FRANCE - Dans le sud-ouest (Millas), le bilan de la collision entre un train et un bus scolaire s'est alourdi ce vendredi matin. Il est passé à cinq morts, tous âgés de maximum 14 ans. Plusieurs blessés sont encore en état d'urgence absolue... ce bilan pourrait donc encore s'alourdir.

Âgé de 74 ans et atteint d’un cancer du poumon diagnostiqué il y a un peu plus d’un an, Johnny Hallyday est décédé hier à son domicile de Marne-la-Coquette. Je ne voudrais pas choquer qui que ce soit, mais franchement… faut-il en faire autant autour de la mort d’un chanteur ? Je ne cesse de lire depuis 24 heures : « on a tous quelque chose en nous de Johnny… ». Eh bien, je m’en excuse bien fort, mais pas moi. Je respecte évidemment l’immense artiste qu’il était, mais quand j’entends ce que j’entends et que je lis ce que je lis, je me demande quelle mouche a bien pu piquer les responsables des médias ou les hommes (et femmes) politiques ? L’hommage est mérité et même dû, mais la déification et l’héroïsation à l’extrême… je ne comprends pas et je trouve même que cela bouscule un peu trop les échelles de valeurs.

« Il avait quelque chose de biblique, finalement il représentait la France » … Encore une fois, je ne veux faire de peine à personne et encore moins vexer ou blesser qui que ce soit. Mais franchement… comparer la mort de Johnny Hallyday à celle de Victor Hugo ou du Général de Gaulle, parler de funérailles nationales, répéter à l’envi qu’il a marqué l’Histoire de France, voir les grands médias ouvrir des livres de condoléances et entendre sans cesse qu’il était un Héros de la France… c’est est trop. Que doivent en penser les vrais héros et même Jean d’Ormesson, décédé la veille et qui doit regarder tout cela avec bienveillance et sourire, mais sans doute étonné ? N’est-ce pas tout simplement exagérer et en faire beaucoup trop ? Occuper 24 heures d’antenne non-stop sur toutes les chaînes télévisées et en bouleverser l’intégralité des programmes… Même pour la mort d’un Président on n’en fait pas tant, ni lorsqu’éclate une guerre ! Et puis, ne faut-il pas laisser au chanteur populaire, incontestablement entré dans le cœur de millions de fans en plus de cinquante ans d’une incroyable carrière… sa place de chanteur ? Car franchement, le comparer à Victor Hugo est tout de même osé, surtout qu’il n’écrivait pas ses textes ! Et au Général de Gaulle… là, on atteint des sommets que sans doute Johnny lui-même n’aurait pas voulu. Il faut raison garder et rendre un hommage mérité à l’artiste, mais sans en faire un héros, car il ne l’était pas. Par contre, on peut lui laisser une place au Panthéon des artistes populaires, parmi lesquels il s’était fait une place de choix. Et ça… c’est normal. J’espère sincèrement ne pas avoir été mal compris et si c’est le cas, je l’assumerai.

Laeticia… l’apaisement, le pilier, le soutien de chaque instant.

C’est elle qui a annoncé la mort du chanteur, par un message sur les réseaux sociaux hier en pleine nuit : « Johnny Hallyday est parti. Jean-Philippe Smet est décédé dans la nuit du 5 décembre 2017. J’écris ces mots sans y croire. Et pourtant, c’est bien cela. Mon homme n’est plus. Il nous quitte cette nuit comme il aura vécu tout au long de sa vie, avec courage et dignité. Jusqu’au dernier instant, il a tenu tête à cette maladie qui le rongeait depuis des mois, nous donnant à tous des leçons de vie extraordinaires. Le cœur battant si fort dans un corps de rocker qui aura vécu toute une vie sans concession pour la scène, pour son public, pour ceux qui l’adulent et ceux qui l’aiment. Mon homme n’est plus. Le papa de nos deux petites filles, Jade et Joy, est parti. Le papa de Laura et David a fermé ses yeux. Ses yeux bleus qui illumineront encore et encore notre maison, et nos âmes. Aujourd’hui, par respect et par amour pour cet homme extraordinaire qui fut le mien pendant plus de 22 ans, pour perpétuer sa passion de la vie, des sensations fortes, des émotions sans demi-mesure, nous unissons tous nos prières et nos cœurs. Nous pensons à lui si fort qu’il restera à jamais à nos côtés, aux côtés de ceux qui l’écoutent, le chantent et le chérissent depuis toujours. Johnny était un homme hors du commun. Il le restera grâce à vous. Surtout, ne l’oubliez pas. Il est et restera avec nous pour toujours. Mon amour, je t’aime tant ».

C’est par ce message aussi touchant que simple, que Laeticia a appris au public son décès, dont l’annonce a immédiatement été relayée sur les réseaux sociaux, à un point rarement atteint à l’annonce de la disparition d’un artiste. Ayant vécu à Marrakech durant plusieurs années, j’ai eu l’occasion de tisser des liens avec l’inoubliable comédien Jean Lefèvre, qui tenait un très beau restaurant sur la place Jemaa el fna, baptisé « la Bohème ». Johnny le fréquentait et j’ai eu l’occasion de le croiser, particulièrement lors d’un dîner d’anniversaire du comédien français. J’ai rencontré un homme simple, joyeux et extrêmement proche de son épouse, je m’en étais d’ailleurs fait la remarque alors. Dès que sur la place on apprenait que la star venait (souvent même, les gens le savaient avant qu’il n’arrive), c’était une véritable cohue. Les fans se pressaient devant le restaurant et la star se consacrait gentiment à son public durant quelques minutes. Personne n’ignore que Johnny s’est marié quatre fois. Mais, même si aucun membre de son entourage n’y croyait vraiment lorsqu’il a épousé Laeticia, elle aura réussi à dompter le fauve. Avec Sylvie Vartan c’était la passion de la jeunesse et les années yéyé et elle a donné naissance à son fils aîné, David. On sait comment la romance s’est terminée… comme tant d’autres de l’époque, en divorce retentissant. Son mariage controversé avec Adeline Blondieau laissera des traces dans le cœur du rocker et c’est Nathalie Baye qui lui donnera son deuxième enfant. Elle l’avait déjà adouci et on peut le comprendre, car les deux fois où j’ai rencontré l’actrice, j’ai été frappé par sa gentillesse, sa douceur et la légèreté de son sourire. On ne peut être qu’apaisé auprès de ce sourire-là ! Laura Smet naîtra de cette union et elle était très proche de son père, on l’a vu ces derniers temps encore. Nathalie Baye restera d’ailleurs très intime avec Johnny et sa dernière épouse. Laeticia restera donc celle qui aura réussi à apaiser les démons du rockeur, à l’aider dans son combat contre les excès de la drogue et de l’alcool et sans doute le plus important… à le réconcilier avec lui-même. Jusqu’à la dernière seconde, elle aura été à ses côtés et ce mariage auquel si peu croyaient a sans doute été le plus puissant roc auquel Johnny a pu s’accrocher. Ne pouvant avoir d’enfants, le couple a adopté deux petites filles : Jade et Joy, toutes les deux vietnamiennes. Ces enfants ont redonné l’occasion au chanteur de vivre pleinement la paternité, ce qu’il n’avait pas eu l’occasion de faire avec David et Laura.

Des chiffres incroyables : plus de 3.000 concerts, dans 40 pays…

La carrière de Johnny Halliday a commencé en 1960, dans une émission de télévision présentée par Line Renaud, qui fut sa marraine de scène et le considérait comme son fils. À la fin de sa chanson « laisse les filles », elle le présente comme étant de père américain. Mais pour éviter tout malentendu, un communiqué mettra rapidement les choses au point. Lors de cette émission, Line Renaud dira « j’espère que ce petit fera une carrière ». Si elle avait su ! Et celle-ci fut énorme : 190 singles, 49 EP, 34 live, 50 albums. Les collectionneurs pourront longtemps encore chercher et chiner parmi les 1.650 CD’s et LP’s (en ce compris les rééditions et compilations) et les 3.877 références de disques, tous pays confondus. En dehors de la France, il est distribué dans 42 pays. Il est cependant probable qu’un des plus grands regrets de la star française ait dû rester le fait qu’il n’a jamais réussi à se faire vraiment connaître aux États-Unis et dans les pays anglo-saxons. D’ailleurs hier, les seuls médias américains qui ont annoncé sa mort l’ont surtout présenté comme celui qui a importé en France le rock and roll… Mais dans le monde francophone, Johnny était une véritable star de la scène et chacun de ses concerts était un show total et absolu, son public voulait du spectaculaire… il lui en a toujours donné ! Durant plus d’un demi-siècle, il aura effectué pas moins de 184 tournées et attiré environ 29 millions de spectateurs, venus l’entendre et souvent chanter avec lui. Au total il a donné 3.256 concerts, dont plus de 696 à Paris… tout le monde se souvient des centaines de milliers de personnes venues l’applaudir au pied de la tour Eiffel, un de ses concerts mythiques. Il fut aussi le premier à remplir le Stade de France, preuve de son incroyable popularité. Il a « fait » (comme on dit) 101 fois Paris-Bercy, 266 Olympia et 144 fois le Palais des Sports. À Bruxelles, il a envahi pas moins de 44 fois la scène de Forest National ! S’il n’est jamais devenu la star qu’il aurait voulu aux États-Unis, il a tout de même chanté dans 40 pays. S’ils ne font pas de lui un héros de l’Histoire de France au sens propre, ces chiffres étonnants le confirment comme la star française la plus prolifique et populaire des cinquante dernières années, c’est certain. Il a aussi tâté du métier d’acteur, avec moins de bonheur et sans doute de talent, mais il a tout de même participé à 40 films.

Johnny était bien français et non belge…

En Belgique, on a toujours eu une certaine fierté à considérer qu’au même titre que Brel, Jean-Philippe Smet était belge. Et pourtant… il est né à Paris le 15 juin 1943, d’un mannequin de cabine et de Léon Smet, acteur, chanteur et danseur belge. À sa naissance il ne porte pas le nom de son père, mais bien celui de sa mère. Quelques mois plus tard, le père abandonne mère et fils… mais il accepte ensuite de reconnaître sa paternité et à partir de 1944, le futur chanteur portera le nom de Jean-Philippe Smet. Il sera élevé par sa tante maternelle est ses filles. Lee Halliday, son père de cœur, le surnommera plus tard Johnny et il prendra logiquement ce nom de scène plus tard. Johnny a donc toujours été français de nationalité, puisque la Belgique ne reconnaissait pas les enfants nés hors mariage et que son père était bien marié à une autre que sa mère lors de sa naissance… Par contre, en 2006 Johnny a fait une demande de nationalité belge, pour « faire honneur à ses racines » et évoquant des « raisons sentimentales ». Mais rapidement les autorités s’interrogent sur ses intentions, le chanteur venant de se fixer à Gstaad en Suisse, réputée pour les avantages fiscaux qu’elle réserve aux étrangers qui s’y installent. Malheureusement Laeticia a commis une lourde gaffe à l’époque, déclarant que le couple retournerait en France si leur ami Nicolas Sarkozy était élu, alors qu’il venait d’annoncer un bouclier fiscal plafonnant au maximum de 50% les impôts directs. Cette déclaration a été très mal perçue côté belge. La sincérité de la demande du chanteur a dès lors été remise en cause et on le soupçonnait de vouloir devenir belge pour pouvoir s’installer à Monaco, ce qu’il ne pouvait envisager en tant que français. Il a même écrit personnellement aux députés chargés de statuer sur sa demande, arguant de sa bonne foi et de son désir de retour aux sources. Mais quelques mois plus tard, il change d’avis et renonce à sa demande. On ne connaîtra jamais vraiment le fin mot de l’histoire, mais l’élection de Nicolas Sarkozy ne doit pas être vraiment étrangère à cette décision. C’est ainsi que Johnny Hallyday ne sera définitivement jamais belge, malgré le bon accueil et la fierté que le peule aurait ressenti à cette éventualité.

Il est évident que, même si je trouve qu’on en fait beaucoup trop autour du décès du chanteur depuis hier, personne ne peut nier qu’il est une icône de la chanson française, une méga star et un artiste de scène incroyable. Il fut ce qu’on appelle une « bête de scène » et a marqué durablement l’histoire de son art, populaire dans le plus noble sens du terme. Il aimait incontestablement son public, qui le lui rendait bien. À l’heure où nous bouclons cet article, nous ignorons encore ce qu’il en sera de l’hommage national évoqué souvent depuis hier. En tout cas, le Président Macron et son épouse ont confirmé leur présence aux obsèques du chanteur. Nous vous tiendrons informés sur Facebook et Instagram, au fur et à mesure que des informations plus précises nous parviendrons. Les dépêches ne cessent de tomber, mais rien de concret ne se dégage encore. Johnny n’est plus, mais ses innombrables chansons, ainsi que les montagnes d’images qu’il laisse derrière lui, entretiendront encore longtemps son souvenir. Ses proches et son public y veilleront certainement avec amour et passion.

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Notre co-fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. Le 20 mars 2017, il a été élu Administrateur de l'AJPBE (Association des Journalistes Périodiques Belges et Étrangers). C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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