Ce samedi soir, le premier ministre belge Charles Michel a acté la départ de la NVA du gouvernement. Le parti de Bart de Wever quitte donc la "suédoise" sur le Pacte de l'ONU pour une immigration responsable et fait chuter le gouvernement en place depuis quatre ans. Charles Michel ira à Marrakech signer le pacte au nom de la Belgique et d'une "alliance responsable orange-bleue" a déclaré le Premier dans une conférence de presse à l'issue du Conseil des Ministres restreint de samedi soir. Il mènera des consultations politiques à son retour du Maroc.

C’était un scientifique, un vrai esprit cartésien et il avait 104 ans. Un australien a décidé de venir mourir en Suisse car les lois de son pays ne permettent pas l’euthanasie ni le suicide assisté. Il a donc fait un dernier et (vraiment) très long voyage pour traverser le monde, juste avant d’effectuer son grand passage de l’autre côté, accompagné de ses petits-enfants. Rappelons que la loi helvète permet la M.V.A. (Mort Volontaire Assistée), autorisant une personne saine d’esprit à choisir cette méthode pour quitter notre monde. Cependant, il faut savoir que c’est la personne concernée qui doit poser le fatal et dernier geste, actionnant l’introduction du produit létal dans ses veines… elle peut changer d’avis jusqu’au dernier moment. Ça ne doit pas être facile à assumer et ceux qui font appel à des établissements spécialisés ont sans doute bien réfléchi à la chose et pesé voire contre-pesé de très nombreuses fois leur décision. En l’occurrence, le dernier geste de David a été posé hier, jour de l’ascension. Une ultime ironie ?

Il fit un très long voyage, pour partir comme il l’entendait.

 

(images by Euronews)

Ceux qui défendent l’acte de l’australien disent qu’il a usé de son droit à mourir dans la dignité, mais est-ce vraiment aussi simple que ça ? David Goodall n’était atteint d’aucune maladie ou affection grave, il ne souffrait pas physiquement, n’était pas végétatif (que du contraire, la veille de sa mort il chantait devant un parterre de journalistes, venus du monde entier) ni en phase terminale. En son âme et conscience, il estimait tout simplement que la qualité de sa vie s’était trop détériorée pour qu’il ait encore envie de la subir et désirait « juste partir dignement ». Le cofondateur de la clinique spécialisée que l’ancien scientifique australien avait choisi, a affirmé avoir accepté sa demande parce que son pays lui refusait le droit de mourir comme il l’entendait, ce qui à ses yeux était purement et simplement une vraie « atrocité ». Il s’est offusqué du fait qu’un vieil homme ait dû traverser le monde pour se suicider, uniquement parce qu’il n’était pas à un « stade terminal ». Il a ajouté que David Goodall aurait dû être en mesure de mourir chez lui, dans son lit, exactement comme il l’a donc fait hier à la clinique Eternal Spirit, près de Bâle en Suisse. Ce pays permet la MVA aux personnes reconnues en bonne santé mentale et beaucoup de celles qui font cette démarche en appellent à cet établissement. La majorité d’entre eux ont un âge moyen de 76 ans et sont malades. Dans la plupart des cas, ils sont aussi en très grande souffrance physique. La clinique ne fait aucun bénéfice sur les Morts Volontaires Assistées, c’est ce qu’impose la loi helvétique. En général, les suisses choisissent de mourir à leur domicile, mais pour les étrangers, cet établissement propose des chambres meublées et assez de logements pour les familles et amis accompagnant celui qui a décidé de mourir. L’aide au suicide reste illégale dans la grande majorité des pays du monde et en Australie dès 2007, l’État de Victoria a adopté une nouvelle loi autorisant la mort assistée. Elle ne concernera que les patients en phase terminale d’une grave maladie et qui ne présenteront qu’une espérance de vie de moins de six mois. Cependant, cette loi n’entrera pas en vigueur avant… 2019. David Goodall n’a pas voulu attendre jusque-là. Il a donc préféré tirer sa révérence avant, en espérant que la (très large) médiatisation de son propre cas ferait avancer sa cause.

De vraies interrogations, éthiques et morales…

David Goodall et son petit-fils

Finalement, ça fait longtemps que l’Homme se penche sur des questions qui tournent autour du fait de « dompter », « comprendre » ou même « contrôler » la vie et la mort. N’est-ce pas une question de religion ? Peut-être… En tout cas, moralement, aider quelqu’un à mourir est un cas de conscience et pose vraiment d’importantes questions en matière d’éthique. Cela se résume en fin de compte à celle-ci : est-il acceptable de mettre fin à la vie avant son terme naturel ? Un peu comme pour l’adoption par les gays (dont je suis, sans jamais en avoir ressenti la moindre honte), la gestation pour autrui et quelques autres grandes questions « morales », j’ai plutôt tendance à laisser d’emblée parler mon cœur et à écouter l’humanisme qu’on me prête, pour dire « oui » avec un certain enthousiasme et peut-être même de la certitude ! Ensuite, je cogite un peu et ça se complique. Faut-il vraiment une présence maternelle dans la vie d’un enfant ? Peut-on la contrebalancer avec une super marraine ? N’y a-t-il pas de risque qu’on se mette à vendre des bébés, à louer des ventres ? Bref… je pense donc je suis… dubitatif, ou en tout cas troublé dans mes certitudes. Puis, j’en reviens à ma première opinion et me dis qu’un enfant aimé par deux papas ou mamans sera de toute façon plus heureux que dans un orphelinat… Que quelqu’un qui ne pouvait en avoir, sera tellement heureux de pouvoir assister à la naissance de son enfant… Et je me dis alors que ce doit être bien compliqué d’écrire la Loi ! Dans le cas de l’euthanasie, je suis à cent pourcents « pour » car je suis convaincu que toute souffrance inutile est coupable, surtout qu’on peut la soulager et faciliter un départ en douceur. Mais, je ne peux pas donner tort à ceux qui mettent alors en avant les soins palliatifs… Eux aussi me semblent avoir raison, ou en tout état de cause ne pas avoir « tort » et ça devient une profonde réflexion. Pourtant, si elle est vraiment encadrée, médicalement surveillée et réalisée avec tout le respect dû à un être humain, je pense que je suis vraiment pro euthanasie.

Image d’illustration

Par contre, en ce qui concerne le suicide assisté version suisse… je ne suis vraiment pas certain d’être d’accord. Si la loi dit qu’à partir de 75 ans, sans être gravement malade, sans devoir prouver une souffrance physique ou même psychologique (pourquoi pas) terrible et insurmontable (j’entends par-là invivable au sens propre) … on peut décider sans vrai encadrement de mourir… Eh bien, je crains que de rapides et terribles débordements se fassent jour. On peut imaginer que les petits meurtres en famille en seront facilités, pour des questions simplement financières, de mésentente, d’héritage… que certains pseudos scientifiques pourraient nous faire croire à des « études » sur les tranches d’âge de 75 à 80, puis de 80 à 90 ans et ainsi de suite, juste pour « mesurer » à quel point la décision de mourir et de poser l’acte fatal « joueraient » sur leurs nerfs ou sur leur moral, en vue de créer un médicament… On peut tout imaginer et ce n’est pas le passé scientifique qui serait à même de nous rassurer quant à la « moralité » de l’Homme. Souvenons-nous du « docteur » Mengele et des multiples horreurs qu’il a commises au nom de la science… L’Euthanasie a ça de rassurant, qu’elle est très encadrée, qu’il y a des règles très strictes à respecter et un parcours psychologique, psychiatrique à effectuer, avant d’en arriver à l’acte ultime. C’est rassurant… Par contre, en ce qui concerne un accès simplifié à la mort, parce qu’on se sentirait fatigué de la vie, ou qu’on n’aurait plus la pèche… ça me semble très dangereux. C’est un peu comme « jouer à Dieu », alors qu’on se bat depuis de siècles en son nom, sans savoir s’il existe et en tout cas, avec une moitié de l’humanité qui croit en lui et pas l’autre. C’est donner à l’Homme un pouvoir peut-être « contre-nature », là aussi au sens propre. Saurons-nous rester raisonnables, ne pas inventer ensuite de nouvelles règles, qui trouveront d’autres raisons « acceptables » de vouloir mourir quand bon nous semblera, à n’importe quel âge et sans réelle raison, si ce n’est un coup de blues ou une déprime passagère… Parce qu’après, une fois que le geste aura été posé, on ne pourra en aucun cas revenir en arrière car jusqu’à nouvel ordre, un mort et bel et bien… mort, non ? Je ne sais pas qui aurait tort ou raison : les pro ou les anti suicide assisté ? Pour être honnête je n’en ai aucune idée et je pense qu’il faudra encore bien des débats, pour arriver à une sorte de consensus qui rassurerait tout le monde. Mais, peut-on vraiment être rassuré en ce qui concerne ces matières, qui ont en quelque sorte un réel pouvoir de vie et de mort… sur la vie et la mort, justement ?

Le cas hyper médiatisé de David Goodall aura eu le mérite d’attirer à nouveau l’attention du monde sur un problème de société qu’on avait un peu oublié et qui pourtant a fait et fera sans doute encore l’objet de nombreux combats, législatifs et moraux. Il y a des sujets qui demandent de très profondes réflexions… Notre société, pour laquelle tout doit être rapide et global, arrivera-t-elle à prendre le temps d’examiner ces matières avec calme et en leur consacrant tout le temps qu’elles méritent ? Rien n’est moins sûr…

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About Author

Notre fondateur et rédacteur en chef, c'est une longue carrière journalistique : télévision (RTBF), radio: RTBF (Bruxelles Capitale, la Une) BEL RTL... mais aussi dans la presse écrite belge et étrangère. Il avait fondé Fashionfact dans les années 1990, un des pionniers du Lifestyle sur la Toile. Il fut aussi parmi les premiers à présenter les infos quotidiennes et de nombreuses émissions culturelles sur des chaînes télé-internet. C'est un grand intervieweur attentif et humain, qualités qu'on retrouve dans ses articles et émissions enregistrées, comme l'Hôte de Marc. C'est un fin et passionné gastronome... Par ailleurs, il est auteur et metteur en scène de théâtre, ayant marqué Avignon durant trois ans de succès.

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