La rumeur courait depuis hier, c’était une véritable poursuite au suspense insoutenable, digne de la crise catalane qui s’est transformée depuis quelques semaines en très mauvais mélodrame. Carles Puigdemont serait à Bruxelles ! Eh bien oui, il y est… et pas un peu ! Il a donné ce midi une conférence de presse où il s’est expliqué, ou plutôt a tenté de s’expliquer. Il y patine en parlant, ne regarde pas les gens dans les yeux, se pose en victime, transforme l’Espagne en république bananière et semble oublier qu’il est, à tout le moins, l’un des déclencheurs de la pire crise constitutionnelle qu’ait connu un pays de l’Union Européenne…

Il n’est pas à Bruxelles pour fuir la Justice espagnole, mais…

Clic Infos - Carles Puigdemont à Bruxelles

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On pouvait espérer du spectaculaire, une déclaration courageuse et fracassante, mais nous en fûmes pour nos frais ! Carles Puigdemont, dirigeant d’échu d’une région autonome espagnole et Président affirmé d’une République de Catalogne autoproclamée, était mitraillé par les flashes à son arrivée. Il s’exprime en trois langues « pour éviter qu’on le comprenne mal » … catalan, espagnol et français, allez comprendre pourquoi. Durant une demi-heure environ, il parle donc. Entre tentative de justification, appel à la résistance et remerciements aux catalans qui eux résistent sur place et accusations tous azimuts contre l’Espagne, qui n’aurait eu de cesse d’agir illégalement, coupable de violences terribles à l’encontre de son peuple… Puigdemont se dédouane. Tout est de la faute de Madrid qui refuse le dialogue et à présent il risque une lourde peine de prison, au même titre que ses principaux ministres et ça… il ne comprend pas. Il ne se sent plus en sécurité à Barcelone et a décidé de venir à Bruxelles pour pouvoir agir plus efficacement, au cœur des institutions européennes. Il précise qu’il n’est pas venu « en Belgique », mais expressément « à Bruxelles » … « la Belgique n’a rien à voir avec tout cela ». On peut légitimement se demander s’il a mesuré la tempête politique que va déclencher sa présence dans la capitale de l’Europe. À moins évidemment, qu’il y ait eu une légère préparation de cet épisode dramatique avec ses amis de la NVA, qui le soutiennent ouvertement. Mais non, nous n’allons pas penser cela, non, pas du tout… Toujours est-il qu’on attend à présent les réactions politiques belgo-belges à la présence de ce visiteur encombrant, pour ne pas dire empoisonnant. Voilà le gouvernement de Charles Michel dans de beaux draps, surtout flanqué d’un secrétaire d’État NVA qui a quasi proposé dimanche au président catalan déchu, le droit d’Asile. Entre maintenant et le déclenchement d’un grave incident diplomatique belgo espagnol, on ne peut sans doute que compter les heures voire les jours.

Qu’est-ce qui est logique dans le langage de Puigdemont ?

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On imagine que les citoyens catalans sont perplexes et sans doute pour les plus indépendantistes d’entre eux déçus, pour ne pas dire interloqués : leur Président a quitté la Catalogne, les laissant seuls face à Madrid ! Et on peut les comprendre, puisqu’hier matin encore le parti de Monsieur Puigdemont appelait à résister pacifiquement et affirmait qu’il participerait aux élections du 21 décembre, convoquées par Madrid. Pendant ce temps, le Président était en route pour Bruxelles… Durant sa conférence de presse, il n’a cessé de marteler qu’il avait toujours privilégié le dialogue, mais que l’Espagne s’était murée dans le refus. Faut-il rappeler qu’elle est un pays membre de l’Union Européenne, intègre dans ses frontières… à l’intérieur desquelles se situe entre autres, une superbe et riche région nommée Catalogne ? S’il refuse de respecter les lois espagnoles, dans un combat où il n’a jamais ouvertement choisi de prendre position avec force, le Président de la République autoproclamée ne crache en tout cas pas sur son passeport, qui lui assure de pouvoir circuler librement, dans cette Union qu’il appelle à prendre position ! Mais ignore-t-il vraiment que les 28 se doivent un soutien absolu, qu’on appelle la solidarité entre états membres ? Il est donc évident que l’U.E ne prendra pas position contre un des siens ayant des lois qui, qu’on le veuille ou non, n’ont pas été respectées par Monsieur Puigdemont. Elle ne servira pas non plus d’arbitre, puisque ce serait reconnaître de facto les indépendantistes comme interlocuteur officiel. Mais tout cela, le président déchu ne l’ignore pas, c’est certain… Il affirme aussi ne pas vouloir fuir la Justice Espagnole, mais lui dicte ses propres conditions. Quand un journaliste de la BBC lui demande à quelles conditions il retournerait en Catalogne, il répond : « quand je serai assuré d’y être en sécurité » … encore une réponse pour le moins vague, qui ne veut pas dire grand-chose. Entretemps, aux yeux du monde et de ses concitoyens, il a bel et bien pris la fuite. Il a choisi un avocat spécialisé en droits de l’homme et extraditions, mais n’envisage pas du tout de demander l’asile à la Belgique… étonnant aussi. En fait son langage est, comme depuis plusieurs semaines, celui d’un homme qui semble dépassé par les événements qu’il a lui-même provoqués. Au bout de la conférence de presse, nous n’avons pas vraiment compris quelle position il allait concrètement adopter … comme toujours, oserions-nous dire.

En conclusion, les deux punchlines que nous avons retenues et dont la première est passée finalement un peu inaperçue sont : « Il faut ralentir l’indépendance pour éviter les troubles » et « nous participerons aux élections du 21 décembre, mais je lance un défi, je pose une question au gouvernement Espagnol : nous respecterons le résultat des urnes, mais de votre côté garantissez-vous de les respecter aussi » ? On se demande donc deux choses… Comment ralentit-on un processus d’indépendance, sans y renoncer au moins momentanément, et comment participe-t-on à une élection à distance ? Il y a fort à parier qu’il n’y a pas que les réactions politiques en Belgique qui seront intéressantes à suivre (et sans doute houleuses) dans les prochaines heures, mais aussi celles de l’Espagne et surtout du peuple catalan…

À suivre…

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