(Belgique - Mondial Russie 2018) - Un groupe de neuf Diables Rouges est monté sur le terrain d'entraînement du centre national de Tubize, au deuxième jour de préparation à la Coupe du Monde de football en Russie (14 juin-15 juillet). La tempête de la non sélection de Radja Nainggolan semble se calmer un peu, même si des supporters des Diables menacent de faire dix minutes de silence lors du match amical Belgique - Portugal à Bruxelles, le 2 juin... à suivre. Clic Infos y sera sans doute.

Combien de temps faudra-t-il avant que tout ne parte en cacahuète ? Alors qu’hier déjà, quelques heures à peine après le début du mouvement de grève à la SNCF (Société Nationale des Chemins de Fer), les usagers grondaient déjà de colère… pourront-ils supporter 36 jours de grève « perlée » ? Si le Président Macron joue gros sur ce coup, Philippe Martinez (grand patron du syndicat CGT – Centrale Générale des Travailleurs) joue son avenir à la tête de l’organisation et son (très) confortable salaire à ce poste, dans un vrai bras de fer. Il ne supporte pas Emmanuel Macron et est bien décidé à le faire plier, alors que le Président de la République l’est tout autant, mais à marquer son quinquennat d’une réforme qu’aucun de ses prédécesseurs n’a réussi à faire passer.

Alors que plus de la moitié des français soutiennent la réforme de la SNCF et que 71 % d’entre eux pensent que le gouvernement ne cèdera pas face à la pression des syndicats, ces derniers ont lancé un nouveau concept de grève. Ils appellent à l’arrêt du travail durant deux jours, suivis de trois d’activité « normale » … et ainsi de suite pendant trois mois, soit un total de 36 jours non ouvrés. Une paille ! Quand on sait que chaque ménage français débourse 500 € par an pour la SNCF et ce avant même d’avoir acheté le moindre billet (cela représente plus que pour la police nationale), on peut comprendre que le contribuable demande à ce qu’elle soit réformée. Mais la légende dit que la France n’est pas réformable. Il y a plus de trente ans que Jacques Chirac a tenté une première fois de s’attaquer au problème… Pourtant, Emmanuel Macron est fermement décidé à supprimer le statut spécial des cheminots, à préparer à la concurrence le rail français et à transformer la compagnie nationale en société anonyme (S.A.), responsable de sa gestion et donc de ses résultats. Le capital restera cependant à 100% entre les mains de l’État. Mais, ce qui déclenche la plus grosse colère des cheminots est le fameux « statut » dont ils bénéficient : sureté de l’emploi à vie, primes, gratuité des transports ferroviaires pour eux et leur famille… Si on pouvait parfaitement comprendre qu’un statut spécial ait été créé lorsque conduire les trains était un véritable calvaire, il est plus compliqué de le justifier en 2018. La pénibilité n’est franchement plus la même et une secrétaire de la SNCF relève elle aussi dudit statut, cherchez l’erreur. Les syndicats mettent en avant la disponibilité pour des gardes et la dureté du travail de nuit, ainsi que la mobilité des travailleurs, mais il y a bien d’autres métiers qui doivent assurer des permanences et n’ont jamais donné lieu à un statut particulier : médecin, policier, infirmière, pompier… Le gouvernement propose donc de supprimer ces privilèges pour les futurs engagés au contrat, qui ne bénéficieront dès lors plus du fameux statut. Ce n’est tout de même pas comme si on le supprimait à tous les cheminots dès demain matin ! Il faut savoir raison garder…

Combien de temps tiendra la patience des passagers qui ne passent plus ? 

Si plus de 40% des français comprennent aujourd’hui le mouvement syndical, il faudra voir maintenant si les usagers seront encore aussi conciliants et compréhensifs dans une semaine ou deux… Et rien n’est moins sûr, quand on voit les mouvements de colère qu’on a déjà observé hier, quelques heures à peine après l’entame du tout premier jour de la toute première « perle » ! Si les passagers comprennent et acceptent qu’on fasse grève ponctuellement (même s’ils trouvent que c’est trop courant), ils sont beaucoup moins heureux de se sentir otages d’un combat qui ne les concerne pas. Ils rencontrent des difficultés pour aller travailler, rendre visite au médecin ou vaquer à leurs occupations, quelles qu’elles soient. Hier, la pagaille était partout et dans certaines gares des usagers se sont retrouvés sur les voies à pieds, parce que les quais étaient trop exigus pour le nombre de passagers prenant d’assaut le seul train de la matinée… Voilà qui met des vies en danger et le public s’en rend compte. Tout comme il comprend sa douleur en se disant que cet enfer pourrait durer trois mois, si les choses ne s’arrangeaient pas. De plus, deux jours de grève suivis de trois de « travail », cela revient clairement à annoncer quatre jours sur cinq de pagaille, au minimum… Bousiller leur vie de famille, y compris le week-end, voilà qui ne va franchement pas être populaire dans le cœur des voyageurs !

Dialogue, négociations ou discussions ? Ils ne sont même pas d’accords sur les mots…

Élisabeth Borne les dépasse justement, aux yeux de Martinez (CGT) et d’autres syndicats… la ministre des transports a déclaré qu’elle demeurait ouverte à la discussion, mais assure aussi que le gouvernement ne cèdera pas sur le fond et que la réforme passera. Pourtant, même si l’équipe d’Édouard Philippe l’estime indispensable, elle a déjà fait des (légères) concessions : renoncement aux ordonnances en ce qui concerne la suppression du statut spécial des cheminots, délai étalé pour la mise en place de la concurrence… Ce n’est pas encore Byzance pour les syndicats, mais ça prouve que la ministre est (au moins un peu) à l’écoute. Voilà qui n’arrange donc pas du tout Philippe Martinez, qui compte bien faire de ce bras de fer une victoire éclatante de la CGT, qui a perdu sa place de première force syndicale du pays. Évidemment, comme madame Borne rappelle sur les plateaux télés qu’il y a encore quelques dizaines de réunions planifiées avec les syndicats, elle estime que la grève a commencé alors que les négociations étaient toujours en cours… ce qui commence à être entendu par pas mal de citoyens et d’usagers de la SNCF. Depuis hier les membres du gouvernement ont été envoyés au feu sur tous les fronts médiatiques, afin de faire de la pédagogie à propos de la réforme et la pire crainte de Martinez est de voir Emmanuel Macron marquer un point supplémentaire, après sa victoire de la réforme du travail. Il ne peut sans doute pas se permettre une seconde claque… qui pourrait se transformer en coup de pied au popotin, lui indiquant la sortie. Pourtant, le langage hargneux du leader syndical ne marque pas vraiment les esprits et c’est plutôt le poids des ennuis concrets des usagers, qui risque bien de faire pencher rapidement la balance de la patience… Et enfin, il faut se rappeler que les pertes financières vont se compter en centaines de millions d’euros et pas seulement pour la compagnie des chemins de fer… Alors, combien de millions la France peut-elle se permettre de perdre, alors qu’elle vient à peine de franchir le fameux cap des 3% de croissance, qui la ramène parmi les bons élèves européens ?

Je ne sais pas si cette grève ira jusqu’au bout des 36 jours prévus, mais j’oserais tout de même parier une petite pièce sur une fin prématurée. Le tout sera de voir qui sortira vainqueur de ce face-à-face, du Chef de l’État ou du patron de la CGT… En tout cas, il est évident que l’enjeu majeur n’est même plus la SNCF. Son compte est à mon avis réglé d’avance, la réforme étant vraiment incontournable. 36 milliards d’investissement sur dix ans… la chose ne se représentera pas demain et reste la seule chance pour la compagnie de pouvoir (éventuellement) affronter sereinement la future concurrence, écrite dans le marbre de la loi européenne. Avec en plus 46 milliards de dette collés aux semelles, il y a peu de chances qu’elle survive bien longtemps, si elle ne se remanie pas en profondeur. L’enjeu réel de ce premier affrontement social de taille entre les syndicats et le Président est uniquement… l’opinion publique ! Si elle bascule en faveur des syndicats, Macron sera stoppé en plein vol et ne pourra plus rien réformer… mais, s’il l’emporte et que les français tournent le dos à la méthode Martinez, le locataire de l’Élysée pourra poursuivre le programme sur base duquel il a tout de même été élu… et prouverait au passage que l’adage populaire avait tort et que la France est bel et bien réformable, quand on le veut vraiment.

Marc Weidemann
Rédacteur en chef.

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About Author

Notre co-fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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