Si « le baiser » est bien le cliché le plus connu du photographe, célèbre lui aussi à travers le monde… c’est la toute première fois qu’il s’arrête dans la capitale européenne. Les expositions consacrées à la peinture sont pléthore, mais on en compte nettement moins qui se consacrent au passé récent de l’Art de la photographie et à ses artistes de légende. Robert Doisneau est de ceux-là et le Musée d’Ixelles a eu l’excellente idée d’organiser une superbe exposition du Maître, car c’en est un ! Un beau rendez-vous avec l’Histoire aussi, pour les amoureux de la photo et les nostalgiques du vingtième siècle…

Le Musée d’Ixelles propose donc une vraie rétrospective de Robert Doisneau et elle est magistrale. L’artiste français n’est pas seulement l’auteur du plus illustre et célèbre des baisers : celui de l’Hôtel de ville. Ce ne sont en effet pas moins de 150 clichés que l’exposition vous propose de découvrir, pour retrouver avec une certaine naïveté volontaire, la bonne humeur et les beautés du quotidien de la période d’après-guerre.

Trois approches distinctes pour une exposition finalement harmonieuse. 


Il est devenu assez courant que les expositions se divisent en univers, espaces ou segments, pour finalement suivre tout de même une sorte de fil d’Ariane. C’est encore le cas ici et c’est très bien comme ça. L’exposition d’Ixelles s’articule autour de trois axes : « Le Merveilleux quotidien des années 1930 à 1970 » (on oublie évidemment ce qualificatif pour la période de guerre) vous offre une traversée de l’œuvre d’un photographe qui se voulait « faux témoin » de son quotidien et de celui de ses semblables : il ne décrit donc pas le réel, mais en propose plutôt une lecture poétique (c’est presque du Magritte en photos). « Palm Springs 1960 » : est une belle et assez méconnue série de trente clichés en couleurs, réalisée pour le magazine américain Fortune. Alors que Doisneau privilégiait souvent le noir et blanc, cette collection traduit le regard amusé d’un « ethnologue » très improvisé, sur une population de retraités, bienheureux et joyeusement opulents. « Ateliers d’artistes » est la troisième étape de ce voyage au cœur de l’œuvre du photographe. Ce sont cinquante-cinq prises de vue, qui ont été réalisées entre 1945 et 1971 dans les ateliers d’artistes universellement connus. C’est une assez nouvelle et différente approche de Picasso, Braque, Utrillo, Giacometti, Brancusi ou César… En noir et blanc autant qu’en couleurs, célèbres ou encore rarement vus, ces rares tirages de Robert Doisneau n’ont pas fini de vous faire rêver !

L’Atelier Robert Doisneau… un véritable conservatoire vivant.

Comme souvent, les enfants d’artistes aiment à perpétuer leur mémoire et veillent jalousement sur la pérennité de l’œuvre globale de leur parent. L’Atelier Robert Doisneau est une structure qui se situe exactement dans cette lignée. Elle a été créée par Annette Doisneau et Francine Deroudille, les filles de celui qui est sans doute le plus connu des photographes français du 20ème siècle, pour assurer la conservation et la représentation de son œuvre. C’est à Montrouge, dans l’appartement où Robert Doisneau a travaillé sans discontinuer pendant plus de 50 ans, que l’Atelier a logiquement installé ses locaux. Aujourd’hui, c’est une gigantesque collection de 450.000 négatifs qui y est soigneusement et amoureusement archivée, numérotée, classée. Cette attention permet surtout de poursuivre la conception de nouvelles expositions ou encore de livres consacrés à l’artiste et à son travail. Il arrive même que ses filles retrouvent l’un ou l’autre reportage inédit et elles disent toutes deux que c’est à chaque fois un grand bonheur. Certains regretteront sans doute que l’Atelier ne soit pas ouvert au public, mais il propose heureusement un site Internet particulièrement vivant. Vous pourrez par exemple y retrouver chaque jour un nouveau cliché de Doisneau et découvrir ainsi des œuvres que vous ne connaissiez peut-être pas, un regard différent sur l’une ou l’autre époque… Vous pouvez aussi y « louer » des expositions. Si vous êtes responsable d’un lieu culturel ou d’une collectivité évidemment et si vous avez un réel projet. Vous pouvez y parcourir des portfolios thématiques, participer à un forum de question/réponses… Hier, la photo du jour était ce cliché en noir et blanc de Marguerite Duras, pris sur la terrasse du Petit Saint-Benoît en 1955. La mission que les filles de l’artiste se sont fixée est un vrai travail de conservation active et il est remarquable !

Pour les plus jeunes : qui était Robert Doisneau, témoin de son siècle ?

Il est compliqué de résumer la vie d’un artiste. Nous nous sommes donc servis des informations de Wikipédia, pour synthétiser celle de Robert Doisneau. Il est né en banlieue parisienne, dans une famille bourgeoise. Il étudie les Arts graphiques à L’École Estienne et obtient son diplôme de graveur-lithographe en 1929. Un an plus tard il est à l’Atelier Ullmann, comme photographe publicitaire. En 1931 il rencontre Pierrette Chaumaison, qu’il épouse trois ans plus tard. En 1932 il vend son premier reportage, diffusé dans l’Excelsior. Deux ans plus tard, Renault l’embauche comme photographe industriel, mais il est renvoyé après cinq ans, à cause de ses retards. Doisneau devient photographe illustrateur indépendant. Il rencontre peu avant la seconde guerre Charles Rado, fondateur de l’agence Rapho. Son premier reportage, consacré au canoë en Dordogne, est interrompu par la guerre. Après, il intègre officiellement, Rapho. C’est à cette époque que se manifeste l’influence réciproque qu’il entretiendra avec Jacques Henri Lartigue. Il fait de nombreux reportages, sur des sujets très variés : l’actualité parisienne, le Paris populaire, la province ou l’étranger (URSS, États-Unis, Yougoslavie…). Ils paraîtront dans Life, Paris Match, Réalités, Point de vue, Regards… Doisneau publiera une trentaine d’albums, dont La Banlieue de Paris (1949), sur des textes de Blaise Cendrars. Il travaillera pour Vogue de 48 à 53. Son talent est récompensé par le prix Kodak et le prix Niépce. En 1960, il expose au Musée d’art contemporain de Chicago. En 1975, il est l’invité d’honneur du festival des Rencontres d’Arles, qui lui consacre une exposition. Il recevra d’autres prix : celui du Livre des Rencontres d’Arles pour L’Enfant et la Colombe (1979) et pour Trois secondes d’éternité en 1980, le Grand Prix national de la photographie en 1983 et le prix Balzac en 1986. Le festival des Rencontres d’Arles présente alors une expo intitulée De Vogue à Femmes, Robert Doisneau. En 1992, il présente une rétrospective au Musée d’art moderne d’Oxford. Ce sera la dernière exposition organisée de son vivant. En 1994, Arles présentait Hommage à Robert Doisneau. Sa femme Pierrette meurt en 1993, alors qu’elle souffre de Parkinson et d’Alzheimer. L’artiste ne lui survivra que six mois et mourra le premier avril 1994, un mauvaise blague…

Les expositions comme celle d’Ixelles ne sont pas courantes. Alors, quand elles se présentent et si vous aimez la photographie… il faut vous précipiter et prévoir même une seconde visite. Souvent, elle apporte un autre regard ou complète celui qu’on a eu lors de la première. Un petit conseil : en route pour le Musée d’Ixelles !

Infos expo : www.museedixelles.irisnet.be
Atelier Doisneau (Paris) : www.robert-doisneau.com

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