Après le « G » des Gilets… voici donc le « H » des Haines Jaunes.

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Mais qu’arrive-t-il à la France, pays des droits de l’Homme, admiré dans le monde pour les lumières dont elle a inondé la civilisation et qui replonge dans des ténèbres qu’on croyait oubliées ? Loin de moi l’idée d’accuser tous les Gilets Jaunes d’homophobie, de racisme ou d’antisémitisme… mais il faut accepter d’analyser le phénomène social contemporain le plus important sans en faire une révolution populaire héroïque, romantique ou indépendante. Les Gilets Jaunes sont ce qu’ils sont : un courant politique minoritaire, qui souffre de désorganisation, pour ne pas dire de désunion. Des revendications légitimes jusqu’au fourre-tout idéologique, le mouvement se radicalise et coupe chaque tête qui dépasse. Plus de trois mois après, les Gilets pâlissent autant que le soutien populaire et il ne semble rester dans les rues que les plus radicaux. C’est aussi le premier mouvement au sein duquel on n’est révolutionnaire que le samedi. Au risque de déplaire, il faut dire enfin sans langue de bois que dans son sillage, il entraîne les pires perversions dont récemment et sans complexe l’antisémitisme… ce qui fait peur !

D’un mouvement légitime et soutenu, les Gilets Jaunes sont devenus radicaux et violents.

Une fois de plus, il n’est pas question d’accuser tous les Gilets Jaunes qui revendiquaient le retour à une démocratie plus participative, un pouvoir d’achat plus élevé, des taxes moins lourdes et finalement le droit de vivre dignement de leur travail. Une fois ceci rappelé, il faut aussi arrêter de jouer l’angélisme et de présenter le mouvement comme une révolution populaire et massivement soutenue, ce qui n’a jamais été vrai. Au sommet de leur « forme », les Gilets Jaunes étaient un peu moins de 300.000, ce qui fait moins d’un pourcent de la population majeure de l’Hexagone. Je sais, c’est désagréable à l’œil de certains, mais c’est la stricte vérité ! Faut-il rappeler que les obsèques de Johnny Halliday ont réuni un million de personnes ? Étant donnée la quasi absence d’opposition politique crédible au Président Macron, les médias se sont précipités sur les Gilets comme la misère sur le pauvre monde et ont monté le phénomène en épingle. Appelons un chat un chat : cela a été la plus grande manipulation de l’ère des médias de masse et je n’ai pas dit « complot ». Il n’y avait simplement pas grand-chose à se mettre sous la dent à part « l’affaire Benalla » et ce mouvement atypique et spontané (au début) représentait du pain béni pour nos confrères généralistes et les chaînes d’information en continu. Il y avait enfin quelque chose à raconter. Eh bien… on n’a plus eu droit qu’à ça depuis. On a bouffé du Gilet Jaune à toutes les sauces ! Reçus sur chaque plateau, ils étaient invités dans toutes les émissions et débats qu’on inventait au fur et à mesure que le mouvement prenait de l’ampleur. C’est là qu’ils se sont dévoilés, montrant une désorganisation revendiquée telle une fierté. Mais, aucun mouvement ne peut vivre sans structure ni leader… Pourtant, à chaque fois que l’un d’entre eux tente de prendre la parole au nom du mouvement, ledit mouvement lui coupe la tête ou en tout cas le menace (souvent de mort), le ridiculise aux yeux des médias qui donnent la parole aux autres et on a découvert que les Gilets Jaunes sont non seulement incapables de se structurer (malgré une vraie tentative à Commercy, il est vrai), mais surtout qu’ils sont totalement désunis sur le plan des envies, revendications, exigences, délires… appelez ça comme vous voudrez ! Du coup, plus personne ne comprend rien à rien et les manifestations du samedi deviennent de plus en plus violentes…

Les casseurs avaient bon dos, au début.

Au moment des premiers débordements, violences, incendies, boutiques et banques saccagées, péages incendiés, on a pensé que les casseurs avaient réussi à infiltrer les Gilets Jaunes comme à chaque fois que la possibilité se présente, pour casser du flic et hurler des slogans fascisants. Puis ce furent les insultes racistes et homophobes, les attaques contre les forces de l’ordre, le refus des grenades de désencerclement et des Lanceurs de Balles de Défense. Finalement, malgré les images d’une violence inouïe montrant des policiers quasi lynchés, on a vu mis en cause le droit des forces de l’ordre à se défendre ou à tenter de contenir les mouvements de foule, les violences des casseurs. Il fallait sans doute qu’ils se laissent faire… Personne ne nie qu’il soit horrible d’avoir une main arrachée par une grenade ou un œil détruit par une balle de caoutchouc… Mais, pardon de le rappeler, les flics ne visent pas volontairement les leaders d’un mouvement et à fortiori pas au visage. Ils tentent de maintenir l’ordre et de protéger personnes et biens ! Il est vrai qu’on a vu des bavures, des violences policières par-ci ou par-là… mais, rappelons que cela fait 15 semaines que les forces de l’ordre sont sur le pont chaque week-end. Depuis des semaines on prévient que ça risque d’entraîner accidents et drames, sans oublier les onze morts, conséquences des nerfs à vif aux barrages qui se dressaient partout en France il y a encore trois semaines. Les plus radicaux cherchent leur martyr et au fil des « actes » des Gilets Jaunes, à Paris comme dans des grandes villes de province, la violence a augmenté. On a vu des « leaders » ou « porte-parole » prendre des positions plus radicales, allant même jusqu’à rencontrer les dirigeants italiens ouvertement anti-Macron. On a entendu de nombreuses menaces de mort à l’encontre du chef de l’état et vu son effigie décapitée… On n’avait jamais vu autant d’élus menacés, attaqués jusqu’à leur domicile. Des préfectures ont été incendiées, le portail d’un ministère détruit par un engin de chantier. Bref, la violence s’est de plus en plus installée et les extrêmes, gauche et droite, se sont emparées des actions des Gilets Jaunes ! En même temps, le mouvement devenait de plus en plus ouvertement politique, allant jusqu’à créer des partis et des listes pour les élections européennes, aux antipodes de l’apolitisme qu’ils revendiquaient. Leurs ailes ont été coupées et les projets ont explosé. Leurs initiateurs vilipendés, menacés et même éjectés des défilés, comme Ingrid Levavasseur samedi. Ils manifestent désormais aux côtés de syndicats qui, ne sachant plus comment exister, ont vu là une belle opportunité de renaissance. Mais là aussi, les Gilets ont retourné leur veste et trahi leurs valeurs. Après avoir bénéficié d’un large soutien du peuple, ils sont devenus un mouvement dont il ne reste dans les rues que moins de 50.000 personnes… les plus radicalisées (au côté de quelques sincères encore). Beaucoup des manifestants fidèles aux revendications de base ont quitté les défilés, la casse, et on assiste désormais à des scènes violentes, comme à des agressions écœurantes telle celle contre Alain Finkielkraut. Qu’on soit en accord avec les positions du philosophe académicien ou pas, les injures antisémites ne seront jamais admissibles ! Elles réveillent les pires instincts de certains et ça donne les profanations auxquelles on assiste ces derniers jours. Heureusement, la conscience commune s’est réveillée et des milliers de citoyens ont marqué leur désapprobation lors de grandes manifestations populaires hier. L’antisémitisme est l’un des pires poisons qu’on puisse injecter au cœur d’une société et elle rappelle les monstres les plus cruels du passé. Autour d’Alain Finkielkraut pas de casseurs, uniquement des Gilets Jaunes arborant fièrement leur couleur. C’est cela qui fait peur et condamne sans doute le mouvement à relativement court terme. Le peuple pouvait supporter l’inquiétude… La peur des fantômes de l’Histoire, c’est autre chose ! Sans structuration crédible, les Gilets Jaunes tomberont au printemps comme les feuilles mortes à l’automne…

Le déni de toute autorité et l’absence de projet… ça s’appelle l’anarchie.

Jamais on n’avait vu les symboles de la république à ce point attaqués, jusqu’à l’Arc de Triomphe. Jamais non plus les députés, représentants élus du peuple, n’avaient été autant insultés, menacés et visés par des violences… Jusqu’ici, les Gilets Jaunes sont incapables de se montrer unis et se révèlent incompétents en matière de gouvernance, puisqu’ils n’ont (assez logiquement) aucun programme à défendre. Autant sur le plan économique que social ou encore diplomatique, ils n’arrivent pas à exposer la moindre idée, le moindre projet. De toute manière, si la gestion d’un grand pays était chose facile, nous n’aurions jamais entendu parler de l’ENA (École Nationale d’Administration – NDLR) et on ne se plaindrait pas de vivre dans des sociétés trop technocratiques. Une nation ne se dirige pas comme une PME et elle exige au contraire de sacrées compétences ! Le salaire des politiques défraie aussi la chronique et on les conspue parce qu’ils gagnent quelques milliers d’euros par mois… Mais c’est oublier qu’ils auraient des salaires bien plus élevés dans le privé. Aucun ministre ou député ne gagne le dixième voire le centième de ce que peuvent amasser les stars du foot. Il est désormais de bon ton, sous peine de perdre la moitié de ses amis sur Facebook ou dans la vraie vie, de crier haro contre les politiques, de les insulter, de les traiter de tous les noms, de râler contre les riches, les youpins et de refuser désormais toute autorité. Il faudrait hurler avec les loups, exiger le pouvoir pour tous au travers de référendums (totalement ingérables) et de doubler le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance), d’obtenir les transports gratuits, de donner les mêmes émoluments au chômeur qu’au député, de tripler les services publics… et tout cela en oubliant la question principale (et donc toute crédibilité) : « qui va payer » ? Le pire est la réponse qu’on entend de plus en plus : les juifs ! Si ça ne rend pas le mouvement effrayant… que faut-il ?

Gilets Jaunes sincères, revenez donc à vos premières revendications, rassemblez ceux d’entre vous qui sont vraiment de bonne volonté et acceptent l’autre comme il est… Mettez-vous autour d’une table et réapprenez à dialoguer. C’est comme ça que la France retrouvera sa grandeur et son calme… pas en dénonçant le Grand Débat National avant qu’il ne soit fini. Accuser Macron d’avoir déjà tout planifié est aussi stupide qu’injuste, mais on oublie bien de dire que son bilan est jusqu’ici assez positif et que le chômage baisse depuis quelques mois… Ce serait embêtant pour certains, de reconnaître que son Grand débat est aussi un grand succès de participation et que, si l’élection présidentielle avait lieu demain… il la remporterait dans tous les cas de figure, avec ou sans liste Gilets Jaunes.

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Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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