Bon, c’était paraît-il « pour rire » … n’empêche ! Le président de la République Tchèque Milos Zeman a atteint le summum du sarcasme, du dédain et de l’agressivité envers la presse. Certes, il semblait clairement alcoolisé, mais de manière moins rieuse que Boris Eltsine à la belle époque… en pleine conférence de presse il a sorti une kalachnikov factice et peu inspirée, portant la mention : « pour les journalistes ». Cette scène, complètement surréaliste dans un pays membre de l’Union Européenne (depuis 2004), s’est pourtant déroulée face aux caméras et à nos confrères internationaux, qui en sont restés tout baba !

Un président européen qui dépasse toutes les bornes…

Même Donald Trump, dont le président Zeman est fan, n’aurait (sans doute) pas osé. Mais le chef d’état tchèque a franchi le Rubicon, vis-à-vis de ceux à qui il en veut depuis longtemps. Cet anti-européen convaincu, manifestement alcoolisé autant que la bouteille qui servait de chargeur à la fausse Kalachnikov, a conseillé hilare : « il est peut-être temps de sortir ». C’est loin d’être une première pour Monsieur Zema, qui avait déjà qualifié les représentants de notre profession de « hyènes » et de « fumiers », ce qui n’était encore qu’une plaisanterie légère… En effet, en présence de Vladimir Poutine (qui n’est pas un saint non plus), il avait affirmé que les journalistes étaient trop nombreux dans la salle et qu’il faudrait les « liquider ». Son futur premier ministre Andrej Babis, milliardaire et géant des médias, populiste et pro Trump qui vient de remporter les législatives, est ouvertement contre les migrants, la zone Euro et… la corruption. Ce qui ne l’empêche pas d’être mis en examen pour détournements de fonds européens (sic). Ces deux-là composeront un drôle de tandem à la tête d’un pays membre de l’Union et corseront sans doute l’ambiance des sommets bruxellois ! Alors que son Premier dirige un empire médiatique, on se demande bien comment le président pourra le fréquenter durant toute une législature. Plus sérieusement, nos confrères tchèques sont réellement inquiets pour leur liberté, autant qu’ils craignent une sévère censure. Il faut dire que Monsieur Babis détient deux très importants journaux nationaux et une radio, entre autres.

Les politiques qui veulent contourner la presse, de plus en plus nombreux.

On dit que les médias font et défont les pouvoirs et cela n’est pas totalement faux. On peut surtout affirmer que certains ont une réelle influence sur lesdits pouvoirs, parfois à l’aide de moyens pas très « déontologiques ». Mais, en dehors de certains médias hyper puissants, ce n’est vraiment pas monnaie courante. C’est un peu comme si on disait (c’est très tendance en ce moment) que tous les hommes sont des harceleurs sexuels… Titulaire d’une carte de presse depuis maintenant 21 ans, j’ai toujours veillé à respecter la parole donnée et les engagements que j’ai pris dans mon travail. Je n’ai jamais tenté de faire pression sur quiconque ni utilisé de privilèges ou informations, que je pouvais posséder par avantage, pour faire chanter qui que ce soit. Et lorsque je rédige un article concernant des opinions, j’essaie toujours d’équilibrer les plateaux de la balance, en évoquant autant celles de gauche que de droite (ce n’est qu’une image). Il me semble important de respecter ce que nous appelons l’objectivité et il serait mensonger de prétendre que tous les journalistes l’ont jetée à la poubelle ! Elle est peut-être plus compliquée à mettre en mots ou en images qu’auparavant, plus complexe à respecter, mais nous sommes très nombreux à y tenir comme à la prunelle de nos yeux. Et ça… c’est une réalité ! Pourtant, depuis quelques temps on constate que les politiciens (qui sont aussi ceux qui entretiennent le plus de relations discrètes avec les journalistes), sont de plus en plus nombreux à vouloir éviter la case « presse ». À l’heure d’internet, c’est évidemment bien plus simple…

A un moment donné… la presse reste incontournable !

Il est en effet devenu très aisé de « presque » se passer des journalistes, grâce principalement aux réseaux sociaux. Le jeune Président Macron par exemple, pratique la parole rare et s’adresse directement aux citoyens, grâce à une page Facebook alimentée en images par une équipe dédiée. C’est sa décision, elle est respectable. Il n’empêche qu’après avoir annulé l’interview du 14 juillet, refusé de parler de l’actualité française depuis l’étranger, donné une interview en télé aux USA (très commentée en France) et avoir connu des sondages en baisse, il a décidé qu’il fallait en revenir au bon vieux journal télévisé de 20 heures, après cependant des interviews fleuves à deux grand magazines (un allemand et un français). Rien de tel pour s’adresser aux citoyens (et électeurs). Ben tiens… ce n’est pas pour rien qu’on a inventé la notion de « mass médias » ! On appelle la presse, quand on se rend finalement compte qu’on en a réellement besoin. Du reste, le président ne peut pas se plaindre de l’aide des journalistes dans son élection, difficilement réfutable. Il en était carrément le chouchou, dans une campagne que personne n’oubliera. Il faut dire que la presse française a une manière très particulière de traiter son Président. Ça a commencé avec Mitterrand, ce ne fut pas mieux sous Chirac, ça s’est totalement emballé au temps de Sarkozy et on atteint des sommets avec Macron : les journalistes hexagonaux adorent détruire ce qu’ils ont construit et ça commence en général dès le lendemain d’une l’élection ! Pour Emmanuel Macron ce fut le soir-même, puisque la presse a décrété recta que son discours de victoire au Louvres était Napoléonien, puis Jupitérien… Depuis ce jour, rien de ce qu’il fait ou dit n’est bon, tout est ridiculisé, sorti de son contexte, examiné par des « spécialistes » qui sont plutôt spéciaux voire spécieux (qui est de nature à induire en erreur, qui n’a qu’une apparence de vérité) … On peut comprendre qu’Emmanuel Macron ne les porte pas dans son cœur. Il faut donc espérer, pour les français, que les deux parties finiront par s’entendre (et s’écouter). Ce serait tout de même mieux que d’en prendre pour cinq ans de dialogues de sourds…

Mélenchon veut lancer sa propre chaîne de télévision…

Fallait-il jouer les étonnés quand Jean-Luc Mélenchon, grand Manitou de la France Insoumise, a annoncé sa décision de lancer sa chaîne de télévision ? Il a fait la démonstration de sa puissance sur Youtube, où il a atteint rapidement des sommets de popularité. Pourtant au fil des semaines et des mois, il est de moins en moins audible. Sans doute ne le doit-il qu’à lui-même… Entre ses moments de cinéma politique, ses coups de communications, ses appels à la révolution, ses échecs de mobilisation massive dans les rues et ses pirouettes et autres digressions sur le fond, il est loin de l’enthousiasme qu’avait soulevé sa campagne présidentielle. Alors, de temps en temps, quand il faut taper du pied au fond de la piscine, il appelle quand même un magazine ou accepte une invitation au JT d’une grande chaîne. Et là, on l’a même vu porter costume-cravate et avoir un langage calme. Lorsqu’il a débattu avec Edouard Philippe dans un émission prime time, on aurait dit que les deux rivaux prenaient le thé. Tout cela est si peu Mélenchonnesque ! Du coup, il veut récupérer la maîtrise de son image et décide rien moins que de lancer sa chaîne de télévision ! Il choisit une journaliste comme rédactrice en chef, annonce un média citoyen et pluraliste, ce que personne ne croit une seconde, mais surtout oublie quelques points de « détail ». Primo, pour créer une chaîne de télévision, il faut un énorme budget. Même le bon million et demi qu’il possède à titre privé (on est du peuple ou on ne l’est pas), ne lui suffirait pas. Secundo, il faut obtenir un agrément et un canal (je vous passe les mille et une obligations à remplir), mais il y a surtout un tertio… Et c’est là qu’il n’y a que peu de chances, pour ne pas dire aucune, que ladite chaîne franchisse le cap : il faut respecter des règles absolues, nommées objectivité et pluralité ! Question objectivité et en regard des discours, coups d’éclats et insultes fleuries que distribue allègrement le chef de la France Insoumise, on peut légitimement penser qu’il n’y arrivera pas, même si la meilleure volonté du monde l’animait. C’est sa nature de révolutionnaire qui veut ça et on lui en voudrait de l’oublier. Et puis, surtout… une chaîne de télévision reconnue doit respecter les règles du CSA (Contrôle Supérieur de l’Audiovisuel), qui lui imposent de réserver des temps d’antenne équivalents et strictement égaux à toutes les formations politiques, de quelque bord qu’elles soient. Et cela, c’est tout simplement impossible… Il faudra donc bien que Jean-Luc Mélenchon accepte un jour que notre métier demeure parmi les professions vivantes et nobles à nos yeux, quand elle est pratiquée avec honneur.

En conclusion, être journaliste aujourd’hui n’est pas toujours simple. Entre les dictatures (parfois proches de nous) qui arrêtent ou assassinent leur presse d’opposition, les chefs d’états alcooliques qui brandissent des armes factices en conférence de presse, les politiciens qui veulent parler au citoyen mais sans médias et le public qui accuse la presse de tous les maux (ça va de vendus à crapules, de manipulateurs à quatrième pouvoir ou encore de gauchistes à fascistes) … ce n’est pas tous les jours facile. Mais à côté de cela, journaliste reste un des plus beaux métiers, car il informe, partage, prévient, stimule, défend des valeurs, des personnes, des causes… relaie ce qu’il y a de meilleur dans l’Homme (et le pire, parce qu’il le doit). Alors, au moment de mettre le point final à cet article, je me dis que je suis définitivement fait pour ça et pas pour devenir… cuisinier ! Ce que j’aurais pas mal aimé non plus, d’ailleurs.

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