La capitale de l’Europe a toujours été reconnue comme une grande ville gay friendly, puis LGBT open et aujourd’hui « All Genders Welcome » … les bruxellois peuvent en être fiers. En effet, les gays de tous sexes ne sont pas égaux devant la loi dans leurs pays, y compris de l’Union Européenne, même s’ils sont de plus en plus nombreux à respecter les droits des gays et parfois des personnes transgenres. C’était hier la journée internationale du Coming Out, ce fameux moment où on dévoile à tous (famille, amis, collègues…) son homosexualité. « Sortir du placard » devrait être un moment comme un autre mais pour beaucoup, cela reste un passage difficile et douloureux, voire risqué. Et pourtant, ça ne devrait pas… J’ai donc décidé de partager mon expérience avec vous, tout en ouvrant les yeux sur une réalité que je n’ai pas vécue mais qui a évolué, je dois le reconnaître. En matière d’évolution justement, cette campagne est un exemple.

Une jeunesse « rose » où tout semblait facile…

Clic Infos - Les agents de la ville sont fiers de se définir au pluriel

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Personnellement, je n’ai jamais ressenti le besoin de cacher mon homosexualité et n’ai même pas eu besoin de la « déclarer ». Je l’ai simplement toujours vécue sereinement et je pense que la vivre à Bruxelles m’a sans doute facilité les choses. J’ai aujourd’hui 55 ans et à l’époque de mes 18 ou 20 ans, le seul quartier gay était situé autour de la Grand-Place. Jamais je n’y ai eu la moindre peur de rencontrer quelqu’un qui m’insulterait ou ne me ferait une remarque homophobe, car nous y vivions réellement « en paix » avec tout le monde. Je ne sais pas si je ressentirais la même sécurité en 2017… Il faut bien que je reconnaisse que les choses m’ont toujours semblé si naturelles, que j’avais peine à croire à la réalité de l’homophobie ou des harcèlements dont me parlaient (et que subissaient) certains de mes amis. Je crois également que le fait d’évoluer dans les milieux artistiques, puis de la télévision et de la radio et ensuite de la musique ou du théâtre, m’ont permis de vivre mon homosexualité dans des conditions « idéales ». Ces milieux socio-professionnels sont sans aucun doute plus « ouverts » que d’autres à la question… ce qui y simplifie la vie d’un gay, d’une lesbienne ou d’une personne transgenre. Mais je dois avouer aussi qu’en analysant davantage les situations de certains, j’ai découverte combien il est plus compliqué de vivre ouvertement son orientation sexuelle dans d’autres « milieux » ou encore dans un village isolé de la campagne, où les différences sont mal vues et surtout craintes. C’est à l’occasion d’un Hôte de Marc, que j’ai réalisé à Paris avec le Président de l’association Le Refuge Nicolas Noguier (que vous pouvez retrouver ici), que j’ai douté pour la première fois du « monde de Bisounours » dans lequel je pensais vivre. Ma réalité n’était pas celle de tous et ce fut une terrible découverte.

Le sexisme harcèle et l’homophobie tue encore… mais elle n’est pas morte !

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Le Refuge consacre son combat à l’aide aux jeunes gens et jeunes filles qui sont rejetés par leur famille, juste parce qu’ils sont homosexuels… Ce fut pour moi un choc de les rencontrer, de toucher du doigt leur détresse et de découvrir l’incroyable engagement de Nicolas Noguier. À l’époque de l’enregistrement, l’association en était à ses débuts. Depuis, Nicolas est devenu très médiatisé, comme son combat, et les Refuges se sont multipliés de manière spectaculaire, dans et même hors de France. C’est la triste preuve qu’ils sont indispensables, malheureusement. Vous n’imaginez pas combien de garçons et de filles sont purement et simplement jetés dehors par leur famille, sans autre forme de procès. Parce qu’ils « apportent la honte », « n’ont pas été éduqués comme ça », « sont malades » et j’en passe ! C’est une terrible réalité et la nausée que j’ai ressentie à l’époque était bien réelle, elle aussi. Depuis lors, j’ai tendu l’oreille et le cœur dans bien des cas. Ma pièce de théâtre Le Cri (que vous pouvez encore regarder gratuitement jusqu’à minuit) m’a permis, au cours de nombreuses représentations et de milliers de dialogues émouvants avec des spectateurs (trices), d’ouvrir les yeux et de me rendre compte que tout le monde n’avait pas (eu) la chance de vivre ses 18 ans dans un monde aussi « rose » que le mien. Nous vivons dans une société qui, si elle respecte désormais légalement les droits des personnes LGBT, n’abrite pas moins encore de faux tabous et surtout accepte de trop courantes situations d’homophobie latente et parfois d’une extrême violence. Cela va du petit coup de sifflet ou du geste méprisant jusqu’à la remarque stupide, en passant par le harcèlement et l’agression physique grave, rarement mortelle, mais ça arrive. Voilà la réalité de 2017… et c’est pourquoi les campagnes comme « All Genders Welcome » sont de première importance, même si Bruxelles reste une capitale particulièrement tolérante. Parce que rien n’est jamais idéal…

Une campagne pour les employés des institutions… que nous rencontrons au quotidien, quel que soit notre genre.

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La Rainbow House (l’arc en ciel est le symbole mondial de la communauté LGBT) a lancé la campagne au Palais des Beaux-Arts, avec le Région Bruxelles-Capitale et la Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est la troisième édition de « All Genders Welcome ». Les visuels ont été exposé à Bozart et le projet est piloté cette fois par 11 des 19 communes de l’agglomération, ainsi qu’Actiris (organisme régional chargé de l’emploi). Brochures, affiches, visuels numériques… Il y a plusieurs supports en vue de la formation des personnels. En 2015, seulement trois communes avaient accepté de tenter l’expérience, puis six l’an dernier. On peut espérer que toutes participeront en 2018, ce qui serait digne de la capitale européenne. La campagne a pour but de former le personnel de toutes les administrations, afin qu’ils puissent traiter correctement les problématiques liées à l’homosexualité ou aux personne transgenres. Ainsi, elle aborde celles rencontrées par les demandeurs d’asile persécuté(e)s à cause de leur orientation sexuelle ou par les femmes, quand elles sont harcelées uniquement à cause de leur sexe. La formation aborde aussi les obstacles liés au genre et à la loi, qui permettra le premier janvier prochain aux transgenres de changer d’état civil plus facilement et respectueusement. Le texte sur la transsexualité a vécu… et heureusement, ses contraintes médicales également. Changer officiellement de sexe dans notre pays se fera via une procédure administrative de minimum trois mois et maximum six. Les conditions médicales, tout comme la stérilisation obligatoire, sont supprimées. Dans le même temps, la loi prévoit suffisamment de garanties contre d’éventuels abus. « All Genders Welcome » apporte un soutien à tous ces personnels, de manière à ce que chaque citoyen se sente mieux accueilli dans les administrations.

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Un jour, vos ados seront adultes et présenteront toutes les couleurs de la vie. Alors, si certains vous demandent à quoi peut bien servir ce genre d’action… répondez leur : à ce que votre fils, votre fille ou vos proches, soient mieux respectés et accueillis lorsqu’ils se présenteront dans une administration et ce, quel que soit leur genre ou orientation sexuelle. Finalement, cela ne devrait pas être utile… mais l’homophobie et les harcèlements liés au genre sont encore bien présents dans la société. Les administrations sont ses premières représentantes et elle se portera donc mieux, tant qu’on verra ce genre d’actions. Chacun d’entre nous, à part quelques irréductibles imbéciles, espère évidemment qu’un jour ce ne sera plus nécessaire, parce que l’intégration sera un mot oublié et qu’il aura enfin été assimilé, en vrai.

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