Dimanche soir, tout le monde attendait une interview punch, intelligente, sans concession et riche, du Président français Emmanuel Macron. Il faut dire qu’il n’était pas en face de n’importe qui, mais des redoutés Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel ! Le mot « déception » ne serait pas assez fort, car nous avons assisté à un très mauvais show de la part de deux journalistes aigris, plein de préjugés, se comportant comme de vrais opposants politiques, irrespectueux et agressifs… Pas de cravate en présence du chef de l’état… d’accord. Ils voulaient, ont-ils affirmé lundi, se mettre sur un pied d’égalité avec leur invité (en cravate lui, of course). C’était plus un acte d’insoumis que de journaliste, mais enfin… Quant à donner au Président du « Emmanuel Macron » cent fois, sans la moindre considération dans la voix, le ton agacé et professoral, ce n’est manifestement passé auprès de personne ou presque. La haine farouche pour leur invité suait par tous les pores de la peau de Bourdin autant que de Plenel et leurs regards noirs en disaient long… Mais, l’ignorions-nous vraiment avant le générique ? Au bout du compte, celui qui aura marqué des points s’appelle Macron et ce n’était sans doute pas le but des vieux briscards… Tellement tournés vers leurs nombrils, ils ont même lancé une nouvelle tendance pour les interviews présidentielles, en réussissant (en plus de 2H30) à ne pas poser une seule question sur le chômage !

Des journalistes qui ne sont pas des perdreaux de l’année…

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas… Edwy Plenel, big boss de Mediapart, n’a jamais caché sa haine d’Emmanuel Macron et on savait que de ce côté, il ne fallait pas attendre la moindre concession, ce qui peut être intéressant dans le cadre d’un interview politique. Quant à Jean-Jacques Bourdin, personne n’ignore qu’il ne ménage pas ses invités et adore les passer au grill. Il a d’ailleurs toujours l’air d’y prendre un grand plaisir. Ce tandem face au chef de l’état, avait donc tout pour nous mettre l’eau à la bouche. Le président avait eu droit jeudi dernier au poli Jean-Pierre Pernaut (certains ont dit condescendant) et il avait donc choisi pour ce second acte deux professionnels sacrément expérimentés ! Bourdin (68 ans) a commencé à s’intéresser à la vie politique en participant en 1965 à la campagne du candidat de l’extrême droite Jean-Louis Tixier-Vignancour pour soutenir son père, grand partisan de l’Algérie française. Il sera journaliste sportif puis reporter, pour ensuite présenter les infos sur RTL. Il animera la première émission de libre antenne : les auditeurs ont la parole. En bisbille avec sa direction, il quitte la station en 2000 et entre un an plus tard à RMC, dont il anime les émissions matinales. Il cultive alors très soigneusement une image de journaliste indépendant, toujours du côté du peuple et contre les élites… Edwy Plenel (65 ans) se présente aussi depuis toujours comme un journaliste politique. Dans les années 70 il est trotskiste et travaille à Rouge, l’hebdo de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR). En 1980, il entre au Monde. Il dévoile plusieurs enquêtes sur la présidence de François Mitterrand et acquiert une image de journaliste libre et critique. En 2004 il démissionne suite à la parution de son livre La face cachée du Monde (2003), dans lequel il massacre le fonctionnement interne de son journal. Finalement, en 2008 il cofonde le site d’information et d’opinion Mediapart. Il prend alors part aux révélations tonitruantes des « affaires » dites Woertz-Bettencourt, Cahuzac, Aquilino Morelle et Sarkozy-Khadafi. Il participe aux Football leaks et aux Malta Files. Il est très proche de certaines personnalités musulmanes clivantes et n’a jamais caché sa détestation d’Emmanuel Macron depuis son accession au pouvoir, tout comme il voue une haine toute particulière à Nicolas Sarkozy dont il aurait juré la perte, un jour ou l’autre.

Une étrange notion du métier d’intervieweur politique…

Avec ces deux-là en face du Président de la République, cela aurait dû donner un interview serré, sérieux et sans concession. Oui, mais voilà… Être sans concession pour un invité ne veut pas dire se montrer irrespectueux, au point que de nombreux téléspectateurs (parmi lesquels de nombreux professionnels) ont trouvé le comportement des compères carrément insultant pour le chef de l’état ! Lui, avait l’air d’être dans son bain et semblait jubiler face à ce pugilat dont il s’est brillamment sorti, il faut le reconnaître. De nombreux journalistes étrangers ont été révoltés par la méthode de l’interview… et les deux journalistes ont déclaré hier en assurant le service après-vente : « toute la profession va nous tomber dessus et on le sait »… Qu’on soit pro ou anti Macron, il serait fort malhonnête de ne pas reconnaître sa très nette supériorité sur ses deux détracteurs (car c’était vraiment ça), grâce à sa précision, sa parfaite connaissance des dossiers et sa maîtrise de lui-même. C’est d’ailleurs la première fois qu’on le voyait (visiblement en tout cas) aussi à l’aise et calme dans l’exercice du débat. Car c’en était bien un, à partir du moment où Bourdin autant que Plenel se sont mis à asséner leurs propres opinions, de manière arrogante et surtout agressive. Pas un instant ils n’ont réussi à déstabiliser le locataire de l’Élysée, qui semblait de plus en plus à l’aise au fil des coups portés sans succès. Il suffisait d’observer le regard noir de Bourdin et l’atonie complète de Plenel une fois que le Président lui eut rappelé ses problèmes d’ordre fiscal après une lamentable tentative de mise en cause personnelle, pour se rendre compte de leur colère intérieure. On eut dit que la rage consumait les Dupond et Dupont… Ils m’ont d’ailleurs fait sourire, je l’avoue, quand ils ont abordé la problématique des retraites. À leur âge, il serait sans doute temps de céder la place à des jeunes journalistes talentueux et qui auront (on peut l’espérer) du respect pour leur propre métier. Notre carte de presse nous ouvre beaucoup de portes et surtout, nous protège dans l’exercice de notre profession… Mais elle ne nous donne en aucun cas le droit de jouer aux juges et nous oblige à respecter certaines règles de déontologie immuables, objectivement foulées au pied dimanche. En interview, nous sommes là pour interroger un invité sans nous inféoder à son action, mais sans nous y opposer aveuglément non plus. Nous devons évoquer toutes les opinions, lorsqu’elles sont multiples dans le cadre d’un dossier précis et n’avons en pas à promouvoir celle dont nous serions proches. Notre travail est de mettre l’invité face à ses éventuelles contradictions, sans tenter de le pousser dans les cordes de manière humiliante. Nous lui devons aussi le respect (tant pour lui ou elle-même, que pour sa fonction). Nous ne pouvons affirmer ce que nous n’avons pas recoupé au moins trois fois, qu’il s’agisse d’événements, de chiffres ou de documents. Mais surtout, nous ne sommes pas là pour faire la morale à la personne que nous interviewons et encore moins pour prendre la défense d’une partie de la population par rapport à sa position, sa richesse, sa pauvreté, sa religion ou toute autre différence. En bref… tout le contraire de l’émission de dimanche. Quand j’entendais Edwy Plenel mettre en cause la démocratie française, je me faisais une seule remarque : « tu as bien de la chance d’y être… en France » ! Dans de nombreux pays (y compris dirigés par certains de ses amis), il n’aurait pu prononcer un seul mot de ce qu’il a dit face à Emmanuel Macron, à l’encontre du chef de l’État…

Il m’arrive souvent ces derniers temps, de me demander pourquoi la profession de journaliste a tant perdu la cote dans le cœur des citoyens… J’ai suivi l’interview du Président Macron sur sa page Facebook et ai été très étonné par deux choses. La première fut le nombre de commentaires positifs et même d’encouragements, par rapport à celui des insultes et reproches. Je m’attendais, je l’avoue, au contraire… Ensuite, le nombre de critiques (et là encore d’insultes) envers les deux intervieweurs était incroyable ! L’image de notre profession a beaucoup souffert depuis que le « spectaculaire » est considéré comme plus important que le « fond » ou que les titres semblent souvent « mensongers » par rapport au contenu des articles ou reportages proposés. Le public est souvent déçu et il est probablement temps que nous nous souvenions que notre métier se pratique dans le respect de règles et de ce (ou ceux) dont nous parlons… Espérons que la génération qui arrive comprendra cela et remplacera avec avantage ceux qui s’accrochent à ce qu’ils croient encore être des privilèges et qui n’en sont pas ! Ramenons le journalisme au niveau qu’il mérite et nous serons à nouveau respectés… probablement.

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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