Beaucoup accusent ces derniers jours l’Union Européenne et la Commission, de ne pas réagir franchement à la crise qui secoue violemment la région espagnole autonome de Catalogne. Ceux-là lui reprochent également de ne pas intervenir ou proposer une médiation active entre les indépendantistes et le pouvoir central de Madrid. Mais pour être franc, comment ferait-elle ? Elle ne peut se poser en médiatrice, l’Espagne étant un état souverain, démocratique et qui plus est membre de l’Union. L’Europe pourrait donc difficilement se poser en juge et partie à la fois, puisque l’intégrité des territoires et garantie dans le club des 28 et qu’il ne peut en aucun cas intervenir dans les affaires internes d’un état souverain. Casse-tête à l’espagnole ou à la catalane…

De images que personne ne voulait voir et… qui ont mis le feu aux poudres.

Clic ìnfos - Catalogne

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C’est très clairement ce dimanche premier octobre 2017 que tout a basculé. On se demande d’ailleurs comment il est possible que le gouvernement de Mariano Rajoy ait commis la terrible erreur d’envoyer sa police contre la population. Même si personne ne peut ignorer (sur le papier) le caractère illégal du referendum, la pire des choses était de confronter dans la violence la police nationale au peuple catalan ! A la veille du jour « J », tout le monde sentait la tension monter, mais sans doute que personne n’avait prédit la violence de la réaction des forces de l’ordre. On se disait : « ça va aller, ce sera chaud, mais il n’y aura pas de charge… et ensuite, ils devront bien se remettre à table, pour négocier ». C’est sans doute le cas de beaucoup d’entre nous et nous avons tous été profondément choqués par les images de personnes âgées battues et en sang, de jeunes électeurs jetés dans les escaliers les uns sur les autres, de coups de matraques et de blessures par balles en caoutchouc… Madrid a sans doute commis l’irréparable et les reportages violents ont vite fait le tour du monde. Tous les médias se sont étonnés, puis révoltés contre cette hargne, qui semblait disproportionnée. Nous ne nous permettrions pas de conseiller le gouvernement espagnol, mais il est probable que les charges de la police, qui ont entraîné à leur tour des réactions tout aussi violentes des manifestants, ont été la pire décision de Madrid. Même si la police a la possibilité (certains diront l’obligation) de ramener « l’ordre constitutionnel » dans un état de droit … agir comme il l’a fait, était pour Mariano Rajoy la garantie instantanée de perdre la guerre des images. Et là était bel et bien le véritable enjeu ! Personne n’a cru une seconde que lundi, la Catalogne serait purement et simplement indépendante et toute personne de bonne foi savait qu’il s’agissait d’un bras de fer, destiné à pousser l’autre à reprendre les négociations, certes en position plus favorable pour le celui qui serait resté le plus digne.

Le Roi Felipe VI s’adresse à la nation et « oublie les centaines de blessés.

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En Espagne, le Roi est garant des libertés et de la sécurité des citoyens. C’est le « sage » de la nation et quand le Palais Royal a annoncé son discours télévisé, tous s’attendaient à ce qu’il calme les choses et ramène un peu de sérénité dans une crise qui dure depuis des années. C’était le moment ou jamais… Beaucoup pensaient entendre la voix de la sagesse et, contre tous les usages, le Roi a tenu un langage froid, tranchant et accusateur vis-à-vis des autorités catalanes. S’il n’a jamais cité le nom du Président Carles Puidgemont, il n’a pas non plus évoqué les centaines de citoyens victimes des violences de la police nationale. Quelques paroles de compassion auraient sans doute suffi, sinon à ramener le calme, à lui conserver le respect du peuple catalan. Et là, c’est raté ! Tout le monde s’étonne de la teneur politique des propos royaux, accusant la Catalogne de sédition, de trahison et de mise en danger de la région autonome, mais aussi de l’équilibre de l’Espagne entière. Certes, on comprend que la monarchie soit inquiète au souvenir de la tentative de coup d’État en 1981, mais personne ne s’attendait à un Roi si véhément. En catalogne, ce discours a été très mal perçu et le souverain a perdu auprès de beaucoup cette place particulière et « au-dessus de la mêlée », dont il disposait dans le cœur de nombreux catalans. C’est sans doute la deuxième défaite de Mariano Rajoy et le second point marqué par le Président Puidgemont : la perte d’autorité morale du Roi. Les anti indépendance ont marqué leur terrible déception de voir le souverain ignorer les violences policières et les indépendantistes se sont félicités d’une « preuve supplémentaire » du mépris que l’Espagne aurait pour leur peuple. L’appel du Président régional à une médiation internationale lui donne l’image du seul des protagonistes qui chercherait une solution négociée, tandis que Madrid est aux yeux du monde celle qui demeure intransigeante. Question image, ce n’est pas terrible non plus pour le pouvoir central, qui avait l’occasion de regretter au moins la violence de ses forces de l’ordre. C’eut sans doute été suffisant pour ramener un minimum de sérénité dans cette terrible partie d’échecs, qui revêt une terrible importance pour l’avenir de l’Espagne et de la Catalogne.

Chacun campe sur ses positions… que peut-il se passer maintenant ?

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Comme depuis dimanche Madrid et Barcelone restent sur leurs positions, que peut-il se passer à présent ? Si on est un peu réaliste, l’indépendance de la région ne peut être légalement proclamée, ni même acceptée par les nations européennes. C’est un fait… La Constitution espagnole ne le permet pas et elle ne peut être remise en cause, du seul fait de la seule volonté d’indépendance d’une région. D’autre part et si, comme Carles Puidgemont le laisse entendre, la Catalogne proclame ce week-end ou lundi son indépendance, il n’ignore pas que cela n’aura qu’un effet théâtral et en aucun cas légal. C’est donc la poursuite de la partie d’échec et de la guerre d’images, qui ne rapportera sans doute rien à personne. Par contre, une déclaration d’indépendance symbolique pourrait bien raviver les velléités indépendantistes d’autres régions en Europe. On pense à la Région Flamande en Belgique, à l’Écosse, la Vénétie et la Lombardie en Italie, les Îles Féroé que se disputent l’Islande et le Royaume-Uni, ou encore la Corse, qui brûle d’impatience depuis longtemps. C’est donc une grande responsabilité qui pèse sur les épaules des autorités de Catalogne. Cela explique aussi pourquoi l’Europe, même si elle a officiellement condamné les violences policières, ne peut en aucun cas servir de médiatrice dans ce conflit. Lorsque le Président Puidgemont affirme qu’il a reçu plusieurs propositions de médiations et que Madrid les a toutes refusées, il sous-entend évidemment que l’Union aurait proposé ses services, ce qui semble très peu probable. D’aucuns pensent même aux Nations-Unies, mais elles non plus ne pourront se permettre d’intervenir. En fait aucune institution internationale, basée sur le droit et le respect de l’intégrité des frontières et États, ne pourrait jouer ce rôle. On ne voit donc pas qui pourrait prendre cette tâche en charge, même si les appels se multiplient. Lundi prochain, le Parlement catalan avait programmé une séance plénière pour débattre des résultats du referendum interdit de dimanche dernier et on vient d’apprendre que la Justice Espagnole, à la demande du Parti Socialiste Catalan, l’a purement et simplement annulée… La tension ne va pas diminuer et tout le monde se demande jusqu’à quelles limites indépendantistes et pourvoir central pousseront le bras de fer, alors que tout le monde sait qu’il n’y a qu’une issue possible : reprendre le dialogue politique, certains diront diplomatique.

Il est donc fort probable que cette guerre éclair n’aura que peu de résultats. Pour moult raisons, l’indépendance de la Catalogne n’est pas crédible ou pas pour demain, que ce soit économiquement ou bien politiquement. De même, il est inconcevable que Madrid demeure indéfiniment sur ses positions ou qu’elle prive la Catalogne de son autonomie démocratiquement et légalement acquise, voire envahisse la région et y envoie ses troupes… Les deux parties sont donc clairement condamnées à se remettre à table, après un combat de coqs qui n’aura servi qu’à faire des centaines de blessés, à donner une très mauvaise image des uns et des autres et dévoilé au monde entier la crise la plus profonde, depuis le retour de la démocratie en Espagne et la chute de Franco. Comme dirait l’autre : « tout ça… pour ça », c’est bien triste.

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