(Édito) France, Grand Débat national : et maintenant ?

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Cette fois, on y est… le Grand Débat National initié par Emmanuel Macron, poussé par le phénomène Gilets Jaunes, est terminé et voici venue l’heure de la « restitution » aux Français. Ministres observateurs, garants et quelques centaines de citoyens « représentatifs » ont écouté Édouard Philippe évoquer hier tout ce qui a pu remonter des quelques 10.000 réunions dans le pays, des près de deux millions de contributions sur la plateforme internet et des 16.000 carnets de doléances remplis dans les communes de France. Si on connaît déjà une grande partie des thèmes qui en ressortent, le premier ministre a dû faire un exercice autant d’équilibre que de pédagogie… De tous côtés (Gilets Jaunes, partis d’opposition, presse, intellectuels) on entend déjà affirmer que, quoique fasse Macron comme annonces positives, la déception sera globale. La France est-elle encore capable de dialogue ou est-elle perdue (en attendant de trouver un nouveau Messie) dans les affres de la non communication ? Quoi qu’il en soit, pour le Président de la République, l’heure a sonné et il est plus que jamais face à son destin…

Macron deviendra-t-il le plus populaire des présidents de la 5ème… ou le plus haï ?

Oublions un peu les 22 semaines de manifestations (parfois calmes), de destruction, de violences (des deux côtés), les Black Blocks, la « malentendance » (beaucoup parlent de surdité) du chef de l’État… et tentons de considérer un instant que voici venu le Jour 1 de la période 2 du quinquennat macronien. Le Président est face à son destin pour la seconde fois en deux ans. Gageons que pour convaincre il devra choisir un autre endroit que le Louvre où délivrer son prochain grand discours ! Il faut reconnaître qu’il n’a pas toujours été au diapason de ses concitoyens, qu’on a pu le taxer de mépris (alors que parfois il disait simplement tout haut ce que chacun pense tout bas, mais qu’on n’accepte pas ce langage direct de la part d’un Président français) et qu’il n’a pas fait grand-chose pour effacer l’image d’arrogance qui l’a éloigné du peuple, alors que celui-ci avait pourtant majoritairement décidé « d’attendre et de voir », bref de lui donner sa chance… Ses défenseurs diront que c’est un triste malentendu et que le plus jeune chef de l’État français depuis deux siècles environ est simplement très (mais, vraiment très) intelligent et pas toujours compris. Mauvaise plaidoirie, puisqu’on sait que c’est ce genre de remarque qui alimente la détestation du « petit peuple » pour ce Président qui, tout légitime qu’il soit, semble désormais ne plus l’être pour cause de « délit de prétention » … Oublions un instant aussi que tout le monde garantit savoir ce qu’il va annoncer et le fait qu’il va décevoir. Rappelons tout de même ici que tout le monde veut du changement, tant que cela ne concerne pas sa poche ni ses propres avantages. Vu comme ça, il est évident que Macron pourrait encore totalement changer sa politique et devenir le plus démago des chefs de la Cinquième République. Il semble pourtant évident qu’une moitié de la France sera furieuse et s’estimera trompée, grugée, trahie, escroquée ! Dans 15 jours environ, Emmanuel Macron présentera néanmoins ses premières mesures concrètes et devrait les égrener jusqu’à l’été. S’il gagnait entretemps les élections européennes, il retrouverait alors une totale légitimité, pourrait relancer son quinquennat et quasi garantir qu’il pourra se représenter à la présidentielle de 2022. Par contre, s’il prend une claque en mai et que ses mesures post grand débat ne donnent pas des résultats rapidement mesurables et positifs pour le portefeuille du français moyen… il pourra préparer sa fuite de Varennes (c’est une image). Disons plutôt qu’en tout cas son quinquennat serait frappé d’immobilisme absolu et qu’il ne pourrait mettre en œuvre les grandes réformes qu’il a prévues, au risque de retrouver les français constamment dans la rue et pas seulement les Gilets Jaunes cette fois.

Macron et les français pourraient-ils se rabibocher ?

Le grand suspense des quinze prochains jours est finalement double : d’une part le Président (qu’on peut accuser de bien des choses, mais assurément pas d’être un imbécile) sera-t-il capable d’utiliser au mieux son intelligence (que même ses adversaires reconnaissent supérieure) pour récupérer un minimum le respect de ses concitoyens… Et d’autre part, lesdits citoyens sont-ils capables de retrouver un minimum le sens de l’écoute ou resteront-ils arcboutés sur leurs positions, sourds à toute mesure qui irait pourtant dans le sens de leurs revendications de base ? Les 20 week-end de manifestations, parfois calmes, souvent violentes et pourtant encore soutenues par une très courte majorité de français, agacent de nombreux commerçants et ont mis bien des travailleurs au chômage technique, quand ce n’est pas au chômage tout court. Alors, la sérénité peut-elle revenir dans les rues jusqu’aux ultimes annonces du Président de la République ? Ce n’est pas gagné, tant il a cristallisé contre lui la haine (réelle) d’une frange de la population qui continue à s’énerver le samedi en criant « Macron démission », quand ce n’est pas en réclamant sa tête (au sens propre) ou appelant à envahir l’Élysée voire à détruire les institutions. N’oublions pas, quand même, que le nombre de manifestants a diminué depuis quelques semaines et que beaucoup sont désormais radicalisés. Bien heureusement, les extrémistes ne sont pas la majorité des Gilets Jaunes… La véritable question n’est donc pas tant de savoir si les manifestations vont cesser que d’espérer au moins le retour du calme et la cohabitation avec les commerces, même s’ils sont parfois symboles de richesse. L’image de la France dans le monde s’est fort dégradée depuis les actions des « casseurs » et il est grand temps de la restaurer un peu, d’autant que l’été est presque là et que l’Hexagone est la première destination touristique mondiale…

Après un peu plus de cinq mois de conflit, le temps est venu pour le Président Emmanuel Macron, ses ministres et son peuple, de se souvenir qu’ils sont tous français, que leur pays est magnifique, que nous aimons y aller en vacances, que leur gastronomie est mondialement célébrée et puis surtout, qu’ils sont les uns et les autres des gaulois réfractaires… mais des Gaulois, tous autant qu’ils sont. Et nous, en bon petits belges amicaux et tout aussi gaulois que nous sommes, nous pouvons partager avec nos voisins notre devise nationale : « L’union fait la force » … C’est pile le bon moment pour ça !

Marc Weidemann

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About Author

Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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