Et voilà… on est bien avancés ! Au lendemain d’élections démocratiques et incontestables cette fois, la région (toujours espagnole) se réveille comme groggy par une grosse gueule de bois. Certes, les trois partis indépendantistes réunis ont emporté la majorité absolue au parlement régional grâce à des bizarreries électorales… mais la population a assez largement voté pour l’unité de l’Espagne (52% quand même contre 47,6 aux indépendantistes). Troublant et certainement pas gage de relations tranquilles dans les prochains jours, entre les responsables des différentes composantes du paysage politique local. Et puis, Mariano Rajoy est clairement giflé par les résultats, légitimés par une participation historique de plus de 80% des électeurs appelés aux urnes. Un échec cuisant pour celui que le président destitué Carles Puigdemont a proposé de rencontrer, où que ce soit en Europe sauf en Espagne, pour « des raisons évidentes ».

Si tout le monde espérait que la situation en Catalogne serait clarifiée par les résultats d’une élection qui a manifestement largement mobilisé la population de la région, nous en sommes pour nos frais ! En effet, rien n’est plus clair ni serein qu’à la veille du scrutin et la région est encore plus profondément divisée et blessée. Le refus catégorique du premier ministre espagnol de répondre à la proposition de rencontre de Carles Puigdemont, va sans doute rajouter de l’huile sur le feu. Rajoy n’a pas tiré les leçons de son échec et semble mépriser le résultat des élections qu’il a lui-même convoquées ! C’est assez surprenant, d’autant qu’il semble estimer que cela n’a aucun impact sur l’article 155 de la constitution, permettant de mettre la Catalogne sous tutelle (…). On se demande vraiment ce que réserve demain et ce qu’il va faire concernant cette tutelle… il a par ailleurs déclaré, en refusant l’invitation de l’ex président catalan, que ce n’était que face à Inès Arrimadas, tête de liste du parti anti-indépendance Ciudadanos (qui a remporté le plus de sièges au parlement catalan), qu’il devrait s’asseoir. Il semble donc avoir décidé de ne pas jouer la carte de l’apaisement et d’avoir clairement choisi l’affrontement. Étonnant et surtout inquiétant…

Puigdemont propose de rencontrer Rajoy… quelque part en Europe, hors Espagne. Celui-ci refuse catégoriquement !


Au lendemain des élections convoquées par le gouvernement de Madrid, la situation semble plus bloquée que jamais en Catalogne. Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy espérait que le résultat renverserait la vapeur et que les indépendantistes mordraient la poussière des urnes. C’est plutôt raté, grâce à des règles électorales qui privilégient les régions rurales, où les indépendantistes sont plutôt dominants. Alors qu’au final la population a voté à 4% d’avance pour les unionistes en termes de voix exprimées, ce sont bel et bien les séparatistes qui remportent à nouveau la majorité absolue au parlement régional. Pourtant elle ne sera pas confortable, puisqu’ils n’occuperont que 70 sièges sur 135. Il suffirait donc d’une petite crise identitaire ou d’un mouvement d’humeur de quelques députés nationalistes, pour faire tout basculer. Dans un pays ou une région sereine, on dirait à tout le moins que c’est une situation délicate… mais que dire alors dans le cas de la Catalogne ? Globalement, la voilà à nouveau divisée en deux blocs quasi égaux et la sérénité ne semble pas près d’y revenir, d’autant que Mariano Rajoy est triplement perdant, ce qui ne va sans doute pas le pousser à la mansuétude ni à la bonne humeur. Il comptait en effet sur la forte participation pour privilégier les camps des unionistes… raté ! Il pensait humilier Carles Puigdemont et son ex gouvernement (destitué)… raté ! Et enfin, il espérait bien voir son parti gagner des voix et au contraire, il a perdu de nombreux sièges et ne pourra même pas constituer de groupe parlementaire… Caramba, encore raté ! Mais l’ancien (et peut-être futur) président catalan a pris tout le monde de court, en invitant dès le lendemain du scrutin le Premier espagnol à une rencontre. Il s’est dit prêt à ce qu’elle se déroule où que ce soit en Europe, sauf en Espagne. Étant sous le coup d’un mandat d’arrêt pour sédition, trahison, détournement de fonds et autres griefs, on peut comprendre qu’il ne veuille pas rentrer au pays tant qu’il n’aura pas reçu quelques assurances. Mais on a rapidement appris que le premier ministre espagnol refusait catégoriquement cette rencontre, jouant manifestement la carte de l’affrontement. Car, très clairement, que pourrait bien attirer ce refus, si ce n’est de probables manifestations, avec toute la violence qui pourrait découler d’une confrontation avec les forces de l’ordre espagnol. Cela rappelle de bien mauvais souvenirs de l’automne dernier… et c’est très inquiétant, il faut le reconnaître. Mariano Rajoy semble donc avoir décidé de jouer sa tête sur la scène catalane, ce qui pourrait bien ressembler à un véritable suicide politique.

Madrid ne dirige plus le jeu… mais reste le maître du temps.

En tout cas et quoiqu’il décide désormais, Rajoy a clairement perdu son pari et les résultats étant cette fois incontestables et plus que légitimés par un taux de participation carrément soviétique, Madrid n’a plus vraiment la main politiquement. Aux yeux du reste de l’Europe et du Monde, le premier ministre espagnol sort clairement affaibli de cette bataille. Si l’Union Européenne a déjà fait savoir que les résultats de l’élection ne changeaient rien à sa position de soutien envers l’Espagne, l’image de Rajoy s’en trouve largement écornée. De plus, Puigdemont ayant pris l’initiative de l’inviter depuis Bruxelles dès le lendemain du vote, c’est bien lui qui semble désormais donner le tempo. Oui, mais… Il va falloir que les partis séparatistes s’entendent sur la formation d’un gouvernement, la mise en place d’une politique et la nomination d’un Président, le même ou pas. Cela risque de prendre du temps et c’est Madrid qui doit dissoudre le parlement actuel et convoquer le nouveau… Si les indépendantistes ne s’entendent pas et que Rajoy arrive à trouver quelques moyens de bloquer un peu les choses ou de les faire traîner, il pourrait encore rebattre les cartes. Cela paraît difficile, mais la date butoir est en avril 2018, date à laquelle devront être convoquées de nouvelles élections, si la situation n’est pas réglée. Imaginez un peu… on dit souvent : jamais deux sans trois. Mais il n’est pas certain que les citoyens catalans apprécient, cette fois. Peut-être que le premier ministre espagnol ferait mieux de tenter de jouer l’apaisement, mais on semble fort loin de cette hypothèse depuis son violent rejet de la proposition de rencontre avec Puigdemont. Il deviendra sans doute difficile dans les prochains jours, même à ses alliés et partisans, de le soutenir dans son attitude belliqueuse, alors que des élections dûment convoquées de sa propre initiative ont clairement parlé… Il se pose de plus en plus en perdant aigri.

En clair, la Catalogne sort de ces élections encore plus fractionnée et blessée ! La population reste profondément divisée quant à la nécessité de rester au cœur de l’Espagne ou de la quitter. Cela ne va sans doute pas améliorer la situation économique de la région, alors que les entreprises la quittent en masse et que les touristes commencent à annuler de nombreuses réservations, face à l’instabilité politique. Ils craignent sans doute des incidents qui, s’ils sont improbables, n’en restent pas moins possibles. Il en faudrait beaucoup pour que les citoyens catalans s’affrontent physiquement, mais leur patience a sans doute des limites et il faudrait que les deux parties s’en rendent compte, se mettent sérieusement à table et profitent pourquoi pas de la période des fêtes de Noël, pour faire appel à un… miracle.

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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