On en parlera longtemps, de ce cinquième et ultime match entre Steve Darcis et Lucas Pouille… Le cœur de notre Mister Davis Cup en saignera longtemps aussi c’est certain, comme son orgueil. Le nôtre a été touché évidemment, reconnaissons-le. Surtout que c’était face à nos cousins français, que nous adorons détester sportivement et qui nous le rendent bien. Ce week-end a encore montré quelques exemples d’esprit antisportif typiquement hexagonal, on ne se refait pas… Tsonga lui, a remporté la palme du comportement le plus stupide. Mais on va oublier tout ça, pour ne se souvenir que d’un magnifique week-end de tennis, de fierté pour la Belgique, de suspense, de passion et de confirmation : David Goffin marche en ce moment sur l’eau et joue au niveau top 5 mondial, minimum. Ce fut une belle finale !

Les questions suite aux choix du capitaine… mais qu’aurions-nous fait ?

Comme au lendemain de chaque défaite, c’est sur le capitaine d’une équipe que se concentrent en général les plus vives critiques… Nous avons tout de même de quoi être fiers de la presse belge qui, contrairement à d’autres, ne le lynche pas ce matin. Cela n’empêche pas certains de dire qu’il fallait engager David en double samedi et qu’avec sa qualité de jeu, le point était gagné d’avance et donc la Coupe. C’est d’ailleurs ce que dit aussi la presse française ce matin, qui se réjouit évidemment de la décision de Johan Van Herck. Oui, mais… c’eut été prendre un risque de blessure et de fatigue à la veille d’un jour décisif et une insulte à Ruben Bemelmans ou Joris De Loore, qui travaillent comme des fous pour construire une vraie paire de double, de haut niveau. Il y a eu beaucoup d’intox dans la presse, côté français autant que belge, au point qu’à un moment on a parlé de retrouver face à face en double David Goffin et Jo-Wilfried Tsonga ! Les capitaines y ont sans doute été aussi de leur petite info bidon dans les couloirs, c’est de bonne guerre. On entend aussi par-ci et par-là quelques critiques quant au choix d’aligner dimanche un Darcis qui n’avait plus joué depuis un mois en compétition, suite à une blessure à l’épaule et une opération. Mais quel autre choix ? Steve est le numéro deux de cette équipe et tant Bemelmans que le tout jeune De Loore se seraient fait laminer en ultime simple. Steve restait donc la seule option crédible, même sans compétition récente, puisqu’il avait joué pour la dernière fois à Anvers. Aucun amateur de tennis n’ignore que ce match d’hier était le grand moment de la carrière de Darcis, celui qu’il attendait depuis si longtemps et qui aurait pu le rendre si fier. Il « vit » Coupe Davis et nous a amené cinq fois le point en jouant l’ultime match du dimanche. Il a eu « un jour sans », il est « passé à travers », il a « merdé » comme on l’a souvent lu ces dernières heures… eh bien, oui ! Ça arrive et aux plus grands champions. Il y a d’ailleurs fort à parier que le plus malheureux de tous les belges aujourd’hui soit bien Steve Darcis. Il s’en veut et il ne faut pas lui en vouloir de notre côté. Sans lui, nous n’étions pas à Lille ce week-end. Ne l’oublions surtout pas et poussons-le avec toute l’équipe, pour qu’ils aillent chercher l’an prochain une troisième finale en quatre ans ! C’est ça l’esprit d’équipe…

L’état d’esprit : sans doute la plus grande force de l’équipe belge.

Ce qui a frappé, y compris la presse française, c’est l’état d’esprit de l’équipe noir-jaune-rouge… notre devise est « l’union fait la force » et cette équipe-là en est vraiment digne. Chez les joueurs belges, point de bataille d’égo et il n’y en a d’ailleurs pas de démesuré. Toujours une unité forte, puissante, qui se ressent dans les comportements, les attitudes… et que dire du fair-play de nos joueurs ? Dimanche, face à un public français déchaîné et franchement pas toujours très sportif (c’est assez souvent le cas, il faut le reconnaître) on a vu Tsonga « péter les plombs » face à 27.000 spectateurs surexcités, dont une bonne partie le soutenait pourtant. Il exigeait le silence, se plaignait auprès de l’arbitre, de Noah et même des spectateurs directement, se frappant à plusieurs reprises une balle sur la tête, dans un geste de colère enfantine. En face, David Goffin est resté stoïque, calme et serein comme toujours. Un grand Monsieur quoi ! Sans se départir de son calme, il a même servi plusieurs fois sans attendre que le vacarme cesse, tandis que Tsonga avait l’air de découvrir la surchauffe et l’enthousiasme que soulève la Coupe Davis durant les rencontres ! Dès qu’il a terminé son match et sans doute après une douche calmante, il était sur le banc belge avec toute l’équipe et le staff, pour encourager Steve Darcis dans ce qui fut le pire cauchemar de sa carrière… tout un symbole. Ces joueurs semblent vouloir tout partager, le meilleur comme le pire et ne jamais abandonner l’un d’entre eux. Je me souviens de m’en être fait la remarque en assistant à la demi-finale contre l’Australie : ils sont soudés comme un bloc de béton. Et n’oublions pas un dernier membre de l’équipe qui, à chaque rencontre de la Belgique fait parfaitement son travail : les supporters ! Toujours exemplaires, ils sont aimés partout où ils passent et ce week-end encore, ils n’ont pas failli à leur belle réputation. Ensemble, cette équipe et ce public-là peuvent encore aller chercher une finale l’an prochain, le capitaine Johan Van Herck l’a dit hier après la défaite, lors d’un speech improvisé dans les catacombes du stade, en présence de supporters et de toute son équipe. Nous l’avons fait deux fois en trois ans… alors, ne dit-on pas « jamais deux sans trois » ? En tout cas, on peut compter sur eux pour tout faire afin de nous emmener encore à l’étape ultime… Tous les joueurs, y compris David Goffin, ont confirmé dès hier qu’ils seront de la partie l’an prochain. Avec la marge de progression de nos jeunes et un leader comme celui-là, un jour la Belgique soulèvera le Saladier d’Argent !

David Goffin marche sur l’eau…

Il aura été le seul joueur des deux équipes à remporter ses deux simples lors de cette finale… S’il y avait une Coupe Davis individuelle, sans conteste il l’aurait remportée ! David Goffin a joué ce week-end à un niveau incroyable et la presse française aussi le dit : il a réellement joué à un niveau de top 3 mondial. Pour les journalistes hexagonaux, ça doit être douloureux de le reconnaître… Il a vraiment marqué le week-end de son empreinte et les ovations du public lillois ont été la preuve de l’immense respect qu’il inspire partout où il passe. Il séduit par l’intelligence de son jeu, sa rapidité de jambes, son incroyable vision de l’échange et ses incroyables qualités de « retourneur » à qui ce n’est pas un service à 228 km/h qui ferait peur ! Avec Andy Murray peut-être, il est sans doute le meilleur du monde dans l’exercice en ce moment. David possède encore, de l’avis de tous les observateurs, une marge de progression qui devrait le propulser prochainement dans le top 5, puis le top 3 et d’aucuns voient même en lui un futur numéro 1 mondial. S’il y arrive un jour, ce qui est en effet tout-à-fait possible, il prouvera qu’on peut y arriver sans mesurer 1M90 et peser 100 kg… Son secret : il travaille, il travaille et il travaille encore. À présent, il va prendre un peu de vacances et l’un des plus beaux symboles de cette rencontre France-Belgique est sans doute sa profonde amitié avec Lucas Pouille, dont il est très proche et avec lequel il partira maintenant en vacances, profiter d’un peu de repos bien mérité. Nous attendons évidemment tous avec impatience le début de la saison australienne et le premier grand chelem de l’année. Avec un leader comme David Goffin, la Belgique fera à nouveau partie des favoris l’an prochain… Et si cette équipe en or allait nous chercher encore une finale ?

En résumé, ce qu’il faut retenir de cette Coupe Davis 2017 n’est pas la finale perdue… mais le fait que nous y étions à nouveau, alors que nous avons affronté, contrairement à la France, des équipes solides et fortes en présence à chaque fois de leur leader. Nous n’avons plus à rougir face à n’importe quelle nation et la Belgique a enfin trouvé une place au sommet du tennis masculin. Rappelons-nous que cela n’était jamais arrivé… Kim et Justine doivent être fières de nos garçons ! Nous aussi devons l’être et rien ne peut leur être reproché. Capitaine comme joueurs méritent notre respect et notre entier soutien, alors que la prochaine édition commencera dans un peu plus de deux mois à peine… le temps pour les tambours et trompettes de se reposer aussi un peu, avant de revenir en trombe contre la Hongrie, à domicile début février ! Nous n’avons pas soulevé le Saladier d’Argent cette fois, mais nos gars ont élevé le tennis belge au sommet… c’est déjà un exploit. Pour le miracle, laissons-leur encore un peu de temps et ils finiront par l’accomplir.

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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