue de la maladie. Un des plus célèbres couturiers et parfumeurs du monde a été à mes côtés, des années durant et jusqu’à son grand départ. Quelques semaines avant sa disparition, il était une fois de plus avec moi, à Marrakech où nous organisions un grand événement. Jusqu’au-delà de ses forces, il s’est donné à la presse, aux participantes, et l’immense Loris Azzaro a laissé à tout jamais dans mon cœur de profondes traces d’amitié, de gentillesse et de générosité. Avec lui j’ai tant appris et jamais il n’a rechigné à nous donner du temps et de l’énergie, pour nous aider ! Il avait tout bonnement la simplicité des grands… Donc, j’ai beaucoup pensé à lui en regardant le film. J’y ai retrouvé avec une telle vérité les doutes, les prises et crises de conscience que nous vivions, quelle que soit notre niveau au sein de cette lutte sans merci, dont nous n’imaginions déjà pas la fin. Act Up avait une place très particulière dans le monde associatif contre le VIH. Elle nous faisait un peu peur par la violence de ses actions, mais elle avait raison et j’en m’en suis encore rendu compte durant les 2H20 de ce film exceptionnel. Vous y ressentirez tout cela : la folle passion des militants, leurs disputes, l’indifférence et les insultes du public, qui préférait rester aveugle… mais aussi l’amour qui régnait malgré tout, alors que le virus tuait et tuait encore.

Le film : un chef-d’œuvre qui mérite chacune de ses récompenses.

Rarement un film français récent m’aura procuré autant de sensations instantanées, variables et multiples. Le rythme du film est étourdissant et la manière de filmer le combat d’Act Up complètement de l’intérieur s’avère extraordinairement créative, puissante, sensuelle, passionnée et même effrénée. On a l’impression d’être dans un cœur bouillant, battant, palpitant. Et puis, on ne peut que relever l’incroyable justesse du casting ! Jusqu’aux tout petits rôles, les acteurs sont choisis avec une subtilité rare. Dans chaque geste, chaque mimique ou posture des personnages secondaires, j’ai retrouvé toute la vérité de cette faune étonnante que devions représenter aux yeux de ceux qui ne vivaient pas ce combat. On découvre des personnages gays qui n’ont rien de caricatural et sont d’une justesse formidable. Je n’ai repéré aucune faute de « goût » par rapport à quelque communauté que ce soit (gays, hétéros, goudous, toxicos, putes, travelos) et elles étaient nombreuses à se battre sans relâche, chacune armée de ses propres moyens et convictions… Mais allant toutes dans le même sens. Il n’y a pas une seule fausse note dans la partition d’un film salué partout et qui a remporté de nombreux prix. Habituellement, je ne suis pas très sensible à cela et même plutôt méfiant. Mais ici, il me semble que toutes les récompenses sont méritées car le film a dû toucher chaque jury en plein cœur et pour des raisons sans doute différentes. À Cannes, il rafle les prix FIPRESCI, François-Chalais, le Queer Palm et le Grand Prix du Jury. Le prix du Public à Cabourg, l’Out d’Or, le Prix Sebastiane à Saint-Sébastien, celui du Syndicat Français de la Critique de Cinéma, du Meilleur montage à l’European Film Academy. Aux Prix Lumière, il part avec les récompenses de meilleur réalisateur, acteur, scénario, musique (il est vrai qu’elle est presqu’un personnage du film en soi), meilleure révélation masculine… Et enfin, la consécration aux César 2018 : Meilleur film, Meilleur acteur dans un second rôle (Antoine Reinartz), Meilleur espoir masculin (Nahuel Pérez Biscayart), Meilleur scénario original (Robin Campillo et Philippe Mangeot), Meilleur montage (Robin Campillo) et Meilleure musique originale (Arnaud Rebotini) … rien que ça. C’est ce qu’on appelle une sacrée moisson et il faut noter que le succès public de 120 Battements… a été incroyable, pour ce qu’on appelle un film d’auteur. Plus de 632.000 personnes l’ont vu rien que durant son premier mois d’exploitation et c’est tellement mérité. J’espère qu’il passera sans trop tarder en télévision, pour qu’il soit vu par des millions de personnes, car il doit l’être !

Nahuel Pérez Biscayart et Arnaud Valois : deux futurs grands, éblouissants et subtils.

Le merveilleux personnage de Sean est interprété par un incroyable et lumineux Nahuel Pérez Biscayart. Ce jeune acteur argentin de 32 ans m’a complètement ébloui et on peut dire qu’il rayonne sur le film tel un soleil ! Son personnage de jeune gay, militant et séropositif, parmi les premiers d’Act Up, est naturellement attachant. Mais ça va bien au-delà d’un simple « beau rôle » et il interprète aussi magistralement les moments flamboyants de Sean que ceux de doute et puis de peur. Le comédien, car c’en est un, joue de tout son corps, de toute son âme et du regard. Il a des yeux extraordinaires, qui semblent poser sur son monde tourmenté autant que sur l’amour qu’il vit enfin, un regard de « sage » … tout en gardant la naïveté de l’enfant. Il est tout simplement bouleversant. Certaines scènes de ralenti ou d’autres en musique, lui collent à la peau d’une manière qui vous entraîne sous le manteau de ses émotions et vous avez l’impression de les ressentir avec lui. Clairement, il méritait son César de Meilleur Espoir deux fois plutôt qu’une. Et puis à ses côtés, il y a un autre jeune acteur absolument éblouissant : Arnaud Valois, français, 36 ans… d’une grande beauté, c’est évident et il suffit de le regarder pour s’en rendre compte. Mais justement sa beauté, virile et délicate à la fois, lui permet d’adopter un jeu lui aussi tout en subtilité, en finesse. Clairement comédien aussi, je serais vraiment curieux de voir ces deux-là sur une scène de théâtre ! Nathan est le second personnage principal du film à mes yeux, même si certains diront que le président d’Act Up mérite plutôt cette place. Antoine Reinartz est certes formidable en interprète de Thibault, mais il n’atteint pas le point de fusion du jeu d’Arnaud Valois. Je m’attendais d’ailleurs à voir plutôt ce dernier recevoir le César du Meilleur Second rôle masculin, mais bien heureusement, il a été récompensé justement par le prix du Meilleur Espoir Masculin aux Prix Lumière, où son partenaire argentin a reçu celui, tant mérité, de Meilleur Acteur. Le magnifique et atypique couple que forment Sean et Nathan dans le film est l’un des plus touchants et « vrais » que j’aie vu depuis longtemps au cinéma. Ces deux jeunes acteurs forment un duo, une paire, une équipe, un couple, complètement magique ! Leur jeu est fait de non-dits, de regards, de mots aussi, de gestes, de baisers, d’instants du bout des doigts, de vols de lèvres, de tendresse, de respect, d’admiration, de peur, d’amour fou et fort, au sens de la vraie force. C’est difficile à décrire… Ils vivent une scène d’amour qui a sûrement été difficile à tourner, comme toutes les scènes de nudité. Mais c’est là aussi d’une subtilité, d’une douceur incroyable, et ça a dû beaucoup les aider. Lumières douces, pénombre, peaux dorées, corps dévoilés sans se livrer… Robin Campillo leur a fait là le plus beau cadeau qu’un réalisateur puisse faire à ses acteurs : une scène d’anthologie ! Rien que pour ces deux jeunes interprètes, le film vaudrait dix fois le détour. Mais, encore une fois, l’ensemble du casting est lumineux.

La lutte contre le SIDA n’est pas terminée et ce week-end, c’est le Sidaction.

Ce week-end, sur toutes les chaînes télé françaises, se poursuit le Sidaction. Comme toujours, Line Renaud est fidèle au rendez-vous et vous devez l’être aussi. Si vous êtes en France, n’hésitez pas à faire un don (aussi petit soit-il), au 110. C’est simple et ça permet de réellement faire avancer les choses. Parce que, si je viens de vous parler avec passion d’un film qui m’a totalement bouleversé, les choses n’ont pas vraiment changé. Elles évoluent, c’est vrai… Dans 120 Battements par minute, nous remontons au tout début de la lutte. Vous verrez quel combat c’était que de tenter de forcer les laboratoires à communiquer des résultats, à mettre sur le marché des médicaments efficaces… Combien il était difficile de conscientiser les responsables politiques, les enseignants, les jeunes eux-mêmes. Et le combat n’est pas fini car chaque jour des personnes sont encore contaminées par le virus du VIH, bien trop nombreuses ! Tout le monde sait que le préservatif reste le seul moyen efficace contre le SIDA… mais, comme les traitements ont fait d’énormes progrès depuis les années 90 et qu’on survit quasi toujours maintenant et pendant longtemps… les jeunes ont moins peur de la maladie, tout en ne se rendant pas compte à quel point cela reste lourd et très compliqué de vivre avec elle. Le SIDA est toujours mortel, même si on peut cohabiter plus longtemps et plus confortablement avec lui. Il ne faut surtout pas oublier de vous en convaincre et de tenter de convaincre aussi vos enfants, vos amis, vos proches : la capote est le seul moyen d’éviter la contamination et le dépistage reste également important. Connaître son état sérologique est primordial… pour ne pas transmettre le virus. Les chercheurs du monde entier continuent leur combat dans les labos, les associations poursuivent leur travail de prévention et d’alerte… mais, chacun à notre niveau, nous pouvons et devons faire notre part du boulot !

Pour conclure, je pense que chacun devrait voir 120 Battements par minutes… et d’urgence. Blottissez-vous dans votre canapé, si possible dans les bras de celui ou celle que vous aimez et qui vous aime. Ensuite, laissez-vous embarquer pour un voyage dans le temps, mais il n’y a finalement pas si longtemps que ça… c’était dans les années 90, le SIDA effrayait le monde et la moindre goutte de sang devenait source d’angoisse. Regardez le film, permettez à ces comédiens extraordinaires de vous prendre par la main et par le bout du cœur, pour vous emmener avec eux. Vous ne le regretterez pas et j’espère que vous aurez envie d’en parler autour de vous ensuite. Plus nombreux nous serons à voir le film et plus nous aurons peut-être offert 140 minutes de bonheur et de conscience. Je n’ai pas l’habitude de faire cela, mais ci-dessous voici un lien qui donne directement vers le film, sur une plate-forme de streaming. Bon voyage et, à la fin de film, prenez votre pouls… vous serez sûrement à 120 battements par minute !

Vous pouvez regarder le film ici : http://www.hds.to/films/120-battements-par-minute-2017-streaming.php

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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