(Édito) Sport et homosexualité : le placard ou le pilori !

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En parcourant nos confrères de la presse généraliste ce matin comme tous les autres, j’ai lu la Une de l’Équipe, quotidien français le plus célèbre entièrement consacré au sport (depuis 1946) : « Embrassez qui vous voudrez » et une photo de deux joueurs de water-polo qui s’embrassent sur la bouche. Eh bien là, je dis « chapeau bas » (ou bonnet en l’occurrence) car le sport et l’homosexualité n’ont jamais fait très bon ménage. En fait, ce n’est pas tant l’homosexualité qui a un problème avec le sport, mais plutôt le contraire. Mais, là encore, ce n’est pas tout-à-fait vrai, puisqu’il faudrait plutôt dire que ce sont les homophobes qui ont un problème avec les sportifs gays… Quel est le jeune homosexuel qui peut affirmer qu’il ne s’est jamais fait traiter de tapette ou de PD, au moins une fois quand il a voulu jouer au foot avec ses potes dans la cour de récré de son collège ou lycée ? Pas moi, en tout cas…

Le plongeur Tom Daley, icône du sport gay (© Attitude).

Tout au long de ma carrière médiatique ou publique (mais on dit qu’il serait plus facile d’y afficher son homosexualité), je n’ai jamais fait le moindre mystère de la mienne ni eu honte de mes compagnons. En effet, elle ne m’a jamais posé le moindre problème et je l’assume très ouvertement depuis longtemps. Pourtant, dans les années 70-80, on ne peut pas dire qu’être gay ait été très bien vu. Et pourtant, on ne rencontrait pas autant de haine qu’en 2019. Il suffit de regarder de près les statistiques en matière d’agressions homophobes pour se faire une idée de la violence que celles-ci présentent maintenant. À l’époque, on se faisait bien parfois traiter de PD aux environs de la Grand-Place de Bruxelles, si on se baladait en tenue un peu excentrique ou en se tenant la main… Mais le terrible paradoxe est que depuis lors, nous avons vécu les horribles années SIDA (durant lesquelles on ne parlait que de « cancer gay », même si la Belgique a traversé cette période avec sagesse) et qu’au fil des combats d’associations courageuses, nos droits ont été mis au niveau de ceux des hétérosexuels. Nous pouvons donc nous marier, adopter des enfants, hériter les uns des autres… mais, si un jeune gay se lance dans une carrière sportive… il sait par avance qu’il devra rester au placard (ou au fond de son casier de vestiaire) tant qu’il espérera atteindre le statut de champion ! Même au niveau amateur, pas question de se « dévoiler ». Ado, je courais le 1500 et le 3000 mètres à un bon niveau junior. J’étais très « amoureux » d’un camarade de piste aux cheveux noirs jais et aux yeux vert émeraude… pas question de lui en parler, évidemment ! On ne pouvait imaginer un homo dans une équipe d’athlétisme. Pourtant, je ne suis pas certain que si j’avais parlé, on m’aurait fait subir autant d’horreurs que ce que je lis parfois de ce que subissent certains grand sportifs gays d’aujourd’hui. C’est ça le progrès ? Alors, en voyant la Une de l’Équipe ce matin, je me suis réjoui qu’un grand média français mette ce sujet à l’honneur. Au Royaume-Uni, ils ont (entre autres) le plongeur olympique Tom Daley (ci-dessus) comme porte-parole et les anglais ont toujours été un peu avance sur le monde, en la matière au moins. Mais, certains diront que plonger n’est pas un sport… n’est-ce pas ?

Des Unes comme celle de l’Équipe pourraient réconcilier des jeunes gays et le sport.

La Une qui fera sans doute couler beaucoup d’encre (© l’Équipe).

Quand un grand quotidien met au cœur d’une édition un dossier entier consacré à l’homophobie dans le monde du sport, on peut voir la chose sous deux angles différents. Soit ça nous fait peur, parce qu’on se rendra compte que le problème est dramatique dans les vestiaires et les stades du monde entier, sur tous les continents… parce qu’on découvrira que menaces et agressions physiques sont très (beaucoup trop) nombreuses. Comme le disent les trop rares champions et championnes qui osent faire leur coming out, c’est très dur car les autres ne sont pas prêts à « normaliser » la chose dans leur esprit. S’afficher avec un gay, fut-il champion olympique ou du monde, parmi les plus grand tennismen ou nageurs de la planète… reste quelque chose qui passe pour un quasi aveu de sa propre homosexualité… Ils ne sont pas nombreux à prendre ce risque pour leur image. Car c’est bien ce dont il s’agit : l’image ! Ils s’inquiètent de voir la leur ternie dans les médias, mais surtout dans le public et parmi les autres sportifs. De plus, à l’ère de la toute-puissance des réseaux sociaux, il ne fait pas bon s’afficher en tant que gay. Pour s’en convaincre, il suffit de survoler les massages débiles qui ont suivi la parution du Dossier de l’Équipe. Et ne parlons pas des transgenres, qui sont encore un autre profond et réel problème dans le monde sportif… Ou alors… on peut se dire que lorsqu’un grand média consacre un dossier de fond au phénomène gay dans le sport, cela peut aider des jeunes à s’engager dans des équipes, à s’inscrire au stade, à la piscine ou dans n’importe quelle discipline. Ce serait alors quelque chose de positif, qui pourrait réconcilier les jeunes homos avec le sport en général et permettre aussi à des champions déjà en carrière de se déclarer, de montrer la voie aux plus jeunes en leur prouvant que c’est possible. Fut un temps, ça valait vraiment la peine de se battre au sein d’Act Up et autres associations militantes, de lutter pour que se déroule la Gay Pride… Pourtant aujourd’hui, même si tous les droits nous sont acquis sur le papier, il n’est tout simplement pas encore possible d’être bêtement celui ou celle qu’on est réellement, si on veut devenir un grand footballeur, un champion de baseball ou de basket, une star de la Formule 1 ou encore le meilleur champion de lancer du poids… De même pour une joueuse de tennis ou une gymnaste de très haut niveau. Et puis, il y a les « sports de tapettes », dont on croit tous les champions gays : patinage artistique, danse sur glace, plongeon… C’est une triste réalité et des médias comme l’Équipe, auréolés de leur réputation positive et du haut de leurs énormes audiences, peuvent très concrètement apporter leur aide à une lutte qui ne devrait tout simplement plus exister… Et quand ils le font, cela mérite largement d’être souligné. Voilà qui est fait !

Marc Weidemann

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About Author

Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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