Comme une pomme, la Belgique vire au vert et se coupe en deux !

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Comme au soir de chaque élection, tous les partis politiques ont trouvé une façon tordue de nous expliquer qu’ils avaient gagné celles d’hier (communales et provinciales). Sans entrer dans une analyse trop technique et casse-pieds, faisons le point. À sept mois du scrutin européen, les belges ont montré que le clivage nord-sud est plus important qu’on le pensait. Au nord on vire de plus en plus à droite et même un peu à l’extrême, tandis qu’au sud le citoyen se montre toujours plus à gauche et aussi à l’extrême. Si elle reste premier parti d’Anvers et que Bart de Wever n’a fait qu’une bouchée de Kris Peeters, la NVA perd tout de même des plumes. Un peu partout du côté de Bruxelles et de la Wallonie le MR paie sa présence au plus haut niveau du gouvernement fédéral. Défi ne s’impose toujours pas en dehors de la capitale, le PS reste haut malgré les scandales qui l’ont touché ces derniers mois et le PTB semble réussir son ancrage local. Mais, il y a de vrais vainqueurs à cette élection : les verts ! L’alliance Écolo-Groen provoque une vague verte, se retrouve en tête dans beaucoup d’endroits et augmente son nombre d’élus.

Le feu passe nettement au vert dans tout le pays…

La Belgique du nord à droite et celle du sud à gauche…

Les 3 sièges de bourgmestres décrochés par Écolo et Groen à Bruxelles : Forest, Ixelles et Watermael-Boitsfort (soit un de plus qu’en 2012), sont le parfait reflet de la puissante poussée des écologistes à l’occasion des élections communales. Si ce n’est pas encore un raz-de-marée, on peut tout de même parler d’une vraie vague verte et l’inquiétante thématique du climat, déclinée sur tous les tons, a sans doute aidé à ce que de nombreux électeurs glissent dans l’urne un bulletin au nom des listes écologistes. Si le phénomène est enregistré dans tout le pays, c’est à Bruxelles que la progression est la plus forte. Ici, ce sont sans doute les innombrables travaux et les questions de mobilité qui ont servi de déclencheur, ce qui n’est sans doute pas une mauvaise chose. Avec 3 des 19 communes désormais gérées par les verts et leur présence dans la majorité d’autres conseils communaux, il y a fort à parier que la capitale va changer de visage au cours des six prochaines années. Ce n’est certainement pas le citoyen qui s’en plaindra ! En Flandres, Groen connaît aussi une belle progression et du côté wallon, Écolo se permet de coller quelques gifles aux partis traditionnels, principalement au détriment du CDH et du PS. Il est évident qu’une partie de cette vague verte représente un vote sanction envers le gouvernement fédéral et contre le PS dans certains territoires. Les questions écologiques sont mises quotidiennement en avant dans les médias et se sont rappelées au bon souvenir de l’électeur hier. Pour beaucoup, il est probable que ce vote soit le reflet d’un véritable espoir de voir les choses changer grâce à la présence des verts dans les pouvoirs locaux. Durant la campagne, Écolo autant que Groen ont fortement mis en avant leur ferme volonté d’une gouvernance réellement plus transparente… ce qui semble avoir aussi touché l’électeur au bon endroit. Les écologistes ont maintenant six ans pour prouver qu’ils ont mûri et sont devenus de vrais partis de pouvoir. On attendra les élections fédérales du 26 mai 2019, pour voir si le teint vert de la Belgique se confirme…

Bleus et Roses prennent une claque et paient la gouvernance fédérale et les scandales… le populisme du PTB paie.

Le PTB affirme son ancrage local.

Les libéraux du MR (Mouvement Réformateur) paient sans doute le prestige de compter dans leurs rangs le Premier Ministre fédéral et le Ministre-Président de la Région Wallonne… Le pouvoir est une arme à double tranchant, tous les partis qui y sont installés vous le diront ! On s’attendait bien à un tassement côté MR évidemment, mais sûrement pas au recul enregistré hier dans de nombreuses grandes villes francophones et même à Bruxelles. Dans la capitale, le parti a perdu du terrain et ne compte plus que deux bourgmestres (Uccle et Etterbeek). Dans d’autres villes traditionnellement bleues, le réveil est difficile et Charles Michel doit appeler de ses vœux un événement qui rende son gouvernement plus sympathique d’ici mai 2019. Le Parti Socialiste tient bon la barre, même si la tempête des scandales ne l’a pas épargné ces derniers mois… Certes, la rose se flétrit un peu au niveau des résultats globaux, mais le PS reste malgré tout le premier parti de Wallonie. On notera tout de même la fin du règne d’Elio Di Rupo à Mons, où le PS conserve de justesse (1 siège) sa majorité absolue. Le Président du parti et ancien Premier Ministre fédéral a perdu son duel face à son poulain et c’est donc bien le jeune Nicolas Martin qui prend le relais. Globalement les humanistes du CDH sont en position de tassement ou en recul dans l’ensemble des territoires wallons, tandis que Défi ne parvient que rarement à franchir le seuil des 5% nécessaires à obtenir un élu. Si Olivier Maingain rate encore son pari dans le sud du pays, il reste maître incontesté de Woluwe Saint-Lambert. On notera aussi que les extrêmes se portent de mieux en mieux, tant au nord qu’au sud du pays. En Flandres le Vlaams Belang frappe à la porte de nombreuses majorités et dans le sud c’est le PTB (Parti des Travailleurs de Belgique) qui vient s’inviter à la table des grands dans plusieurs communes. À Liège, le bouillonnant porte-parole du parti Raoul Hedebouw s’offre un score qui lui permet de venir jouer le trouble-fête…

Clairement, les élections d’hier ont révélé une Belgique plus que jamais coupée en deux, avec des Flandres très à droite et une Wallonie très à gauche… On notera que le Parti Socialiste s’y maintient tant bien que mal, contrairement à ses partis frères dans de nombreux pays européens. Les populismes semblent avoir encore de beaux jours devant eux en Belgique comme ailleurs et les observateurs se demandent maintenant si les résultats du week-end reflètent déjà le scénario des futures échéances européennes et fédérales qui approchent à grands pas.

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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