Cette fois, la Catalogne a déclaré son indépendance… enfin c’est ce qui se dit, car si on décrypte les mots, ce n’est pas si évident que ça. C’est un peu le fil d’Ariane de ce psychodrame entre la région (ex) autonome et le Royaume d’Espagne : l’imprécision. On a le sentiment que depuis des semaines, Carles Puigdemont refuse de se comporter en réel leader. Souvent, il décide de… ne rien décider. Rappelons-nous l’indépendance qu’il a déclarée et aussi vite suspendue, « pour donner une chance à la négociation ». Le dernier exemple en date est sa « décision » de ne pas déclarer l’indépendance de la Catalogne en tant que président élu, mais de laisser le Parlement à majorité séparatiste décider de ce qu’il y avait « lieu de faire », face à la décision de Madrid d’enclencher l’article 155 de la Constitution espagnole.

Pour faire simple, quelle est la situation légale actuelle ?

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Le président catalan désormais destitué a déclaré que la décision de Madrid d’enclencher le fameux article 155, permettant à l’État de reprendre en main la gestion d’une région autonome, était « la pire attaque contre la démocratie, depuis la dictature de Franco ». Mais, quelle est la situation purement légale aujourd’hui, pour faire simple ? La Catalogne est une région autonome du pays (comme d’autres, dont la Galice par exemple). Elle fait partie intégrante du Royaume, mais bénéficie d’une large autonomie qui comprend de nombreuses compétences. Un parlement y est élu (actuellement, indépendantiste en majorité), ainsi qu’un Président qui la représente et la gouverne aux yeux de l’Espagne comme du monde. L’Espagne est un État souverain, dont l’intégrité des frontières est garantie par tous les traités internationaux et membre de l’Union Européenne depuis 1986. C’est une monarchie dotée d’une constitution, de ses codes pénal et civil, avec tous les droits de se régir et se gouverner souverainement, sans qu’un pays tiers ne puisse s’y ingérer de quelque manière. La large autonomie dont bénéficient les régions ne leur donne pas pour autant le droit de se séparer unilatéralement de la nation. C’est pourtant ce qu’a fait la Catalogne… et de là, le mélodrame incroyable auquel l’Europe et le monde assistent impuissants, puisqu’ils ne peuvent intervenir dans les affaires internes de l’Espagne. Aucune nation n’a reconnu la république autoproclamée et toutes ont confirmé que leur seul interlocuteur était toujours le gouvernement dirigé par Mariano Rajoy.

Une forte identité et un peuple profondément divisé, au moins sur la manière. 

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L’Espagne est dans une situation inédite depuis son retour à la démocratie en 1975, après plus de trente-cinq ans de dictature franquiste. Au fil des siècles, la Catalogne fut rattachée à plusieurs nations, est passée d’une couronne a l’autre, puis devenue un état indépendant et enfin a été rattachée à l’Espagne. Sans doute cette histoire tourmentée est-elle en partie à l’origine de la profonde identité de son peuple et les catalans ont toujours été fiers, conquérants, entreprenants… La Catalogne représente quasi 20% des richesses du pays tout entier et elle est donc de fait une région de première importance. C’est tout l’enjeu du face à face auquel nous assistons : la richesse ! Il est évident que l’Espagne aurait beaucoup à perdre en perdant la Catalogne et c’est pour cette raison que Mariano Rajoy est inflexible depuis le début de la crise et que le Roi, passant outre sa neutralité, a clairement condamné les séparatistes. Mais qui peut le blâmer, alors qu’il s’agirait de perdre une partie vitale du pays sur lequel il règne ? Le vrai problème des indépendantistes est leur total manque de reconnaissance. Comment Carles Puigdemont a-t-il pu croire un instant (s’il y a vraiment cru) que la Catalogne serait reconnue comme état indépendant à l’étranger ? Encore une fois, l’Espagne est membre de l’Union Européenne et de l’ONU, dans toute son intégrité. Le pari était donc vraiment fou… C’est sans doute la raison qui a poussé le Président Catalan à ne jamais prendre la moindre décision radicale et effective. Il s’est à chaque fois retranché derrière le fait de « laisser une chance à la négociation » et finalement dans le giron du parlement, le laissant réagir officiellement à l’activation de l’article 155. Les députés ont voté, mais les constitutionnalistes semblent accréditer la thèse selon laquelle ils n’ont pas clairement déclaré l’indépendance. C’est un peu le résumé de cette crise… l’imprécision, un pouvoir régional frileux sachant parfaitement ce qu’il a à perdre d’une sécession complète et sous la pression constante de ses composantes politiques les plus extrêmes. Nombreux sont aussi les citoyens qui ne veulent pas d’une séparation, ce qu’on a finalement peu rappelé ces temps-ci, embarqués sans doute par le « romantisme » rare de la situation.

Les indépendantistes pourraient perdre les élections du 21 décembre. 

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Hier dimanche, ils étaient 300.000 selon les autorités de Barcelone et plus d’un million pour les organisateurs… à revendiquer dans les rues leur attachement à l’Espagne. Si le référendum d’octobre avait profondément marqué les esprits, c’était surtout suite aux violences policières réprimant des électeurs venus s’exprimer. Ce qu’on a peu souligné est que ce scrutin, jugé illégal par Madrid, n’a réuni qu’un peu plus de 40% des électeurs catalans. Dans toute démocratie, il aurait été jugé non conforme, ne réunissant même pas une moitié de la population. Mais Carles Puigdemont n’a jamais voulu accepter cette critique, privant ainsi de parole les presque 60% de catalans qui ne se sont pas exprimés. On s’est demandé pourquoi les unionistes n’étaient pas allés voter… mais ils disent ne pas avoir osé, parce qu’on ne voyait que les indépendantistes. La peur aurait donc provoqué cette fuite des urnes… Désormais, ceux qui veulent rester dans le sein de l’Espagne demandent des élections calmes, légales et surtout une campagne électorale « idées contre idées ». C’est d’ailleurs ce que Mariano Rajoy a décidé finement, au travers du scrutin qu’il convoque le 21 décembre. Mais l’élection sera-t-elle sereine ? Le peuple est si profondément divisé, que ce n’est pas gagné d’avance… D’ailleurs, selon les sondages réalisés juste avant « l’indépendance », les partis séparatistes pourraient bien perdre la majorité parlementaire, ne récoltant que 42,5% des intentions de vote, contre 54,5% aux unionistes. Cela rebattrait évidemment les cartes de manière très profonde et serait un terrible échec pour Carles Puigdemont et les siens. Ils obtiendraient tout le contraire de ce qu’ils recherchaient. Mais avec plus de 1.500 grandes entreprises ayant déjà décidé de déloger leurs sièges hors de Catalogne, la population mesure désormais le risque que représente un saut dans l’inconnu. Un échec aux élections ne signifierait pas la fin de l’esprit indépendantiste, mais montrerait que la majorité du peuple catalan ne veut pas d’une séparation abrupte d’avec l’Etat Espagnol. Aujourd’hui il semble que les fidèles à l’Espagne n’hésitent plus à s’exprimer et il est probable que les indépendantistes ne s’attendaient pas à ce qu’ils soient si nombreux, alors qu’eux prétendent depuis de mois bénéficier d’un soutien largement majoritaire dans la population.

Il reste maintenant à savoir comment Mariano Rajoy va gérer la crise dans les prochains jours. Va-t-il décider d’arrêter Puigdemont et ses ministres ou jouer l’apaisement, sur ce point ? Les fonctionnaires, appelés à la désobéissance pacifique par le gouvernement catalan déchu, refuseront-ils de faire leur travail ? Les hommes de l’ordre catalanes accepteront-elles de se mettre sous les ordres de la police nationale ? Si personne n’imagine un instant une guerre civile il y a bien une sourde inquiétude, tant dans la population que dans toute l’Europe. Le monde retient sa respiration et dans les prochains jours, deux hommes devront montrer qu’ils ont le sens de l’Histoire et de la mesure : Carles Puigdemont et Mariano Rajoy. Une seule chose est certaine : tous devront (ré)apprendre à vivre ensemble… le tout est de voir sous quelle forme et avec quelle sorte de rapports.

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