Une jolie exposition se déroule actuellement à Bruxelles et plaira sans nul doute aux fans de jazz et surtout aux nostalgiques amoureux du grand Toots Thielemans. Deux photographes (Alex Kouprianoff et Guido Marcon) y rendent un bel hommage à l’inoubliable harmoniciste, sans aucun doute le plus connu au monde. Les clichés sont présentés au cœur de l’univers de Marie’s Corner, un espace entièrement dédié au design. La modernité et le vintage s’y marient harmonieusement, entre les meubles aux lignes épurées et les cimaises, qui accueillent les photos en noir et blanc.

Des instants gravés dans l’Histoire du Jazz…

Ce n’est pas une expo titanesque, présentant une série interminable de clichés, pris dans un coin à n’importe quel(s) moment(s)… Il n’y a en effet pas une collection de 100 photos, mais celles qui sont accrochées ici reflètent chacune un moment d’exception. Ce sont en fait des instants captés par deux photographes instinctifs, que ce soit dans le célèbre Brussels Jazz Club près de la Grand-Place, ou d’autres lieux au cœur desquels Toots partageait son talent et sa convivialité. Personnellement, je n’ai eu qu’une seule occasion de le rencontrer (à Paris) et je garde de lui le souvenir furtif d’une grande gentillesse, mais principalement d’un sourire généreux et bienveillant. On le sait, le roi belge de l’harmonica a travaillé avec les plus célèbres artistes du 20ème siècle et les plus grands producteurs de la planète… Il est pourtant toujours resté d’une accessibilité toute bruxelloise. Particulièrement fier de ses racines, il baladait joyeusement sa belgitude dans le monde entier, où il était unanimement apprécié tant comme artiste que comme être humain. Les « instants » exposés ont été captés au cours des années 70, 80 et 90… et ils dévoilent le « ket » des Marolles à une époque où il était adulé de tous aux États-Unis. Ça ne l’a jamais empêché de revenir au pays chaque fois que cela lui était possible, car il y était profondément attaché. On dirait qu’Alex Kouprianoff et Guido Marcon étaient deux oiseaux virevoltant autour de l’artiste et que leur regard a su rendre cette espèce de liberté de mouvement, dont seuls de rares photographes sont capables de la capter. Ce sont en général les grands portraitistes qui réussissent à attraper ce mystérieux fil d’Ariane, sur lequel de rares funambules sont capables de tenir debout, pour restituer des moments privilégiés de manière non moins exceptionnelle. Les clichés se fondent parfaitement dans le décor des lieux, tout en conservant leur forte identité. C’est une jolie prouesse qui mérite d’être soulignée.

Clic Infos - Tribute to Toots Thilemans

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Alex Kouprianoff : un photographe globetrotter.

Il connaît particulièrement bien le monde, puisqu’il l’a parcouru dans tous les sens pour de nombreux guides touristiques. Peut-être est-ce la diversité des cultures de tous les lieux qu’il a shootés, qui lui a donné cette aptitude à se fondre dans un endroit, un décor, une circonstance… et de réussir à les restituer avec fidélité, mais aussi avec particularité et discrétion. C’est ce qu’on appelle la « signature » d’un photographe et, quand on sait regarder son travail, elle est aussi lisible que celle d’un écrivain. Alex fait partie de ceux qui « signent » justement leur travail, sans avoir besoin d’un stylo. Quand l’émotion ressentie devant le « spectacle » d’un cliché est plus forte que l’admiration qu’on peut ressentir pour sa technique aboutie, on est devant le travail d’un artiste… La rencontre du photographe avec Serge Silber, copropriétaire de Marie’s Corner et du Project Store, semble avoir été le déclencheur d’une envie de se replonger dans ses collections d’images et de les partager. On ne peut que se féliciter du fait que son choix se soit d’abord porté sur les clichés de Toots Thielemans. L’un a été touché par le travail de l’autre, connaissant parfaitement l’univers du jazz et qui fut lié à l’harmoniciste. Le maître des lieux a donc eu très envie d’exposer les œuvres de celui des lumières, pour les partager avec le public. C’est ainsi qu’est née l’exposition, qui sera visible jusqu’au 19 novembre, ce qui vous laisse encore largement le temps d’aller la découvrir. Côté technique, les tirages sont effectués sur papier Canson Premium Satin de 270 grammes, ils sont protégés par un film UV et montés sur support d’aluminium. Chaque œuvre est numérotée et les tirages ne dépassent pas les 20 exemplaires. Il est bon de savoir aussi que les organisateurs s’engagent à reverser les bénéfices de l’exposition à une œuvre caritative.

Guido Marcon : pour un « pas de deux » entre photographes.

Il est assez rare qu’une exposition photos présente le travail de deux artistes. Soit c’est du solo, soit c’est un salon d’ensemble et ils sont vraiment un groupe, parfois complémentaire, parfois enrichi de profondes différences. Pourtant, on ne ressent pas ici de concurrence entre les artistes, mais bien une sorte d’harmonie voire de sérénité… et quand on parle harmonica, c’est mieux. C’est un peu comme s’il y avait là aussi une sorte de fil d’Ariane, tendu entre deux séries complémentaires qui s’ignoraient… et ça rend l’exposition riche et étonnante. Le photographe est venu en Belgique pour apprendre la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. C’est pourtant photographe de presse qu’il deviendra ensuite et son premier reportage fut consacré au théâtre, grâce auquel il rencontra le grand Eugène Ionesco… un véritable déclic ! Une fois entré à la RTBF, la chaîne publique lui permit de se balader librement en coulisses et donc d’y croiser toutes les stars qui y passaient… Brel, Belmondo, Salvador, Gainsbourg, Morgan Freeman… il leur tira le portrait à tous. Mais il était aussi passionné par le milieu du jazz et son objectif y était parfaitement subjectif ! Il suivit donc son instinct artistique, qui lui permit de réaliser parmi ses plus beaux clichés. Il laissait son appareil et son cœur traîner dans les plus grandes salles, les plus importants festivals… et il avait une particularité, à une période où on était encore à mille lieues d’être entrés dans la monde des selfies : il adorait se faire photographier en compagnie des plus grands artistes. Ça aussi, c’est une sorte de signature… Et voilà donc que son travail et celui d’Alex Kouprianoff réunis, donnent l’occasion de passer un beau moment avec celui qui fut le magicien de l’harmonica et fit connaître la Belgique aux quatre coins de la planète Jazz ! J’en suis certain, de là-haut… Monsieur Toots Thielemans doit sourire dans sa moustache…

Marie’s Corner Project Store
39 Rue de Namur
1000 Bruxelles
Du lundi au samedi, de 10h à 18h jusqu’au 15/11/2017

Site officiel : www.mcprojectstore.be

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About Author

Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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